Mercredi 21 mars 2007
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Ça y est, jeudi : la lettre est arrivée !
Etrangement, j’ai vécu la semaine la plus longue de toute ma vie, et je me demande comment j’ai pu la remplir aussi mal.
Hormis une petite tentative embrassade ce matin, qui s’est soldée par un petit refus poli agrémenté d’un « non, pas encore ! », jamais, dans l’histoire des amours de ce petit collège de Province, il n’y aura eu d’amours plus plates et refoulées entre deux êtres qui sont pourtant censés être ensemble !
Mais bon. Alea recepiced est. Le sort en est récépissé !
Il est presque midi et quart. J’ai terminé à onze heures, aujourd’hui.
Affligé du terrible fardeau qui me sert de cartable, je franchis péniblement le seuil de la porte. Voilà que je n’ai à peine le temps de me soulager de mes dix kilos de matières scolaires, que ma mère surgit en trombe de la cuisine pour me lancer :
— Il y a une jolie lettre avec un super timbre espagnol qui est arrivée ! C’est celle que tu attendais ?
Elle me montre du doigt la missive, posée sur la boîte à chaussures à vingt centimètres de mon nez, juste à côté du paillasson :
— Oui, sûrement … je réponds, en essayant de conserver tant bien que mal le ton évasif qui en révèlerait peu sur la liesse intérieure qui s’empare de moi.
— C’est qui, qui t’a écrit ? demande-t-elle, curieuse comme une vraie mère.
— Quelqu’un …
— Une fille ?
Au même moment, ma sœur dévale les escaliers, et lance à Maman :
— Je peux voir le timbre ?
Elle fait la collection des timbres, ma sœur.
Moi aussi … sauf que moi, en ce moment précis, ce n’est pas vraiment le timbre qui m’intéresse : c’est la lettre !
Mais allez faire comprendre cela à une mère et une fille qui ne peuvent rien comprendre aux mystères de Charlie et Marina ...
Ma mère explique à ma sœur que c’est un très joli timbre, et qu’elle ne peut pas le lui montrer, parce que ce n’est pas elle qui a la lettre …
Moi, je ne les écoute pas. Je profite de leurs caqueteries pour dire, calmement, sans chuchoter ni crier :
— C’est Marina.
Comme je l’avais pressenti, Maman me redemande qui c’est qui m’écrit !
Je réponds, sans lever la tête :
— C’est Marina !
— C’est qui ? redemande-t-elle, surprise.





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