Moi, en attendant de pouvoir devenir aussi intelligent que ces grands personnages des sciences et des beaux discours, comme je vous l’ai déjà dit précédemment, je n’ai guère d’autre possibilité que de vous parler de cette fameuse année de Troisième. Pourquoi ? Parce que je n’ai tout simplement jamais pris de notes de tout ce qui a pu se dérouler durant les années précédentes.
Parce que la mémoire, vous savez, c’est un peu tricheur, comme phénomène, un peu margoulin : ça transforme un peu les phrases, et puis ça réinvente un peu le cours des choses. Ce n’est pas vraiment fiable. Nous croyons nous concentrer sur l’essentiel, et puis il nous manque carrément tout le principal …
Non. Ce qu’il faut, c’est vraiment prendre des notes. Tout noter, tout rapporter précieusement, jour après jour, ligne après ligne. Etre à l’affût de tout événement. Rester sur le qui-vive.
Et puis, vous savez, d’un point de vue purement professionnel, c’est une bonne expérience. Sans le savoir, vous vous immiscez dans le premier grand métier qui s’offre à vous, après celui d’enfant obéissant : celui de « reporter » ! Certes, il s’agit parfois de ce que l’on pourrait qualifier de reportage intime, ou personnel, une espèce de reportage qui ne regarde que vous, mais quand même, ce n’est pas une mince affaire de rester objectif et professionnel, lorsque l’on est au centre de l’intrigue !
Moi, je ne veux rien oublier du principal.
Alors je prends le stylo, et je fais le serment, devant la page blanche et devant Dieu si cela ne suffit pas, que ce stylo-là, je ne le lâcherai que lorsque je serai certain d’avoir tout écrit du principal !
D’ailleurs, je vous prends à témoins, tous. Tous autant que vous êtes. Vous n’êtes encore pour moi que des lecteurs potentiels, et je ne suis encore pour vous qu’un écrivain sans importance, mais, si je vous prends à témoins, nous serons peut-être plus liés, plus amis, plus fidèles …
Il faut donc que je vous fasse une confidence, sur-le-champ, pour éviter que vous soyez déçus : parfois, ce que j’écris n’a plus grand-chose à voir avec l’école ; mais, entre nous, est-ce vraiment important ? Pour le moment, je suis tout seul, la balle est dans mon camp. Vous, vous êtes chez vous, bien chauffés, bien nourris, confortablement installés et puis tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Vous n’êtes pas en train de vous soucier d’un pauvre collégien qui, secrètement, dans son coin, à la lueur de la bougie ou au clair de lune, qui sait, s’entête à vouloir retranscrire l’essentiel des choses éphémères de la vie !
Parce que c’est éphémère, la vie. C’est fait d’instants précis, bien raccommodés les uns aux autres, mais volatiles malgré tout. Plus l’accumulation s’effectue, plus la mémoire prend des raccourcis : elle enjolive alors les points les plus importants à relier, et en oublie tous ceux qui ne valaient pas un clou …





Fafiots