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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 20:51
(Avertissement : ce chapitre est une ébauche d'une suite au roman Vivement l'amour)
Le fait de prendre l’air suffit parfois à se remettre les idées en place et la tête à l’endroit. Il m’était tout aussi facile de penser que Marina était une perverse que de lui trouver des excuses. Après tout, ce film n’avait fait que mettre le feu à nos barricades d’adolescents et nos forteresses de papier. Etait-ce sa faute, à Marina, si ce film avait été projeté dans cette salle ?
Marina n’est pas une perverse : Marina est une désespérée. N’est-ce pas désespérant, de devoir vivre un grand amour comme le nôtre avec un compte à rebours greffé au beau milieu de nos étreintes ? N’est-ce pas désespérant, de subir l’exil, alors que l’on vient de trouver sa moitié ? Comment faut-il faire, pour continuer à vivre décemment, avec une rupture de logique pareille ?
Profiter de chaque moment ? Les rendre grands et les voir grandioses ?

C’est peut-être ce qu’elle s’est dit, Madame Claudine, quand elle m’a mis la couronne de lauriers sur la tête…
Il y a eu un grand moment de silence, avec des yeux écarquillés de partout et des bouches ouvertes figées comme des statues, incapables d’émettre le moindre son.
A ce moment précis de ma vie, si l’on avait pu me faire un prélèvement d’émotions, on y aurait détecté sans doute un mélange très surprenant, constitué très exactement de cinquante pour cent de bonheur, et cinquante pour cent de honte. Aucune des deux sensations, entre le bonheur et la honte, n’aurait pu prendre l’avantage sur l’autre.
Un équilibre parfait et parfaitement troublant.

Tellement troublant que le temps me sembla arrêté pour une éternité.



Peut-être même que si j’avais eu le courage d’explorer cet état de non-existence un peu plus loin, je me serais découvert des pouvoirs extraordinaires, mais il faut croire que je n’étais pas prêt car au moment où l’impression grandissante d’être le seul être vivant parmi toutes ces statues d’élèves était tout bonnement en train de me faire disparaître moi-même, quelqu’un a commencé à rigoler et tout le monde a suivi :
— Charlie est couronné empereur ! Ah ah ah !
Je n’osais même pas regarder Marina : il faut dire que j’avais l’air drôlement malin, maintenant, avec ma couronne de lauriers sur la tête et l’interdiction de l’ôter en guise de dernier devoir de bon collégien !
— Ne riez pas ! s’offusqua Madame Claudine. Vive Charlie ! Félicitations ! Bravissimo !
Elle était à mes pieds, Madame Claudine. J’aurais pu lui demander n’importe quoi, ce jour-là, et encore plus que les autres jours, j’aurais vraiment eu tout ce que j’aurais voulu, mais la part de honte m’avait déjà pétrifié à un tel point que le seul geste de survie que j’arrivais encore à effectuer, c’était remonter, de manière totalement pathétique, cette couronne qui ne cessait de me glisser sur le nez.
— Mince ! Je l’ai prévue trop large ! sembla s’excuser Madame Claudine.
— Mais non, mais non… Ne vous inquiétez pas, il suffit de ne pas trop bouger ! je lui répondis, bon prince.

Quand je pense que tout avait commencé par un vulgaire concours de collèges… Marina n’aurait-elle pas pu le faire, ce concours ? Ne pouvait-elle pas faire un effort, pour le gagner avec moi, au lieu de me laisser devenir empereur tout seul, là, et devoir partir à Rome sans elle ?


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Published by BREGMAN - dans 101. Fin damnée
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