Lundi 24 septembre 2007
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22:49
Après avoir proposé mes humbles services, gratuits, pour le lendemain, je me rendis compte que le monde des adultes est un monde très étrange, où les reproches que l’on se fait, entre copains, relèvent davantage du non-dit que du véritable conflit.
— Demain, ça ne sert à rien … C’est aujourd’hui, que j’avais besoin d’aide, moi ! répondit mon père.
— Pourquoi tu ne demandes pas un coup de main au voisin ? j’avais suggéré.
— Au voisin ? Quel voisin ?
— Ben … José ! Il est maçon, après tout, et puis vous vous entendez bien, non ?
Un petit moment d’arrêt, dû sans doute à une petite introspection non désirée, et puis hop, mon père refait surface et répond :
— Je ne vais pas aller déranger José un samedi, voyons ! Il a autre chose à faire !
J’ai eu envie de lui faire remarquer qu’il n’en savait rien, mais je compris rapidement que le fond du problème relève davantage de la fierté que de la simple politesse.
— Tu préfères faire tout seul ?
— Oui, oui … lâche-t-il. Si on commence à demander des services à tout le monde, après, il faut renvoyer la balle … Et puis, bon … José, il est gentil, mais il parle tout de même beaucoup ! Il va plus me faire perdre mon temps qu’il va m’en faire gagner …
Je jette un regard entendu à Benjamin. Inutile d’aller plus loin. Que les orgueilleux se dépatouillent d’eux-mêmes, après tout ! Qu’ils se sortent tout seuls de la bourbe dans laquelle ils aiment tant se perdre ! On a beau être plus forts à plusieurs, certaines évidences ne le sont pas pour tout le monde !
C’est quoi, l’amitié, pour eux ? C’est se voir bien habillé, uniquement lorsque tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, rigoler de quelques blagues déjà bien récitées, et boire quelques alcools dans des verres bien propres ?
Pour les jours d’épreuve, les heures de labeur, les minutes désespérées, il faudrait alors préférer la solitude ? Faire face les épaules hautes, le sourire jaune et le masque du mensonge au visage ?
Porter sa croix tout seul ?
Pour être fier de quoi ? Fier de ne rien avoir échangé avec les autres, et ce, durant toute une vie ? Fier d’avoir fait route seul ? De ne pas avoir voulu s’ouvrir aux différences des autres, à leurs modes de vie différents, à leurs propres visions des choses ?
— Vous allez pêcher où ? questionne ma mère, pour changer de sujet.
— Je ne sais pas. Je passe chez Florent, et c’est lui qui décidera.
— C’est lui qui décidera … répète mon père, septique.
— Ben oui … Parce que moi, franchement, je ne connais pas …
— Pour pêcher, il ne faut pas mettre des vers sur un hameçon ? s’inquiète Benjamin.
— Des vers ? s’exclame Virginie. Vivants ?
— Je crois bien qu’ils sont vivants, surenchérit Benjamin. Pas vrai, Victor, qu’ils sont vivants ?
Mon père ne répond pas. Il m’observe avec un drôle d’air. Un air soupçonneux, un peu comme un bon vieux policier qui aurait flairé une piste.

Mal à l’aise, je jette un œil à l’horloge du four, et lance :
— Bon ben … Je suis vraiment désolé, mais il faut que j’y aille moi.





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