Vendredi 21 septembre 2007
[Et ça me fait mal au cœur de ne rien pouvoir faire pour lui, mais je ne lui en parle même pas, car je sais d’avance, que son oreille ne saura jamais écouter mes trop jeunes et minables conseils de petit insolent trop gâté, trop choyé et trop couvé !]
De toute façon, jamais personne ne lui donnera la moindre leçon ! Jamais personne ne lui fera reconnaître ses torts, tant il est bouffi d’orgueil et de mauvaise foi ! Personne ne lui fera lâcher ses outils pour des moments plus privilégiés en famille, des restaurants en tête à tête avec sa femme, des vacances improvisées sur des coups de tête ou des week-ends entiers à rester en pyjama, à se remplir l’âme de belles musiques ou de bons films !
L’horloge du four indique une heure et quart et je suis dépité. Dépité par tant de pouvoirs, détenus par tant de bêtise.
Dans une demi-heure, Marina m’attendra devant le cinéma, pendant que moi, je ne pourrai jamais m’évader de là …
— Qu’est-ce qu’on fait, alors ? demande ma mère à mon père. S’il a promis à Florent, on ne va pas l’empêcher d’y aller, non ?
Il faut croire que les trêves viennent toujours des femmes. Ma mère a dû s’apitoyer devant mes épaules toutes voûtées sous le poids de l’impuissance. Elle a dû se sentir coupable de m’avoir fait si maigre et si fragile, alors elle aura décidé de plaider en ma faveur, sans doute aveuglée par l’image de cette si belle amitié qui me lie à Florent.
Je t’aime bien, Florent, je n’ai rien contre la pêche, mais il ne faut pas m’en vouloir : Marina vaut bien quelques petites fioritures mensongères, non ? Si tu me sauves la mise sur ce coup-là, je te promets de te couvrir dans toutes tes escapades dès que tu auras une copine, toi aussi …
En même temps, il est vrai que tu n’es au courant de rien … Mon dieu … Dans quelle impasse suis-je encore en train de me fourrer ?
Exaspéré, mon père se tait. Il pousse un gros soupir et - signe qui ne trompe jamais – baisse les bras.
J’ai gagné.
L’orage va encore éparpiller quelques gouttes, mais déjà, les nuages se dissipent et le soleil commence à pointer.
Rester stoïque. Ne pas sourire. Ne pas savourer sa victoire.
Rester dégoûté jusqu’à que tout soit terminé.
Lui laisser l’illusion de la victoire, afin qu’il me laisse la liberté sauve !
Je mâchouille ma fourchette vide, les yeux dans le vide et en position stationnaire en bas à gauche.
Exprimer le dépit. Le dépit et la soumission.
Se rendre et attendre le coup de grâce.
Les grands tyrans ne laissent généralement la vie sauve qu’à ceux qui les laissent pleinement savourer leurs victoires :
— Il n’a qu’à faire ce qu’il veut ! De toute façon, on ne peut jamais rien leur demander ! exagère-t-il. Ça ne changera pas à l’habitude ! Qu’est-ce que tu veux que j’y fasses ? Je bosse comme un malade toute la semaine et je ne leur demande jamais rien, mais ce grand bobet préfère aller pêcher le poisson … Pfff … On se demande, des fois, pourquoi on fait des gosses …
Par JEPEH & BREGMAN
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Publié dans : 39. Négociations pour un hameçon
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