Mercredi 3 octobre 2007
[— Tu verras, une nana, c’est encore plus de soucis qu’un chien !]
Par dépit, je jette un œil à ma montre, et lui fais remarquer que chien ou nana, pour le moment, mon soucis, c’est plutôt d’arriver à l’heure à la séance :
— Tu m’ouvres ?
— C’est quoi, votre film ?
— Indiana Jones et le Tetris infernal, je réponds par-dessus l’épaule.
Silence.
Je me retourne, et je rectifie :
— Crocodile Dundee. Deuxième niveau !
Le sourire illumine à nouveau son visage, et il s’exclame :
— Tu me diras si le film est bien ... pour savoir si ça vaut le coup de pirater le jeu !
Soupir.
Par dépit, je jette un œil à ma montre, et lui fais remarquer que chien ou nana, pour le moment, mon soucis, c’est plutôt d’arriver à l’heure à la séance :
— Tu m’ouvres ?
— C’est quoi, votre film ?
— Indiana Jones et le Tetris infernal, je réponds par-dessus l’épaule.
Silence.
Je me retourne, et je rectifie :
— Crocodile Dundee. Deuxième niveau !
Le sourire illumine à nouveau son visage, et il s’exclame :
— Tu me diras si le film est bien ... pour savoir si ça vaut le coup de pirater le jeu !
Soupir.

Las, je reprends mon guidon bien en main, et remonte en selle :
— Bon. A lundi, hein ?
— A lundi.
Les informaticiens, c’est comme les artistes, les peintres, les sculpteurs, les musicos et les saltimbanques … Ça ne vit pas sur la même planète que nous. Il a raison, mon père. Ces gens-là vivent sur une autre planète ... Tu ne peux pas être à la fois informaticien et amoureux, par exemple. C’est quelque chose de complètement incompatible. Un ordinateur et une femme, ce sont deux choses bien rivales, deux choses que tu ne peux pas mettre entre les mains de n’importe quel informaticien ! Soit tu tripotes une manette de jeu, soit tu roules des pelles à ta nana, mais faire les deux, ça, ce n’est pas possible.
Voilà pourquoi Florent est un mec purement différent : lorsqu’il se lève, le matin, son premier besoin est d’allumer son ordi, tandis que moi, quand je me lève, mon premier besoin, c’est plutôt d’allumer une fille ! La différence, entre nous deux, relève tout simplement de l’hormonal : trop d’ordinateur doit nuire au bon développement des hormones.
Des fois, je me demande comment il sera, Florent, plus tard ? Est-ce qu’il aura une jolie nana informaticienne, avec des lunettes et un léger tic de la paupière comme un clin d’œil intempestif dû à la surexposition à l’écran ? Est-ce qu’il aura une nana avec qui il pourra faire des parties interminables de courses de Formule 1, des combats en Rambo ou des simulateurs de vols à la Top Gun ? Est-ce qu’ils auront assez d’argent pour se payer deux ordinateurs, tous les deux ? Est-ce qu’ils ne se battront pas trop à chaque fin de partie ? Est-ce qu’ils iront à la mer, l’été ? Est-ce qu’ils iront faire des balades en montagne ?
Est-ce qu’ils iront à la pêche ? Est-ce qu’ils auront des enfants ? Est-ce que ses enfants seront tous informaticiens à leur tour ?
Est-ce qu’il y en aura un, parmi le lot, qui naîtra avec des hormones subites ? Des trucs qui n’étaient pas dans ses gênes ? Un truc à vouloir aller embrasser les filles de partout, et leur faire des câlins pendant des heures ?
Y aura-t-il une génération spontanée, sortie de nulle part ou d’on ne sait d’où, bing, coucou, c’est moi, j’ai quinze ans et je veux niquer, et surtout, je vous emmerde ?
Les yeux rivés à mon compteur métallique, fait de ressorts, d’engrenages et d’élastiques, je ne peux m'empêcher de transposer cette réflexion aux différences énormes qu’il existe entre moi et mon propre père.
