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Lundi 23 juillet 2007

L’abominable Popaul des Bains (chapitre 37 épisode 12)

 

[— Tu veux dire que … Il faut que je sorte de la piscine ?]
 
— Ben oui ! se moque-t-elle. A moins que tu sois décidé à te changer en poisson surveillant, gardien de la piscine ?
Je ne fais pas le fier. Bander comme un taureau au moment où tu dois sortir de l’eau, ça, franchement, ce n’est pas un grand moment de gloire !
J’utilise le prétexte de la serviette de bain laissée à l’autre bout du bassin, pour jouer les prolongations.
— Tu me rejoins ? je tente.
— Tu auras plus vite fait en sortant de l’eau, tu sais ?
— Heu …
Plus vite fait, c’est une chose, mais pour avoir la honte qui me colle à la peau pendant tout le restant de ma scolarité, non merci ! Je me plonge la tête dans l’eau, et en ressors aussitôt pour essayer une nouvelle ruse :
— Tu ne veux pas me regarder nager juste une longueur ? Comme ça, tu me dis ce que tu penses de mon crawl …
 
Marina acquiesce, malgré elle, ne se doutant pas à quel point cette petite concession me sauvera la mise !
« Il faut que je me calme les ardeurs, il faut que je me calme les ardeurs, il faut que je me calme les ardeurs, il faut que je ... » je me répète inlassablement dans la tête.
 

Au secours ! Comment maîtrise-t-on cet engin ?!

Par chance, un grand bonhomme chauve, là-bas, qui vient d’arriver à l’échelle du grand bassin, ressemble étrangement à mon père, et semble, de surcroît, regarder dans ma direction.
Oups ! Petit choc émotionnel ! Une hallucination pareille a de quoi refroidir le plus brûlant des émotifs dont je fais partie.
Exploitons le filon ! Côté visiteurs, n’est-ce pas justement vers moi, que ces quatre mères de famille, aux visages aussi froids que des jurés, pointent leurs regards inquisiteurs ? C’est évident ! Elles se doutent de quelque chose !
Quant à Monsieur Muscles en tongs, le sifflet à la bouche, il ne semble attendre qu’une seule chose : ordonner mon renvoi immédiat et définitif de l’Etablissement !
 
Allez ! C’est parti. Une longueur de crawl à trois temps, un deux trois, on respire, un deux trois, on respire, un deux trois, on respire, un deux trois, arghhh, je n’ai pas eu le temps de respirer, un deux, arghh, ça me fout mon rythme en l’air, donnez-moi de l’air, un, deux, oups, pardon, monsieur, c’était vos pieds ?
 
Cette petite longueur aura été laborieuse, mais Popaul en aura eu pour son compte. Socialement montrable, je peux enfin sortir de l’eau, et c’est en toute sérénité que je m’empare de ma serviette salvatrice, ô grande serviette orange aux bords marrons, que je peux enfin balancer au-dessus de mes épaules comme une grande cape de mousquetaire spécialiste des grandes eaux chlorées.
 
Les pectoraux et les épaules élargis par l’effort, les cuisses aussi larges que celles des grenouilles arrivées à la bonne saison du dernier bond dans l’assiette, les pieds en dedans et les bagues plein les dents, je retrouve ma Marina, belle comme une Miss France Junior, qui me prend la main et me glisse un bisou furtif dans le creux de l’oreille :
— Tu peux me raccompagner jusqu’à chez moi, si tu veux !
 
Pour ne pas prendre le moindre risque de réveiller l’abominable Popaul des Bains, je respire un grand coup, et demande, sur un ton très professionnel :
— Et mon crawl, alors ? Tu l’as trouvé comment mon crawl ?
 
 
Par JEPEH & BREGMAN - Publié dans : 37. A la piscine
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