Mercredi 2 mai 2007
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Ma cousine n’a jamais été une fleur à l’école. Sa mère n’hésitait pas à dire d’elle que sa fille possédait manifestement le génie des mathématiques, mais cela se calma dès que Mireille rentra en classe de quatrième, année à laquelle ma cousine hérita soudainement du titre de déesse du handball, titre qui perdura un peu plus d’une année, et qui sombra dans l’oubli jusqu’au jour où, au détour d’une question malencontreuse au sujet de ses dates de tournoi, on apprit qu’elle avait arrêté ce sport qui lui prenait trop de temps.
Mireille était devenue la volage fierté de sa maman, qui revivait alors par procuration une jeunesse qu’elle n’avait sans doute jamais eue : « oh, tu sais, elle papillonne, Mireille ! Elle fait comme les abeilles ! Elle passe d’une fleur à l’autre, sauf, que là, les fleurs, ce sont des garçons ! »
Le talent numéro un de ma grande cousine était donc celui-ci : plaire aux garçons.

En tant que garçon moi-même, malgré le fait qu’il s’agissait de ma cousine et que toute relation avec elle aurait été formellement interdite et condamnable, j’émettais quelques doutes quant à la véracité de ce talent. Ma cousine ? Une barbie ? Vous rigolez ?
Pourtant, cette légende semblait pouvoir se vérifier : chaque semaine, au minimum, le visage et le corps de son Ken étaient régulièrement renouvelés. Un renouvellement qui n’était d’ailleurs pas du goût de mon grand-père Albert, à qui chaque Ken était systématiquement présenté, comme un trophée de substitution à celui que l’on pourrait obtenir par le biais d’un concours de maths ou bien encore au hasard et surtout à la persévérance des tournois de handball.
— Comment vous vous appelez, déjà, Monsieur ? demandait mon grand-père.
Ken donnait son prénom, mais comme celui-ci ne correspondait jamais avec le dernier Ken affiché en date, mon grand-père le considérait comme suspect et arrogant, et lorsque ma cousine lui demandait ce qu’il en pensait, il lui répondait :
— Oh, tu sais, moi … L’autre, il était bien, non ?
Voilà pourquoi, en parlant de la pluie et du beau temps, des profs et de l’emploi du temps, avec ma cousine, on en arriva inévitablement à parler de ce qui lui tenait le plus à cœur : les conquêtes.
Car aimer, pour ma cousine, c’est avant tout partir en conquête, un peu comme une Alexandra la Grande se lancerait dans une course de haies, dont le but serait, si tu étais un garçon, d’en enjamber le plus possible sans jamais t’arrêter après les avoir sautées, et, si tu es une fille, de te sentir la plus utile possible … en tant que haie proprement dite.
Car ma cousine, c’est elle, la haie !
Alors plus il y a de participants, plus elle se sent utile. Plus il y en a qui lui sautent par dessus, plus elle a l’impression d’exister, de s’ouvrir au monde, de s’épanouir ! Plus il y a de mecs dans la course, plus elle a de chances d’en tomber !
Ce qu’il faut, c’est tout simplement ne pas être une haie comme les autres : être bien ancrée au sol, de tout son poids, et ne pas s’effondrer dès que le charmant coureur a terminé sa prestation. C’est tout.
C’est ça, une tombeuse de garçons.
C’est ça, qui fait la fierté des pauvres mères qui ne perçoivent plus l’horizon de leurs vingt ans qu’au travers ceux de leur propre fille !
Surtout que ma cousine, elle n’a que dix-sept ans ! Vous rendez-vous compte ? Dix-sept ans, et se lancer, de la sorte, à corps perdu dans l’effroyable spécialisation de la course de haies ?





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