Samedi 10 mars 2007
Evidemment, la vie, ce n’est pas de la littérature.
Je pourrais arriver devant la boîte aux lettres et avoir une bonne surprise, décacheter une missive espagnole et y trouver une Marina encore toute fraîche, pimpante comme la rose qui vient d’éclore, pleine d’amour, de joie et de bonne couleur, mais au lieu de ça … rien ! Des enveloppes au nom de monsieur Bregman Father, des publicités au nom de madame Bregman Mother, des factures, des avis d’imposition, des taxes, des rappels, ah, ça, oui, sans doute ! Mais des courriers d’Espagne, ça, vous pouvez toujours rêver !
Du coup, c’est en laissant claquer la porte derrière moi, que j’ai réintégré le pénitencier familial. Un petit geste malencontreux qui ne manqua pas d’activer l’interrupteur hypersensible ON-OFF de ma mère, déjà sommairement agacée par un appel téléphonique qui lui avait pris toute la matinée :
— Le dîner n’est pas prêt ! s’énerva-t-elle aussitôt. Et merci de ne pas laisser claquer les portes : j’ai horreur de ça !

Horreur des portes qui claquent, horreur des chaussures sales, horreur des pantoufles qui traînent derrière les portes, horreur des vestes trop mouillées, des enfants trop expansifs, des lumières qui restent allumées, de l’eau du robinet qui coule trop fort, des vêtements ni propres ni sales, qu’on laisse nonchalamment se reposer sur les dessus de chaises, horreur des papas qui arrivent en retard, des enfants qui réclament à manger trop tôt, horreur de …
Moi, j’ai horreur des boîtes à lettres vides !
Est-ce que j’en fais tout un flan ? Bon sang, nom d’une petite pipe en bois ! Va-t-elle se calmer, ou va-t-il falloir que je m’énerve à mon tour ?
Il y a vraiment des jours où tout s’annonce difficile. Où toute cohabitation, même avec ses propres géniteurs, relève du défi impossible, de la mission infernale !
— Il faut aller chercher le courrier ! s’écrit-elle alors que j’ai déjà enfilé mes pantoufles.
J’ai déjà remarqué une chose : quand Maman est débordée, elle a l’impression d’être la seule à travailler, et il faut alors qu’elle nous trouve d’urgence une mission à accomplir, un service à rendre, un truc qui pourrait nous occuper alors que l’on a déjà plein de choses à faire !
— C’est bon … je râle. C’est déjà fait …
La voilà qui se retourne vers moi, comme pour vérifier que son rejeton Fils Ier n’est pas qu’un vulgaire menteur.
Ça me vexe. Est-ce que j’ai l’habitude de mentir, d’abord ?





Fafiots