Dimanche 14 janvier 2007
[On est fou, quand on n’a rien à faire. C’est fou ce que ça peut rendre fou, de passer un temps fou à attendre une lettre qui n’arrive toujours pas !]
« — Je f’rai le tour du monde, pour voir à chaque étape, si tous les gars du monde, veulent bien m’ lâcher la grappe … »
Le poste envoie valser ses décibels, et moi je m’égosille en play-back dans la posture de Renaud, avec ma surchemise en guise de blouson.
« — J’irai aux quatre vents foutre un peu le boxon : jamais les océans n’oublieront mon prénom … Dès que le vent soufflera, je repartira … »
J’enfourche le tabouret de mon piano, et me l’approprie comme jamais je n’avais su le faire : mes doigts sonnent les notes là où elles ont le malheur de les trouver, mes pieds écrasent les pédales comme Alain Prost le ferait au volant de sa Ferrari, et me voilà le pianiste terrible des mercredis du brouhaha.

« — Dès que le vent soufflera, je repartira … »
Je suis désormais l’enfant révolté des instants perdus contre lesquels on ne peut rien ! Le temps s’est arrêté ? Je vais le massacrer ! Je déteste le mercredi gaspillé ! Je haïs les toreros et les arènes espagnoles !
Que l’on me rende ma Marina illico !
« — Hisse et haut … »
C’est déjà la faute à un mercredi, si je n’ai pas pu embrasser Marina plus tôt ! Ce jour-là n’aurait pas été un mercredi, elle n’aurait pas eu rendez-vous chez le dentiste, d’abord !
Dentiste à la noix, dentiste à la con, qu’il me le refasse une fois, ce coup-là, et en voilà un qui n’oubliera pas mon prénom !
C’est vrai, quoi ! Qu’est-ce qu’il peut bien avoir à lui trouver, à ses dents, à Marina, ce pauvre spécialiste de l’os pâtophage ?
A quoi bon, le coup des mercredis arrachés, monsieur le menteur de dents ?
Elles sont parfaites, ses dents, à Marina ! Pas une carie, pas une de travers !
D’ailleurs, c’est sa plastique toute entière qui est parfaite, à Marina ! C’est la plus belle !
« — … pas sur des cageots, ni sur des poubelles … »
Mais voilà que Maman crie qu’ils sont revenus, depuis en bas. « La liberté d’écrire et de parler impunément marque soit l’extrême bonté du prince, soit le profond esclavage du peuple. On ne permet de dire qu’à celui qui ne peut rien. (Diderot) » cite Renaud, pour finir.
Je suis vaincu.
Retour au silence. Retour à la bienséance. Dès que les vents tourneront, je me n’en allerons, un jour …
Allez ! Il faut tout remettre en ordre. Faire comme si de rien n’était, comme si je ne connaissais pas l’ennui, comme si j’étais toujours aussi calme et aussi doux que l’agneau.
Mais ça va devenir difficile.
Car l’amour rend impatient, imprévisible et indomptable. Je la veux maintenant. Ici et maintenant, ma Marina.
Je suis un fauve dans une cage, et le mercredi, je suis affamé.
— C’est quand qu’on mange ? je m’exclame.
Dix-sept heures.
On ne mangera pas avant ce soir.
Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire pour tuer ce mercredi ?
Je t’écris un petit poème, Marina ?
Par JEPEH & BREGMAN
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Publié dans : 25. Un mercredi interminable
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