Mardi 6 février 2007
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21:18
J’enfourche mon vélo à sept heures quarante six, emprunte le passage piéton en guise de contournement au feu roue, à sept heures quarante sept, traverse le passage à niveau juste avant que la barrière ne s’abaisse, à sept heures quarante neuf, manque de me gameller à sept heures cinquante, dans le virage à quatre vingt dix degrés, de la grand rue débouchant sur la rue du collège.
Je passe devant la maison de ma petite enfance à sept heures cinquante et une.
Petite pensée rapide à une époque à laquelle ma mère était soi-disant restée coincée dans les toilettes, un lundi après-midi. Les pompiers avaient dû se déplacer avec l’échelle pour l’évacuer …
Coup d’œil rapide à la fenêtre en question : mon père se moquait vraiment de moi ! N’est-ce pas à cette époque, également, qu’il m’avait fait constater dans un miroir qu’au fond de la gorge, nous avions deux orifices, dont un pour les liquides et un pour les solides, et que lorsque nous avalions de travers, cela venait du fait que les solides se faisaient passer pour des liquides, et vice versa ?
Charmante époque.
Qu’est-ce qu’on est naïf, lorsque l’on a deux ans et demi …
Sept heures cinquante deux.
Je traverse la piste cyclable qui mène au lycée, sur laquelle je manque de renverser une mamie, un papi, un chien et un scooter. S’ils croient que c’est à moi de ralentir …
Sept heures cinquante trois.
Je cadenasse mon cheval de fer. Code : 5436. Un cadenas à quatre chiffres est plus fiable qu’un cadenas à trois chiffres, selon mon père. Mais moi, ce cadenas, il me contrarie depuis le jour où Jules m’a prouvé qu’on pouvait l’ouvrir rien qu’en collant son oreille contre les chiffres que l’on fait tourner :
— Clic clic, c’est différent de clic clac ! il avait expliqué.
J’avais bien essayé d’entendre des « clic clac », mais mon oreille à moi n’entendait que des « clic clic », bel et bien que des clics qui font clic, et non pas des clics qui font clac, alors j’avais pris mes clics et mes claques, avec la quasi certitude que Jules m’avait repéré en train de faire mon code, et que sa bonne ouïe avait avant tout des bons yeux et des bonnes lunettes, et que, de toute façon, ce ne serait pas lui qui me volerait mon vieux vélo, parce que son vélo à lui est quand même bien mieux que le mien, et qu’il faudrait être fou pour vouloir me voler un vélo pareil. Et puis en plus, Jules, des vélos, il en a deux.
Sept heures cinquante quatre : j’arrive au point de rassemblement de notre classe.
Qui vois-je arriver ? Eh oui ! Toi : Marina ! Nous sommes synchros ! Dix secondes d’avance sur ton arrivée qui ne suffiront pas à m’agiter les amibes au point de devoir me ruer dans les toilettes in extremis !
Tu es encore plus belle qu’avant les vacances.
Tu fais la bise à Natacha.
J’aime bien la façon dont tu passes ta main dans les cheveux, pour dégager cette mèche qui te revient toujours dans les yeux …
Tu fais la bise à Emilie.
Tu as l’air un peu fatiguée. Un peu absente, ce matin, évanescente, insaisissable. J’apprends que tu n’as rien dormi de la nuit, ou presque pas, à cause du voyage en car qui a pris du retard, la veille. Arrivée à une heure du matin passée, la nuit avait été courte.
Tu fais la bise à Gilou.






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