Mercredi 27 juin 2007
3
27
06
2007
21:47
Dix-huit heures. Journée terminée, espoirs anéantis, échec total et cuisant.
Pas un seul contact rapproché avec Marina, pas un seul regard qui aurait pu en dire long, pas une seule possibilité de pouvoir s’en sortir la tête haute, de cette journée misérable !
Il ne me reste qu’à me rentrer comme un élève qui ne supporte plus l’école, remonter sur mon cheval d’acier comme un cavalier qui n’aura finalement fait que des mauvaises chutes, me laisser guider par les caprices de mon destin vainqueur, et jouer du pédalier comme on avancerait, doucement, les aiguilles de la pendule qui n’avance pas, qui ne tourne pas, qui ne fait pas d’effort, jamais, jamais la moindre concession, jamais le moindre renoncement, jamais le moindre sacrifice, jamais la moindre victoire accordée !
Saloperie de journée qui se termine déjà !
Saloperie de journée perdue !
Saloperie de saloperie de destinée de m…
A mois que …
Une idée lumineuse vient de me traverser l’esprit ! Mieux qu’une étoile filante dans la nuit noire des plus grands déserts de Gobi ! Mieux qu’un phare d’Alexandrie au beau milieu des mers naufragées ! Mieux que tous les feux d’artifice qui te réaniment le cœur à coup de tocsins et de grandes couleurs !
Je vais défier mon destin !
Le défier d’homme à homme. Ouaip. Il n’a qu’à venir se présenter avec ma feuille de route, s’il se croit plus fort ! Avec tout mon futur écrit noir sur blanc, et toutes mes punitions affligées d’avance, s’il se croit si intouchable ! Je m’en vais le mettre à l’épreuve, moi ! Lui donner du fil à retordre ! Lui mettre des bâtons dans les roues et lui en faire voir de toutes les couleurs !
Car si mon destin est de rentrer chez moi comme ça, la tête basse et le moral dans les souliers, une chose est sûre : tout s’est déroulé de la sorte parce que j’aurai aujourd’hui agi exactement de la même manière que ce que l’on aurait pu prévoir de moi !
Le destin, c’est ça : partir d’un individu « prévisible », pour en prévoir d’avance toute la suite de ses improvisations les plus illusoires, qui ne sont en réalité qu’une succession de réactions en chaîne, toutes plus maladroites et ordinaires que les autres.
Le seul moyen de t’extirper de ton destin, c’est encore d’agir contre toi-même, contre ton bon sens et ta nature, à l’opposé de ce que les autres pourraient prévoir de toi, à dix mille lieues de l’endroit où ils sont déjà certains de te retrouver !
Le coup de pédalier vers la sortie du collège, il ne faut pas le donner.
Ce qu’il faut, là, maintenant, tout de suite, sans explication et sans logique, c’est faire demi-tour, traverser toute la cour du collège le plus vite possible, avant que les sentinelles du destin n’aient le temps d’en référer à leurs instances supérieures, et monter quatre à quatre les escaliers qui mènent jusqu’à la tour de ma princesse !
Ce qu’il faut, c’est faire abstraction des règlements stupides du monde matériel, des interdictions de faire du vélo en pleine cour, et des sifflets fébriles des pions qui ne peuvent pas vous reconnaître à cause de la distance ! Relever sa veste jusqu’aux yeux, abandonner sa monture dans un buisson et disparaître comme un justicier que tien n’arrêtera !
Car si c’est de mon destin dont il s’agit, c’est à moi d’en être le maître !
Et ce doigt que je pose maintenant sur la sonnette de l’appartement de Marina, je suis sûr et certain que ni ange ni démon ne l’avait vu venir d’avance !





Fafiots