Une fois que l’on a terminé de faire, on détruit et on recommence.
Un peu comme aux legos.
Sauf que mon père ne joue pas, lui : il « travaille » !
Il est un modèle : un modèle de rédemption, un dieu ! La preuve en est qu’il n’est jamais malade, comme si les virus les plus féroces se devaient de respecter, eux aussi, les dieux du bricolage. Comme il mange beaucoup d’oranges, j’ai longtemps cru que son secret résidait dans ce régime alimentaire très particulier, surtout à l’approche de l’hiver. C’était un tort. Une année, alors que j’avais tout bonnement essayé de l’imiter, j’eus coup sur coup : le rhume, la bronchite, la rhinopharyngite et l’otite. La preuve était faite : il existait un pouvoir que mon père possédait, et duquel on m’avait délibérément éloigné.
J’étais consterné.
Je boudai ma mère une semaine complète durant, persuadé qu’elle y était pour quelque chose. Développant quotidiennement un champ lexical très approfondi sur la fatigue et tous ses maux, elle avait certainement placé en moi des gènes qui n’avaient pas laissé suffisamment de place pour ceux de mon père.
Fils de dieu, je n’en avais reçu donc que les inconvénients : la discipline que cela impose, les complexes que cela nourrit, et la frustration qu’il en résulte. Car mon père a une philosophie bien arrêtée de l’existence, qui commence par un principe fondamental qui régit tout : dans la vie, il n’y a pas de place pour les seconds ! Il faut être le premier à l’école, pour apprendre à être le premier à avoir de l’initiative, le premier à développer les idées, et le premier à aller de l’avant ! Sinon, tu seras un looser, et dans la vie, il n’y a pas de place pour les loosers.
« Aller de l’avant … »
Un de ces dix commandements auxquels il va falloir me rallier sans qu’on me l’ait expliqué.
Je savais que nous pouvions aller à l’avant ou bien à l’arrière, mais aller de l’avant, qu’est-ce que cela veut dire, au juste ?





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