Mardi 23 octobre 2007
J’ai honte.
Où est passé l’éducation que j’ai reçue ? Où sont passées les justes valeurs, le respect et l’honnêteté, la franchise et la responsabilité ?
– On va passer à table, informe ma mère. Tu as de la chance : on a failli souper sans toi !
Je mérite une punition, c’est évident. Un truc sévère, un plaisir en moins ou une privation en plus, mais je ne peux pas continuer comme ça, à me gaver de fausses existences du matin au soir, bon sang ! Je fuis le domicile familial en prétextant une sortie de pêche qui n’existe même pas, je paie un ticket pour la séance d’un film que je ne regarde même pas, je passe tout l’après-midi avec une fille … avec qui je ne pêche même pas, et voilà que je m’invente une expérience de pêcheur … que je ne possèderai sans doute jamais !
Suis-je donc devenu fou ?
N’ai-je donc pas toute ma tête ?
Suis-je donc à ce point envouté ?
– Mangez sans moi ! j’articule. Franchement, toucher des vers toute la journée, ça ne met pas forcément en appétit …
Un haut le cœur somatique virulent vient ponctuer cette unilatérale décision. Blanc comme un œuf sur le point de monter en neige, je me précipite dans le donjon de nos toilettes, et là, agenouillé devant le grand Trône de la vraie vie, je renvoie à Mère Nature le peu de poison verbal qui me restait encore à distiller, en hommage à ces petits poissons qui n’ont peut-être rien à manger, là-bas, de l’autre côté des tubes et des canalisations.
Où est passé l’éducation que j’ai reçue ? Où sont passées les justes valeurs, le respect et l’honnêteté, la franchise et la responsabilité ?
– On va passer à table, informe ma mère. Tu as de la chance : on a failli souper sans toi !
Je mérite une punition, c’est évident. Un truc sévère, un plaisir en moins ou une privation en plus, mais je ne peux pas continuer comme ça, à me gaver de fausses existences du matin au soir, bon sang ! Je fuis le domicile familial en prétextant une sortie de pêche qui n’existe même pas, je paie un ticket pour la séance d’un film que je ne regarde même pas, je passe tout l’après-midi avec une fille … avec qui je ne pêche même pas, et voilà que je m’invente une expérience de pêcheur … que je ne possèderai sans doute jamais !
Suis-je donc devenu fou ?
N’ai-je donc pas toute ma tête ?
Suis-je donc à ce point envouté ?
– Mangez sans moi ! j’articule. Franchement, toucher des vers toute la journée, ça ne met pas forcément en appétit …
Un haut le cœur somatique virulent vient ponctuer cette unilatérale décision. Blanc comme un œuf sur le point de monter en neige, je me précipite dans le donjon de nos toilettes, et là, agenouillé devant le grand Trône de la vraie vie, je renvoie à Mère Nature le peu de poison verbal qui me restait encore à distiller, en hommage à ces petits poissons qui n’ont peut-être rien à manger, là-bas, de l’autre côté des tubes et des canalisations.

Ça ne va pas mieux, mais c’est toujours ça qui ne fera pas de dégâts ! J’en ai assez fait comme ça, non ? Qu’est-ce qu’ils en diraient, les bonobos, eux, de mon comportement ?
Aujourd’hui, pour la première fois, j’ai fait l’amour. Avec Marina.
Un bonheur intense. Indescriptible. Inespéré et inégalable.
Si seulement je pouvais leur dire la vérité, à mes parents … Que je suis heureux, que cette journée-là n’avait pas de prix, qu’ils se trompent, que le bonheur n’est pas dans les résultats scolaires, qu’il faut me laisser vivre, me laisser l’aimer, la revoir, vivre ma vie, vivre notre vie, à deux, rien que nous deux, et qu’ils nous oublient, un peu, pendant tout le temps que ça va durer …
Je leur dis ?
Je n’en suis pas capable.
Une fois que tu as menti à ce point, tu ne peux pas reculer. Le mensonge appelle le mensonge, et petit à petit, à force de cercles vicieux, que tu te fortifies comme ça tout autour de toi, c’est toute une prison dans laquelle tu t’emprisonnes, inévitablement.
Bon.
– Je crois que je vais aller me coucher … je murmure, en ressortant de mon cachot.
Mon frère, ma sœur et mes parents, ahuris, se regardent les uns les autres sans savoir quoi penser de cette soudaine indigestion, et puis, soudain, Virginie crève le silence, et s’exclame :
– Eh ben ! Heureusement que la pêche ne demande pas un gros effort physique ! Vous imaginez dans quel état on l’aurait récupéré ?
Aujourd’hui, pour la première fois, j’ai fait l’amour. Avec Marina.
Un bonheur intense. Indescriptible. Inespéré et inégalable.
Si seulement je pouvais leur dire la vérité, à mes parents … Que je suis heureux, que cette journée-là n’avait pas de prix, qu’ils se trompent, que le bonheur n’est pas dans les résultats scolaires, qu’il faut me laisser vivre, me laisser l’aimer, la revoir, vivre ma vie, vivre notre vie, à deux, rien que nous deux, et qu’ils nous oublient, un peu, pendant tout le temps que ça va durer …
Je leur dis ?
Je n’en suis pas capable.
Une fois que tu as menti à ce point, tu ne peux pas reculer. Le mensonge appelle le mensonge, et petit à petit, à force de cercles vicieux, que tu te fortifies comme ça tout autour de toi, c’est toute une prison dans laquelle tu t’emprisonnes, inévitablement.
Bon.
– Je crois que je vais aller me coucher … je murmure, en ressortant de mon cachot.
Mon frère, ma sœur et mes parents, ahuris, se regardent les uns les autres sans savoir quoi penser de cette soudaine indigestion, et puis, soudain, Virginie crève le silence, et s’exclame :
– Eh ben ! Heureusement que la pêche ne demande pas un gros effort physique ! Vous imaginez dans quel état on l’aurait récupéré ?
Par JEPEH & BREGMAN
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Publié dans : 41. Au bord de l'écoeurement
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