Vendredi 26 octobre 2007
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20:38
Le dégoût de soi-même est sans doute une des épreuves la plus terrible à affronter dans une vie. Moi qui ai l’occasion de voir beaucoup de films, je croyais que cela ne pouvait arriver qu’à Sue Ellen, par exemple, et encore, lorsque sa dernière bouteille est vide !
De toute ma petite vie de jeune collégien, je n’avais d’ailleurs encore jamais cru cela possible de ma part.
Pourtant, il faut se rendre à l’évidence : quelque chose en moi me chamboule la conscience au point que mon estomac lui-même se range du côté du boycott total. Inutile de vouloir ingurgiter le moindre quignon de pain : mon corps tout entier a une opposition à exprimer, et il entend bien le faire savoir.
De toute ma petite vie de jeune collégien, je n’avais d’ailleurs encore jamais cru cela possible de ma part.
Pourtant, il faut se rendre à l’évidence : quelque chose en moi me chamboule la conscience au point que mon estomac lui-même se range du côté du boycott total. Inutile de vouloir ingurgiter le moindre quignon de pain : mon corps tout entier a une opposition à exprimer, et il entend bien le faire savoir.

Je comprends mieux notre voisine Marianne.
Elle est anorexique, Marianne. Si elle avale quatre petits pois à la suite, au cinquième, elle quitte la table et va vomir.
Ils ont même fini par la mettre à l’hôpital. Sous perfusion. Pour lui donner à manger directement depuis l’intérieur pour ne pas qu’elle se laisse mourir, Marianne.
Quand elle a obtenu sa première permission de sortie, un week-end, elle était encore toute maigre. Je l’ai vue se forcer à faire trois pas dans son jardin. En plein air. Un air tout pur plein de printemps et de chants d’oiseau, et elle, elle restait toute blanche, toute triste et toute creuse, elle avançait comme un zombie, et sa tête n’arrivait même pas à tenir toute seule bien droite au sommet de son cou tout fragile.
C’est ça, l’anorexie.
C’est quand ton corps voudrait avoir une autre tête, et ta tête, un autre corps. Alors quand ta tête t’ordonne de manger quelque chose parce que tu vas finir par mourir, le reste du corps refuse d’ouvrir la bouche et d’avaler quoi que ce soit, et tout ce qui rentre de force ressort aussi sec par là où c’est venu, comme si l’estomac et le cerveau se livraient une bataille sans merci.
— Tu ne veux pas boire une petite infusion ? propose ma mère dans le cadre de la porte.
Même un liquide sera de trop. Non. Un énorme dilemme fait rage en moi-même : d’un côté, la crainte d’affronter un conflit, et de l’autre, le devoir de le provoquer, ce conflit !
Est-ce ça, devenir adulte ?
Est-ce effectuer des choix sans cesse ? Décider ce qui est bien, ce qui est moral, ce qui acceptable et tolérable, et refuser catégoriquement tout ce qui va de travers, tout ce qui n’est pas conforme à la bonne éducation reçue, aux règlements sociaux préétablis ?
Nom d’une braguette ouverte ! Ne peut-on pas me donner encore quelques dizaines d’années de plus, pour que j’accepte de rentrer dans le droit chemin ?





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