Matières

Lundi 5 février 2007

Luna dies, transita dies (chapitre 27 épisode 9)

 

[C’est du propre !]
Et nous voilà lundi. Luna dies, jour de la lune : un jour de la lune qui ne comptera pas pour des prunes.
 
Il est sept heures trente cinq. Je suis prêt, et les copains ne vont pas tarder à passer devant chez moi.
Mais aujourd’hui, je ne rejoindrai pas le cortège.
Je ne veux pas être en avance.
 
Vous savez, c’est comme lorsque vous avez un examen de musique, ou de solfège par exemple, et que vous savez qu’à sept heures cinquante-cinq précisément, vous serez en face du jury, en train d’essayer de vous donner une contenance, tout en essayant de vous relâcher, tout en accomplissant l’exploit de ne pas faire de même avec les sphincters …
 
J’ai mal au bide.
 
L’angoisse s’est emparée de mes intestins comme une armée de soldats l’aurait fait avec une contrée ennemie dont il ne doit rien rester ! Si je ne vais pas aux toilettes dans les trente secondes, il va falloir évacuer la maison !
— Benjamin ! Vite ! Dépêche-toi !
Tous les lundis matins, il faut que ce con monopolise les toilettes. Il est décidément réglé comme un calendrier de fonctionnaire : pipi six fois par jour, caca trois fois par semaine, et le tout, toujours un module de base immuable de quatre heures.
— Grouille, bordel !
— Oh ! Eh ! Ça va aller, hein ? Tu ne pouvais pas y aller avant ?
— Ben non ! Je ne pouvais pas y aller avant : je crois bien que j’ai la chiasse !
En fait, je crois que je suis un grand émotif du gargouillis, un hypersensible de la somatisation qui passe par le ventre : je suis capable de me fabriquer une gastro en moins d’un temps trois mouvements, et ce, dès lors qu’un événement de ma vie revêt un caractère d’importance à peu près capitale !
 
Je fais quoi, si Marina se pointe au bras d’Armand ?
— Benjamin ... je supplie.

Journée portes ouvertes chez Bregman

 

J’entends la chasse d’eau, et la porte s’ouvre :
— Qu’est-ce que tu es chiant ! il râle.
Je sens que ce lundi va être une journée maudite. Tout commence mal. Très mal.
— Plains-toi ! je m’exclame. Sans moi, ce matin, tu n’aurais peut-être même pas l’impression d’exister !
Il me regarde comme si j’étais tombé sur la tête.
— Ben oui ! j’explique. Râler, n’est-ce pas exister ?
La phrase philosophique du jour ne semble pas vraiment le mettre en ébullition : aucune réaction.
Je le tire alors rapidement vers le couloir, et m’empare de la salle du trône, dans laquelle je m’enferme à double tour.
 
Un vieux réflexe stupide, entre nous soit dit, destiné sans doute à dissimuler à ses proches toute l’horreur animale que l’on est capable de produire, malgré ces quelques dizaines de millénaires de civilisation au bout desquelles, au final, seul le bon vieux déodorant WC peut se révéler miraculeux.
 
Toujours est-il que là, au moins, l’attente du moment fatidique ne viendra pas me torturer comme une victime à sa merci. Les sphincters relâchés, je peux au moins être certain d’une chose : l’angoisse de retrouver Marina dans la demi-heure ne me rendra pas incontinent !
 
 
Par JEPEH & BREGMAN - Publié dans : 27. Contacts intimes
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