Vendredi 15 juin 2007
L’inconvénient, avec l’infirmière du collège, c’est qu’elle est tellement belle qu’on ne voit pas le temps passer.
Mince ! Si elle me retient ne serait-ce que cinq minutes de plus, je risque de ne pas pouvoir parler avec Marina.
C’est ma tactique toute entière qui tombe à l’eau : au lieu de feindre la maladie, il vaudrait mieux que je feigne désormais le rétablissement soudain, le miracle, l’immaculée guérison !

Je suis donc complètement fou, c’est certain ! J’arrive à l’infirmerie en m’inventant une maladie, et maintenant, je veux m’enfuir en m’inventant une guérison !
Est-ce l’amour que j’ai pour toi, qui fait que je ne suis plus tout à fait moi ? A force de me jeter dans des situations complètement incongrues, cette année, on ne va pas remettre le Brevet des collèges entre les mains, mais plutôt un entonnoir bleu sur la tête !
— Ta tension est plutôt normale …observe l’infirmière.
Elle me fait remonter le tee-shirt et me fait désormais passer le traditionnel test du « respirez soufflez ! »
— Tout cela me semble fort bon, jeune homme … lâche-t-elle au bout d’une série interminable d’au moins trente auscultations.
Une brèche pareille ne se laisse pas passer :
— Je me sens un peu mieux, d’ailleurs ! On dirait que c’est en train de passer comme c’est venu …
— C’est la récréation, qui va passer comme elle est venue, me fait-elle remarquer en tapotant sa montre.
— Pourquoi dites-vous ça ? j’ose.
— L’heure de la récréation est souvent source de grandes guérisons ! rit-elle.
Je crois que je suis en train de piquer un fard, pris la main dans le sac, bas les masques et compagnie !
— Maintenant que les présentations sont faites, si tu me parlais plus sérieusement ? me suggère l’infirmière en me regardant droit dans les yeux.
Elle me fait du charme.
C’est indécent, ça, faire du charme à un élève pour qu’il avoue son mensonge, non ?
Un instant, j’hésite à persister, mais je me rends compte que je ne suis qu’un mauvais comédien, et un mauvais comédien, ça ne continue pas un spectacle sifflé d’avance.
— Tu es pudique, c’est ça ?
Je ne réponds pas.
— Alors puisque tu es pudique, c’est moi qui vais parler, et toi, tu vas m’écouter, d’accord ? Moi, mon verdict, c’est que tu n’es pas là parce que tu ne te sens pas bien. Je pense que tu vas très bien. Du moins … physiquement. Par contre, dans ta tête, il se peut qu’il y ait quelques contrariétés qui te rongent. Tu m’arrêtes si je me trompe, d’accord ?
Je décide d’écouter sagement la suite sans l’interrompre.
— Je ne pense pas que ce soit une interrogation ou quelque chose comme ça, parce que si c’était le cas, je t’aurais déjà vu des dizaines et des dizaines de fois depuis ton arrivée au collège. Or, il me semble bien que je ne t’ai encore jamais vu avant aujourd’hui. On s’était déjà vus, tous les deux ?
— Non …
— Alors, maintenant, j’ai deux questions à te poser. La première, c’est : as-tu des problèmes particuliers dans ta famille ?





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