Convocations

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On fait l'appel !

35. En passant par la case "infirmerie"

Samedi 19 mai 2007

une combine (chapitre 35 épisode 1)

 

Il faut que je trouve une combine. Une alternative. Autre chose que la misère. Sinon, il faudra que je continue avec ce poids terrible pendant toute ma vie. Un poids terrible sur le cœur, gros comme un boulet duquel rien ni personne ne peut te délivrer : ne pas avoir su être à la hauteur, au moment où il était pourtant pertinemment évident que si tu manques ce moment-là, c’est toute ta vie qui te passe à côté.
 
Une combine, vite, avant qu’il ne soit trop tard !
 
Qu’est-ce que je peux faire ?
Elle est là, à moins d’une dizaine de mètres de moi, et elle commence à se lasser, à se poser les mauvaises questions qui font que l’amour disparaît toujours plus vite qu’il n’est arrivé, et si j’attends deux ou trois jours de plus avant de lui fournir une réponse, elle m’aura complètement oublié, définitivement rayé de la liste des personnes les plus importantes de toute son histoire amoureuse.
 

Des falaises et des sols qui se dérobent

Elle a les yeux dans le vide, pensive, comme lorsque l’on hésite encore à avancer ou bien à rebrousser chemin, comme lorsque l’on sait que l’on est tout près de la décision qu’il faut absolument prendre, mais que l’on n’arrive pas à la prendre :
« — Peut-être est-il moins cool qu’il en a l’air ? »
« — Peut-être que si notre relation va plus loin et que nous échouons, nous ne pourrons alors plus jamais redevenir amis comme avant ? »
Est-ce cela, qu’elle se demande, ma petite Marina, à l’autre bout de la classe ?
 
Dans cette classe, aucune leçon ne sera jamais assez essentielle pour me faire oublier l’amour qui se joue, en ce moment, entre elle et moi ?
 
J’ai collé la paume de ma main sur mon front, et j’ai soupiré :
— Il faut que je fasse quelque chose, il faut vraiment que je fasse quelque chose …
Florent, qui est mon voisin de table, m’a regardé, et il a fait :
— Tu as de la fièvre ?
Qu’il est con. Pourquoi veut-il que j’aie de la fièvre ? J’ai une tête à être malade en plein printemps ? Il rigole, ou quoi ?
— Mais non ! je m’énerve. Pourquoi veux-tu que j’aie de la fièvre ?
 
Il a semblé tout embarrassé de m’énerver, à ce point, en si peu de phrases. Il a haussé les épaules et il a dit :
— Je ne sais pas, moi … Tu n’as pas l’air très bien, alors je ne sais pas …Tu as peut-être de la …
 
Il a fait la moue.
 
Je l’ai regardé du coin de l’œil, toujours la paume de la main sur le front, et j’ai réalisé que je n’avais sans doute pas été très sympa avec lui. C’est vrai, quoi : pourquoi sont-ce toujours ceux qui te sont le plus proche, qui doivent obligatoirement trinquer pour toute la misère de tes fardeaux ?
 
 
 
Par JEPEH & BREGMAN
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