Mercredi 24 janvier 2007
— Je suis malââââde …
Florent venait de me faire remarquer que je donnais vraiment l’impression d’avoir de la fièvre, et sans le savoir, il venait de me donner la preuve que des idées génialissimes peuvent s’élaborer dans la plus grande simplicité, sur la base de circonstances cependant complètement anodines :
— Je suis malââââde ! je lâche à nouveau, dans un râle morbide.
Toute la classe est sous stupeur et tremblements.
Autant d’effet, dans l’assistance, que si j’étais en train de succomber suite à l’absorption d’un demi-litre de mort-aux-rats.

Florent me regarda complètement pantois, en me dévisageant comme si j’étais devenu fou.
Je ne suis pas fou. Il vient seulement de me mettre la lumière à tous les étages. Sans s’en rendre compte.
C’est un génie, Florent : le prof, comme je m’y attendais, ne se posa pas la moindre question quant à la véracité de mon malaise. Faire partie des élèves les plus sérieux de la classe, ça aide beaucoup pour faire des bêtises.
— Vite ! s’affola-t-il. Qui est le délégué ? Il faut l’accompagner à l’infirmerie !
Mais le voilà, le génie du brave Florent, le voilà dans toute sa splendeur :
— Le délégué, c’est Charlie ! éclata de rire Pascale.
Jean-Luc ne tarda pas à la suivre dans son habituel rire aux éclats, et le prof sembla tout embarrassé de cette situation peu ordinaire à laquelle il était soudain confronté :
— Ah ! Oui … c’est vrai ! se reprit-il.
Un moment, je crus qu’il allait désigner un volontaire qui allait faire foirer tout mon plan, mais c’était sans faire confiance en la fidélité sans faille des vrais professeurs envers le vrai règlement :
— Qui est la déléguée ? continua-t-il en appliquant le protocole dans les moindres détails. C’est Marina, non ?
Un instant, Marina le regarda, tout éberluée, puis elle se dressa sur sa chaise comme une engagée au garde à vous.
— Je l’accompagne à l’infirmerie ? se fit-elle confirmer.
— Oui, oui ! confirma le prof. C’est plus prudent ! Il ne faudrait pas qu’il prenne un malaise dans les couloirs …
Je jetai un coup d’œil complice à Florent, pour le remercier de son idée géniale de faire de moi un véritable malade imaginaire, et je me dressai péniblement sur mes deux jambes, plus terrifié de ne plus pouvoir rebrousser chemin, que de pouvoir perdre véritablement connaissance d’un moment à l’autre.
Il me regarda avec cet air bête qu’ont les génies qui ne savent pas combien ils peuvent être intelligents.
Puis la porte se referma derrière nous, et je ressentis une étrange angoisse à la vue de l’immense couloir qu’il nous fallait devoir parcourir jusqu’au bout.
— Marina ?





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