Matières

Mercredi 13 juin 2007

 

[— Le plus important, ce sont les yeux ! Montre-moi tes yeux, un peu, que je vois ce que tu me caches …]
 
Aïe. Si cette infirmière sait lire les choses que l’on cache au fond des yeux, elle va immédiatement comprendre que je mens et que je n’ai absolument rien. Il faut que je me concentre sur Marina qui me manque. Quand quelqu’un te manque très fort, il paraît que tu peux aller jusqu’à en tomber malade !
J’ouvre les yeux très grands pour éviter d’avoir le regard du chien battu, et lui confie mon regard plein de tristesse. C’est difficile à faire, mais en y ajoutant une petite pensée toute particulière pour une opération de l’appendicite, que l’on me ferait sans anesthésie, je crois que je touche enfin du doigt l’émotion procurée par une immersion absolument totale dans le mensonge :
— Tu es un peu nerveux, en ce moment ? me demande mon examinatrice.
Le problème, c’est que toutes les opérations qui concernent les viscères, moi, ça me met à fleur de peau ! Il aurait fallu que je songe à autre chose, mais c’est trop tard : je me dandine maintenant comme un pantin démantibulé dont on titillerait le fond du nombril !
Si ma grand-mère se trouvait à la place de cette infirmière de pacotille, elle me délivrerait immédiatement un demi flacon de vermifuge, à ingurgiter par série de trois gorgées trois fois par jour juste avant le repas.
 
J’ai de la chance. Ce n’est pas ma grand-mère ! Le liquide vert imbuvable sera pour une autre fois :
— A moins que ce ne soit le fait d’être contrarié, qui te donne des impatiences comme ça … suppose-t-elle.
 
Décidément, cette femme est vraiment très belle. C’est Jules, qui avait raison ! Les femmes de quarante ans sont parfois pleines de charme, il n’y a rien à redire là-dessus.
Jules, il dit que sous leurs blouses, les infirmières, elles ne portent que leurs sous-vêtements, et que parfois, quand elles sont un peu en chaleur, elles ne portent même pas de soutien-gorge ni de petite culotte … mais je pense qu’il s’agit d’une légende ! Les catalogues des magasins par correspondance sont formels : une bonne lingerie coûte la peau des fesses ! Avec un investissement pareil, je n’imagine pas une seconde, qu’une femme puisse laisser sa petite culotte au fond de son tiroir : ça ne tient pas debout !
 
Pour vérifier ça, il faudrait au moins qu’elle lève ses fesses de sa chaise, cette belle dame ! Comment m’y prendre ? Elle ne veut donc pas m’examiner ?
— Houlà ! je m’exclame. J’ai des chutes de tension, moi …
Encore deux ou trois plaintes comme celles-là, et elle va noter « petite tarlouze latente » sur son rapport. Je devrais me méfier.
D’une voix un peu plus grave, pleine de testostérone, je fais :
— J’aurais dû manger un sucre avant de venir vous voir !
 
C’est gagné.
Direct, elle m’oblige à m’allonger sur le petit lit d’appoint, et elle me remonte la manche jusqu’à l’épaule.
J’ai droit au brassard noir, en même temps qu’à sa blouse qui bâille pendant qu’elle se baisse pour le ramasser.
— Whaou … je laisse échapper.
— Pardon ?
 
 
 

Chap 35 - E12

Par JEPEH & BREGMAN - Publié dans : 35. En passant par la case "infirmerie"
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