Convocations

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On fait l'appel !

41. Au bord de l'écoeurement

Samedi 6 octobre 2007

La séance des impatiences (chapitre 41 épisode 1)

 

Quand tu arrives devant un cinéma, ce qui te saute habituellement aux yeux, ce sont les affiches des films. Des affiches gigantesques, dont la technique de collage doit être un secret transmis de générations en générations, tellement le degré de difficulté de ne pas y faire de mauvais plis relève de l’exploit. Des affiches gigantesques, avec des acteurs redessinés dessus à taille réelle (sauf pour Dustin Hoffman, avec qui un léger facteur d’agrandissement est nécessaire, afin de ne pas nuire à sa réputation d’immense acteur). Des affiches gigantesques, qui t’en mettent plein la vue et te font vite oublier le prix de chaque séance.

Et dire qu'elle est plus grande que moi ...
Sauf que là, devant l’affiche du film, il y a ma Marina, habillée en jupe courte, avec des jambes interminables à en faire pâlir tous les automobilistes un peu distraits, et même si, à côté de Paul Hogan, je fais pourtant pâle figure, c’est vers moi que cette starlette de la grande vie s’avance, pour m’embrasser goulûment devant toute la clientèle de l’après-midi : une vingtaine de témoins oculaires qui iront bientôt se répartir parmi les deux séances proposées par ce petit cinéma municipal et subventionné.
Encore stressé par la menace paternelle qui plane au-dessus de moi, je ne peux m’empêcher d’observer un à un chacun des visages qui nous entourent, mais, très vite, le bonheur de retrouver enfin mon grand amour l’emporte sur les méfiances et les soupçons, et je me laisse succomber au charme d’un voyage langoureux d’une saveur inégalable.
 
— Hep ! Vous voulez voir quel film ?
La dame du guichet me tape sur l’épaule. Il ne reste plus que nous sur le trottoir. Heureusement qu’il n’y a pas foule au rendez-vous : nous n’aurions plus de place à l’intérieur !
 
Marina me tire vers l’intérieur, emboîtant le pas à la vieille dame pressée de faire ses comptes.
— Salle une. Deux places, s’il vous plaît !
Marina sort son portefeuille. Un petit portefeuille tout rouge avec une petite tête de taureau espagnol qui s’énerve devant une silhouette féminine qui semble parfaitement maîtriser la situation.
Immédiatement, mon côté macho prend le dessus : ni une ni deux, je dégaine le mien, en tire le billet prévu à cet effet, et le tend à la vieille dame qui semble toute perturbée :
— Pour les deux places ? me fait-elle confirmer.
— S’il vous plaît.
Marina me jette un regard reconnaissant, qui me conforte dans l’idée qu’un gentleman digne de ce nom se doit bien évidemment d’offrir la place ! Et très vite, après avoir franchi un sas obscur constitué de tissu suffisamment épais pour pouvoir être plus tard reconverti en confessionnal, nous nous retrouvons dans une salle de cinéma de cent cinquante à deux cents fauteuils rouges, entourés de moquettes et de tapisseries rouges, devant lesquels prône un immense rideau … rouge.
 
Assis tout au fond de la salle, afin de surplomber les autres quinze personnes de la séance, nous restons très attentifs durant la période des bandes annonces, et puis le film commence, très prenant.
Quel plaisir, de regarder un bon film en tenant la main de Marina !
Et puis soudain, au bout d’une longue dizaine de minutes, une espèce de conscience amoureuse s’empare de nous deux, au même moment, et nous oblige à croiser nos regards.
A partir de cet instant précis, pour être honnête … je suis strictement incapable de vous dire ce que Paul Hogan a fait de Linda Kozlowski.
Marina et moi, en revanche …
 
 
Par JEPEH & BREGMAN
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