Samedi 17 novembre 2007
[— Laisse-les venir ! Laisse-les manifester leur réaction ! S’il ne se passe rien dans le week-end, c’est qu’il ne se passera rien non plus après
!]
Alors nous continuons à parler de tout et de rien, de nos familles, de nos profs, de la piscine, de ses maillots de bain … Nous parlons de cuisine, du beau temps, de l’été qui approche, des vacances, de l’hiver, du ski, de la bonne odeur des chocolats chauds, du plaisir des petits croissants … Nous parlons de nos plats préférés, de ce que l’on aime, de ce que l’on aime pas, et on rigole, on réinvente des petits plats, on s’imagine des sorties sympas que l’on pourrait se faire si on était majeurs, si l’on pouvait refaire le monde, on rêve, on s’évade, et on rit et on pleure …
On s’aime … et je n'ai même pas peur du téléphone !
Et tout cela doit finir par prendre un certain temps, et même un temps "certain" qui ne doit sûrement pas être le même pour les amoureux et pour les autres : car bientôt s’ouvre la porte et surgit mon père, qui me flanque une frousse comme jamais je n’avais encore eue, et je sursaute, et je lâche le combiné, et je me casse un orteil, et j’ai l’air terriblement con, et je sens que ça va partir en live, et …
— Allô ?
— Je crois qu’il va falloir que je te laisse, il y a mes parents qui sont déjà remontés pour se coucher …
Marina m’embrasse. Elle me dit qu’elle m’aime. Qu’elle m’aimera toujours. Qu’elle a hâte de me retrouver lundi …
Moi, je ravale ma chique, je prends mon courage à deux mains, et je réponds :
— Bon ! Agnès : désolé, mais là, il faut vraiment que je te laisse ! Si tu n’arrives pas à faire ce fichu exercice, ce n’est pas bien grave, non ? Et puis, le brevet, tu sais, ce n’est pas pour demain ! Il te reste tout de même un peu de temps pour réviser !
J’ai le contrecœur au bord des lèvres et le sentiment de jouer faux qui me crispent tout le visage, mais il faut que j’aille au bout de la scène, tout au bout, là où il y a une sortie et où le rideau tombe. Je regarde alors mon père comme s’il s’agissait d’un compère, et je me tape même le culot de lui adresser un petit clin d’œil :
— Et puis arrête de pleurnicher sur ton sort ! Il n’y a pas que la physique, dans la vie ! Allez ! Bises ! A lundi, et passe le bonjour à ton copain !
Je raccroche et fais à mon père :
— Que veux-tu : il faut bien que je fasse mon travail de délégué !
Alors je ravale ma salive une dernière fois, passe devant lui en baissant la tête et en craignant de m’en prendre une, et comme rien ne se passe et que rien n’est dit, que le ciel reste à sa place et les foudres bien loin de moi, je ressens un incommensurable soulagement, avec un immense sentiment de plein pouvoirs qui me revigore tout l'intérieur, je relève le menton et bombe le torse, et mes poumons se gonflent à nouveau de cette merveilleuse et indestructible énergie de vivre.
Loin de moi, l’époque des impatiences !
Désormais, une nouvelle ère commence !
Sans même demander la permission, je descends les escaliers et me dirige vers la cuisine.
J’ouvre la porte du frigo, qui grince sans gêne sur ses gonds, et tandis que ma mère se couche et que mon père éteint le couloir, je m’offre un petit festin de ma composition.
— Petit appétit, l’amour fait son nid ! je m’exclame.
Alors nous continuons à parler de tout et de rien, de nos familles, de nos profs, de la piscine, de ses maillots de bain … Nous parlons de cuisine, du beau temps, de l’été qui approche, des vacances, de l’hiver, du ski, de la bonne odeur des chocolats chauds, du plaisir des petits croissants … Nous parlons de nos plats préférés, de ce que l’on aime, de ce que l’on aime pas, et on rigole, on réinvente des petits plats, on s’imagine des sorties sympas que l’on pourrait se faire si on était majeurs, si l’on pouvait refaire le monde, on rêve, on s’évade, et on rit et on pleure …
On s’aime … et je n'ai même pas peur du téléphone !
Et tout cela doit finir par prendre un certain temps, et même un temps "certain" qui ne doit sûrement pas être le même pour les amoureux et pour les autres : car bientôt s’ouvre la porte et surgit mon père, qui me flanque une frousse comme jamais je n’avais encore eue, et je sursaute, et je lâche le combiné, et je me casse un orteil, et j’ai l’air terriblement con, et je sens que ça va partir en live, et …
— Allô ?
— Je crois qu’il va falloir que je te laisse, il y a mes parents qui sont déjà remontés pour se coucher …
Marina m’embrasse. Elle me dit qu’elle m’aime. Qu’elle m’aimera toujours. Qu’elle a hâte de me retrouver lundi …
Moi, je ravale ma chique, je prends mon courage à deux mains, et je réponds :
— Bon ! Agnès : désolé, mais là, il faut vraiment que je te laisse ! Si tu n’arrives pas à faire ce fichu exercice, ce n’est pas bien grave, non ? Et puis, le brevet, tu sais, ce n’est pas pour demain ! Il te reste tout de même un peu de temps pour réviser !
J’ai le contrecœur au bord des lèvres et le sentiment de jouer faux qui me crispent tout le visage, mais il faut que j’aille au bout de la scène, tout au bout, là où il y a une sortie et où le rideau tombe. Je regarde alors mon père comme s’il s’agissait d’un compère, et je me tape même le culot de lui adresser un petit clin d’œil :
— Et puis arrête de pleurnicher sur ton sort ! Il n’y a pas que la physique, dans la vie ! Allez ! Bises ! A lundi, et passe le bonjour à ton copain !
Je raccroche et fais à mon père :
— Que veux-tu : il faut bien que je fasse mon travail de délégué !
Alors je ravale ma salive une dernière fois, passe devant lui en baissant la tête et en craignant de m’en prendre une, et comme rien ne se passe et que rien n’est dit, que le ciel reste à sa place et les foudres bien loin de moi, je ressens un incommensurable soulagement, avec un immense sentiment de plein pouvoirs qui me revigore tout l'intérieur, je relève le menton et bombe le torse, et mes poumons se gonflent à nouveau de cette merveilleuse et indestructible énergie de vivre.
Loin de moi, l’époque des impatiences !
Désormais, une nouvelle ère commence !
Sans même demander la permission, je descends les escaliers et me dirige vers la cuisine.
J’ouvre la porte du frigo, qui grince sans gêne sur ses gonds, et tandis que ma mère se couche et que mon père éteint le couloir, je m’offre un petit festin de ma composition.
— Petit appétit, l’amour fait son nid ! je m’exclame.

L’amour n’est-il pas la meilleure nourriture des êtres ?
FAIM
Par JEPEH & BREGMAN
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Publié dans : 42. Tout s'éclaire
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