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On fait l'appel !

29. Belle maman

Mardi 20 février 2007 2 20 02 2007 20:29

Impatience en solitaire (chapitre 29 épisode 1)

 

En attendant ta lettre, j’ai besoin d’évacuer cette énergie inexprimable qui me ferait déplacer des montagnes. Je me mets donc encore une fois à mon rameur, et me prends pour un Gérard d’Aboville qui serait en train d’effectuer un record de vitesse sur mon océan carrelé qui ne bougera toujours pas d’un joint.

Si l’amour tourne rond, Charlie peut-il revenir à son point de départ ? 

Hier, j’ai fait deux cents coups de rame, force neuf. Ce soir : deux cents soixante en dix minutes.
J’ai ma théorie, sur les sportifs de haut niveau : l’abstinence leur rebooste les scores.
Si.
Je pense qu’un jour, il y en aura un de plus honnêtes que les autres pour l’avouer, mais il n’empêche que ma théorie, elle est juste, et si personne n’est au courant, c’est parce que les journalistes font mal leur travail, ou bien alors qu’ils sont tous de mèche avec les sportifs, et que ces derniers les paient très cher pour qu’ils se taisent.
 
Et je ne suis pas parano !
 
Holà !
Je suis en hypoglycémie totale, moi … Il n’y a qu’à me regarder dans le miroir de la salle de bain : aussi blême que si j’étais en train de faire une indigestion !
Je ne ressens plus mes avant-bras … Drôle de paradoxe : ils ont pourtant triplé de volume ! Les veines sont prêtes à éclater, et ça me fait aussi mal que si l’on essayait de me les arracher de l’extérieur.
Oui, je sais. L’image des mots fait mal aussi. Mais il faut bien que je retranscrive un peu ce que je ressens, non ? Vous croyez quoi, vous ? Que ça n’essaie pas de faire des parallèles, des rapprochements, des juxtapositions, un écrivain ? Ma douleur dans la tête, celle qui me torture le sommeil et l’appétit, pour l’imager, je n’ai qu’une comparaison possible : celle avec cette douleur physique à la limite de l’insupportable, avec ces veines toutes dures que l’on essaie de m’arracher de l’extérieur !
 
Vous n’aviez pas compris ? Vous n’aviez pas compris que cette séance de muscu à la limite du surpassement, c’était du baratin ?
Il faut vraiment tout vous expliquer : les champs lexicaux, les métaphores, les représentations imagées, tout ça, vous comprenez ? Ou il va falloir que je vous rapporte un petit cours de Monsieur Antoine ?
 
Donc, je reprends !
 
Je respire tant que je peux. Je suis essoufflé comme un phoque qui a enfin retrouvé la banquise au pied de son lit. Mes ongles, blancs comme neige, ne m’ont jamais paru si beaux. On dirait de vrais petits boutons d’accordéon, comme ceux qui brillent sur le vrai accordéon de ma sœur, comme des petits bonbons nacrés … sauf que ses boutons à elle ne doivent pas lui couper le souffle à ce point, et qu’ils ne doivent pas non plus lui donner une fringale comme je viens d’en attraper.
 
Allez ! Cessons ce sport en chambre, et attaquons plutôt le frigo de la cuisine !
 
Ah …
 
— Marina ?
 
Par JEPEH & BREGMAN
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