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On fait l'appel !

32. Harcèlement parental

Mardi 3 avril 2007 2 03 04 2007 00:12

Confrontations psychologiques (chapitre 32 épisode 1)

 

A table, à peine arrivé, à peine j’ai déroulé ma serviette, ma mère informe mon père qu’une lettre vient d’arriver pour moi, « spécialement d’Espagne ».
Et elle semble insister tout particulièrement, munie d’un petit sourire moqueur de travers, sur le terme spécialement, comme si cela n’arrivait pas tous les jours, que des gens reçoivent des lettres d’Espagne !
 
Quelle délicatesse !
Quel respect de la vie privée !
Quelle psychologie !
 
Les mômes, dans une famille, on refuse toujours qu’ils grandissent. C’est partout la même chose, et dans toutes les familles. Et c’est encore pire pour les aînés, parce que ce sont les premiers à grandir alors que tous les petits frères et petites sœurs font encore partie de ces petites créatures sans personnalité, sur lesquelles on peut encore avoir emprise et main basse : les enfants !
Les parents, ils ne maîtrisent plus rien, quand leurs enfants grandissent ! Ils perdent tout repère. Tout rôle de mère et tout rôle de père. Paf ! Plus de fonction, plus de facilité ! Plus de profession toute trouvée, ni de vocation toute endossée ! Ils ont beau s’accrocher à leurs lambeaux d’autorité, leurs petits garçons et leurs petites filles leur effilochent entre les doigts, un peu comme les rennes d’un cheval à qui l’on ne voudrait surtout pas faire sentir l’odeur de la liberté et des grands espaces !
 

Lorsque les enfants vous échappent ...

 

Pourtant, ce n’est pas partir, recevoir une lettre, non ?
Pas encore ?
Même si l’Espagne, les grands espaces, le Far West, tout ça, c’est un peu tout pareil. Tiens, j’ai lu que la plupart des westerns étaient réalisés là-bas. Etonnant, non ?
Il y aurait plus de beaux paysages en file indienne en Espagne, que d’Indiens en file espagnole en Amérique …
 
— C’est qui, qui t’écrit d’Espagne ? s’informe le chef de famille, d’un ton solennel.
L’interrogatoire a commencé.
Heureusement, je commence à treize heures : dès que l’horloge du four indiquera douze heures cinquante cinq, je serai inévitablement relâché en liberté conditionnelle !
Courage !
— Marina ! je réponds.
 
Ce n’est pas facile, d’être le premier, dans une famille. En guise d’honneur, on essuie tous les plâtres des réactions des premières fois !
Aucun de nous trois n’a encore aussi implicitement signifié la présence d’une personne de sexe opposé parmi ses plus proches relations.
Ça va barder …
 
Pour mon père, en effet, l’heure est grave :
— Marina ?
Son regard se fait encore plus dur :
— J’ connais pas. Elle habite ici ?
Quel cérémonial ! Quelle gravité, dans le ton !
— Ben ouais ! je laisse échapper. Je ne vois pas où elle pourrait habiter !
Mais mon petit sourire inopportun ne suffira pas à mettre un point d’orgue à ce questionnaire absurde et stupide :
— Ils font quoi, ses parents ?
 
 

 

Par JEPEH & BREGMAN
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