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Heures de colle

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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 17:00
(Avertissement : ce chapitre est une ébauche d'une suite au roman Vivement l'amour)
Un jour avant l’été, ce n’était pas le moment du brevet blanc.
Ce n’était pas le moment des révisions non plus, ni même celui du dernier conseil de classe, et encore moins celui où tu reçois ta convocation pour le brevet des collèges.
Un jour avant l’été, ce n’était pas non plus le jour de l’épreuve de français. Pas le jour de l’épreuve de maths le matin, suivie de l’épreuve d’histoire géo l’après-midi. Pas le jour de s’afficher au grand jour, tous les deux, dans la cour, comme des amoureux qui vont passer en seconde et qui n’ont plus rien à faire du regard des autres, des profs, du principal du collège…
Ce n’était pas le jour où la maman de Marina nous a vus en train de nous bécoter dans les coins.
C’était le lendemain. Un jour avant l’été.

Il y a un moment, dans l’année, où le printemps cède sa place à la période estivale, celle du grand soleil et des jupes courtes. Un moment heureux où tu te sens heureux de vivre parce que tu baignes dans la lumière, dans le bonheur, et que tu as l’impression que ça ne s’arrêtera jamais. Un moment où tu donnerais ton père, ta mère, ton frère et ta sœur comme garantie selon laquelle le monde tout entier sans exception est aussi heureux que toi.

Erreur. Grave erreur.
Le monde entier peut être encore bien plus heureux que ça, mais ce monde entier ne t’inclut pas.
C’était un jour avant l’été.

Nous avions cours à neuf heures. Tu n’étais pas là. Pas comme d’habitude. Tu n’avais pas ce quart d’heures d’avance pendant lequel nous échangions toutes nos minutes d’impatiences.
Tu étais en retard, et plus le temps avançait, plus j’avais la boule au ventre.
— Demain, c’est l’été ! a fait Gilou.
La journée s’annonçait déjà aussi chaude qu’en plein mois d’août et la sonnerie a retenti comme une douche froide.
En cours de français, tu es arrivée la dernière, juste avant que le prof pousse la porte. Tu m’as regardé, je t’ai regardée, mais on ne s’est rien dit et j’ai senti que quelque chose se passait. Quelque chose de pas normal. De pas habituel.
Quelque chose d’accidentel.
De tellement accidentel que l’heure est passée et tu as disparue, avant même que l’on puisse se parler. La récré est passée, le cours de maths est arrivé…
Onze heures. Treize heures avant l’été.
N’importe quel bon superstitieux aurait compris immédiatement la portée de cette circonstance, mais je n’ai pas la chance d’avoir l’habitude à m’attarder sur ce genre de signes hasardeux.
Alors tu as bouclé ton sac, et juste avant, tu as sorti de ta trousse un petit papier tout bien plié. Tu l’as posé sur la table, et puis tu as semblé hésiter, et tu l’as rangé dans la poche arrière de ton sac, que tu as mis sur une épaule.

Tu es sortie de la classe, pendant que je brûlais d’envie de piétiner Florent qui mettait deux heures à ranger ses affaires.
— Laisse-moi passer, s’il-te-plaît ! je lui fis, le cœur battant.
Trente secondes s’écoulent. Ou peut-être seulement treize, va savoir. Le temps semble tellement long, quand on prend du retard…
Je me précipite dans le couloir.

Heureusement, tu es toujours là.
Tu as l’air de m’attendre, et Florent s’attache à mes pas comme à un boulet. Je veux m’approcher de toi et le voilà qui s’intercale entre nous et me pousse vers la sortie en se vantant de pouvoir ouvrir son nouveau cadenas de vélo rien qu’en écoutant le bruit que font les chiffres quand il les fait tourner.
— Je vais te montrer ! il fait.
Mais voilà qu’enfin tu te manifestes en m’attrapant par la main.

La vie réserve des surprises.
— Désolée, mais je t’emprunte Charlie ! tu as dit.
J’avais l’espoir qui me ravivait tout l’intérieur. Un espoir qui dansait comme un funambule sur une corde raide.
Mais moi, je ne savais plus sur quelle émotion danser.
Tu m’as tiré dans un endroit à l’abri des regards, et t’es jetée à mon cou comme si nous nous étions pas vus depuis un an.
Ton corps s’est mis à trembloter et tu as éclaté en sanglots.
— Qu’est-ce qu’il y a ? j’ai demandé, envahi par l’inquiétude.
Tu m’as sorti ton petit mot tout bien plié, tu me l’as mis dans la main, et tu as dit :
— Ma mère est mutée à Nantes. Je vais quitter la région dès début juillet.

C’était un jour avant l’été.
Je ne savais que très vaguement où se trouvait Nantes, mais j'avais réalisé que ça voulait dire « c’est fini. »
J’ai regardé le mot, ne comprenant pas pourquoi il était là, et tu as ajouté :
— J’ai cru que je n’arriverais pas à te le dire de vive voix.

1515, Marignan.
L’édit de Nantes, c’est quoi, déjà ?
Ah, oui. La reconnaissance de liberté de culte aux protestants. La fin des guerres de religion et l’amnistie mettant fin à la guerre civile.

Mais Marina et moi n’étions pas en guerre, c’était tout le contraire ! Alors pourquoi ça ? Pourquoi ça un jour précisément avant l’été ?

La vie réserve décidément bien des surprises.

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Published by BREGMAN - dans 101. Fin damnée
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commentaires

Emilie 10/07/2008 12:40

Mais THE QUESTION IS : Y a-t-il que Marina qui peut emprunter Charlie ?

BREGMAN 12/07/2008 11:17


Pourquoi ? Qu'est-ce que tu veux lui faire, à Charlie ? :)))


Vladyk 09/07/2008 13:17

Plus je voyais venir la fin, plus les frissons me parcouraient le crops... Trop dur la vie parfois !

BREGMAN 12/07/2008 11:16


Ceux qui disent que le monde est petit n'ont peut-être pas connu Marina... ;)


Lili 08/07/2008 13:02

Oh ben non alors :(

BREGMAN 12/07/2008 11:15


Eh ben si :)


Glu-glu 08/07/2008 00:02

Heureuse de voir que l'histoire continue. :) Ca fait un p'tit bout de temps, faudra que je relise vite fait les anciens chapitres, ça coûte rien, et puis je me souviens qu'ils sont bien. ;)

BREGMAN 08/07/2008 00:34


Tu peux traîner ta glue sur toutes les pages : pour toi, je délivrerai une autorisation spéciale "Glu-glu" ;)


La Marmotte qui Louche 07/07/2008 19:44

:(Bouh.Presque pleuré moi. La Marmotte a le coeur sensible.

BREGMAN 08/07/2008 00:32


Désolé, la Marmotte, mais c'est la faute de la géographie :)