Il n’était pas informaticien, lui, et pourtant, nous ne sommes pas de la même planète pour autant ! A quinze ans, il installait ce compteur et bichonnait ce vélo !
En quelque sorte, c’est exactement comme si ses quinze ans n’avaient existé que pour me permettre d’accomplir mes quinze ans à moi …
Ou alors …
Ou alors, ma vie n’est que répétition de tout ce que mon père a déjà vécu, et cette vitesse de quarante kilomètres heure, pour ce vélo, elle a comme un parfum de déjà vu.
Comment était-il, mon père, avant de devenir cet adulte qu’il est devenu ?
— Bon. A lundi, hein ?
— A lundi.
Les informaticiens, c’est comme les artistes, les peintres, les sculpteurs, les musicos et les saltimbanques … Ça ne vit pas sur la même planète que nous. Il a raison, mon père. Ces gens-là vivent sur une autre planète ... Tu ne peux pas être à la fois informaticien et amoureux, par exemple. C’est quelque chose de complètement incompatible. Un ordinateur et une femme, ce sont deux choses bien rivales, deux choses que tu ne peux pas mettre entre les mains de n’importe quel informaticien ! Soit tu tripotes une manette de jeu, soit tu roules des pelles à ta nana, mais faire les deux, ça, ce n’est pas possible.
Voilà pourquoi Florent est un mec purement différent : lorsqu’il se lève, le matin, son premier besoin est d’allumer son ordi, tandis que moi, quand je me lève, mon premier besoin, c’est plutôt d’allumer une fille ! La différence, entre nous deux, relève tout simplement de l’hormonal : trop d’ordinateur doit nuire au bon développement des hormones.
Des fois, je me demande comment il sera, Florent, plus tard ? Est-ce qu’il aura une jolie nana informaticienne, avec des lunettes et un léger tic de la paupière comme un clin d’œil intempestif dû à la surexposition à l’écran ? Est-ce qu’il aura une nana avec qui il pourra faire des parties interminables de courses de Formule 1, des combats en Rambo ou des simulateurs de vols à la Top Gun ? Est-ce qu’ils auront assez d’argent pour se payer deux ordinateurs, tous les deux ? Est-ce qu’ils ne se battront pas trop à chaque fin de partie ? Est-ce qu’ils iront à la mer, l’été ? Est-ce qu’ils iront faire des balades en montagne ?
Est-ce qu’ils iront à la pêche ? Est-ce qu’ils auront des enfants ? Est-ce que ses enfants seront tous informaticiens à leur tour ?
Est-ce qu’il y en aura un, parmi le lot, qui naîtra avec des hormones subites ? Des trucs qui n’étaient pas dans ses gênes ? Un truc à vouloir aller embrasser les filles de partout, et leur faire des câlins pendant des heures ?
Y aura-t-il une génération spontanée, sortie de nulle part ou d’on ne sait d’où, bing, coucou, c’est moi, j’ai quinze ans et je veux niquer, et surtout, je vous emmerde ?
Les yeux rivés à mon compteur métallique, fait de ressorts, d’engrenages et d’élastiques, je ne peux m'empêcher de transposer cette réflexion aux différences énormes qu’il existe entre moi et mon propre père.
Il n’était pas informaticien, lui, et pourtant, nous ne sommes pas de la même planète pour autant ! A quinze ans, il installait ce compteur et bichonnait ce vélo !
En quelque sorte, c’est exactement comme si ses quinze ans n’avaient existé que pour me permettre d’accomplir mes quinze ans à moi …
Ou alors …
Ou alors, ma vie n’est que répétition de tout ce que mon père a déjà vécu, et cette vitesse de quarante kilomètres heure, pour ce vélo, elle a comme un parfum de déjà vu.
Comment était-il, mon père, avant de devenir cet adulte qu’il est devenu ?
Par JEPEH & BREGMAN
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Publié dans : 40. Métaphysique des différences
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