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Heures de colle

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 23:12
(Avertissement : ce chapitre est une ébauche d'une suite au roman Vivement l'amour)
C’est quand les rideaux sont bien tirés, quand les petits spots se mettent à clignoter de plus en plus vite et dans tous les sens, et quand tout le monde commence à s’agiter frénétiquement comme un tas de petites piles sur pattes.
C’est quand il y a une musique qui commence comme un slow. C’est quand les corps se rapprochent, quand les bouches ont envie et que les cœurs s’impatientent.
C’est quand les regards se découvrent, quand les apparences lèvent leur voile.

Sauf que les rideaux t’étouffent, les petits spots t’énervent, et tout ce joli monde qui se trémousse sous ton nez te balance des coups à chaque fois qu’il essaie de lever un bras.
Sauf que la musique qui commençait comme un slow, eh ben, fausse alerte, ce n’est pas un slow.
Sauf que les corps qui se rapprochaient, ils ne se rapprochent plus et tout le monde se remet à bouger, à demander de l’espace, toujours plus d’espace autour de soi, et les bouches se ferment ou alors elles hurlent mais il n’y a plus de baiser à en tirer et c’est comme ça.
Les regards disparaissent dans le vague, les apparences redistribuent leurs rôles et tout le monde entre en transe.

Alors elle se rasseoit.
Elle s’éloigne de la piste sur laquelle tout le monde danse, elle prend une chaise là-bas au fond derrière le prof de dessin qui repère déjà ses disques pour après, elle baisse les yeux et elle est triste.
Elle est comme ça, Jeanne.
Elle a des seins tout neufs, des hormones qui crient à l’aide en permanence, une jupe toute courte, un maquillage tout bien fait et des cheveux tout bien coiffés… et pourtant, c’est comme ça : personne ne veut jamais la toucher, la Jeanne. Ça fait des années qu’elle en rêve, des années qu’elle se fait des films, des années qu’elle espère des trucs de plus en plus improbables, et ça continue.
Encore et encore.
Comme le blues de la condamnée.
Comme le coup de blues de quelqu’un qui voudrait un peu d’amour et qui n’en a jamais.



Alors je ne peux pas laisser faire ça. Je suis un salaud, je suis sans doute le pire des salauds et je vais certainement lui donner des faux espoirs, mais en même temps, je ne peux pas rester là, comme un con, comme si j’étais insensible à cette tristesse qu’elle est trop fragile pour garder pour elle toute seule…
Alors je m’avance, je vais la voir, je me mets presque à genou devant elle pour que ses yeux croisent enfin les miens, et je lui dis :
— Tu danses avec moi, à la prochaine ?
A ces mots, Jeanne, elle se croit une princesse. Cela va durer une seconde, son cœur va se remettre à battre pour quelque chose, je vais lui raviver sa petite flamme qui bat à l’intérieur et puis elle va se raviser et retomber dans sa léthargie, mais je lui aurai au moins offert la possibilité de vivre cette seconde-là, et si cette seconde-là peut lui redonner le goût de se lever et d’aller en chercher un autre au hasard sur cette piste, alors j’aurai été un salaud gentil.
Tellement gentil que ça ne fera plus de moi un salaud.
Mais Jeanne, elle ne se ravise pas.
Ses yeux s’illuminent et son joli sourire timide lui répare tout le visage.
Elle remet son joli chapeau et se lève, elle me prend même la main et m’entraîne, et là, pendant que Claudius m’interroge, d’un simple regard fait d’une paire d’yeux tout écarquillés, de toutes les questions qui lui passent par la tête à ce moment-là, je me rends compte que ce n’est jamais noir ou blanc, la vie des sentiments, et que lorsque tu veux mettre un peu de lumière dans les idées noires de quelqu’un, tu ne sais jamais si en réalité tu n’es pas en train de lui éteindre les dernières lueurs d’espoir qui lui restait.

Je suis vraiment un salaud.

Quand elle a approché sa bouche de la mienne et que, in extremis, j’ai aperçu Marina revenir parmi nous, je l’ai envoyée direct dans les bras de Jacky qui passait par là, et je me suis débiné.

Le cœur rempli de honte, j’ai voulu aller m’asseoir sur la chaise.
Là-bas. Au fond.
Derrière la musique des amours des emmerdes.

Et au lieu d’avoir le cœur qui s’enflamme à la vue de ma nana déguisée en mannequin des défilés de mode, le cœur, je l’ai eu fendu en deux, moi.
Avec un morceau resté au fond de celui de Jeanne, et l’autre instantanément métamorphosé en pierre.

— Tu me trouves comment ? a minaudé Marina.
Et tandis qu’elle passa ses bras autour de mon cou, Jeanne vint se poster à un mètre dans son dos, les bras croisés et le regard plein d’éclairs, et je vous jure que les spots du père Givet, ils avaient beau s’agiter dans tous les sens, c’était vraiment de la gnognote !



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commentaires

La marmotte qui louche 24/02/2009 10:00

On est toujours la Jeanne -ou la Marina- de quelqu'un !!! :p

Charlie BREGMAN 24/11/2009 16:27


Les deux à la fois parfois...


Shaya 19/02/2009 08:54

Et LA question se pose : ai-je été une Jeanne ? un Charlie ? une Marina ? Sans doute un peu des trois...

BREGMAN 23/02/2009 22:59


Shaya, je la vois plus en Marina qu'en Jeanne, moi...


Vladyk 13/02/2009 17:06

Merveilleux souvenirs ce morceau...En effet quand on veut remonter le morale d'une personne il faut faire bien attention qu'elle comprenne ce que l'on veut faire et ne se fase pas d'illusion... sinon cela peut rapidement devenir pire qu'avant !

BREGMAN 23/02/2009 22:56


Sauvez un pot de colle de la sécheresse (affective) et vous en aurez plein les doigts !


Candy 13/02/2009 12:42

Il prend aux tripes, ce texte. T'as pas un salaud mais t'aurais du lui dire qu'il n'y avait rien à espérer en retour.

BREGMAN 23/02/2009 22:55


J'aurais pu.
Mais ça aurait fait de moi un homme bien et ça aurait été dommage :)