Mardi 13 juin 2006

[— Libido ? releva Gilles.]
— Ce genre d’énergie qui fait que tu as besoin de les collectionner toutes, sans jamais avoir à n’en préférer qu’une seule, expliquai-je, très fier.
— Un peu comme Charlie, précisa Marina, en guise d’exemple un peu plus concret.
Gilou recula d’un pas, comme pour mieux me jauger :
— C’est vrai : un peu comme Charlie, enfonça-t-il.
J’étais hors de moi. Prêt à faire les efforts les plus terribles, on me reprochait finalement d’être celui que je n’étais plus !
— Je ne suis PLUS comme ça ! J’ai changé !
Marina marqua un temps de silence, et voulut me tester :
— Que penses-tu de la polygamie ? me demanda-t-elle à son tour.
Embarrassé, je crois ne pas avoir pu m’empêcher de rougir :
— Je pense qu’il faut que ce soit fait dans l’honnêteté. Que toutes les personnes concernées sachent vraiment ce qu’il en est.
— Tu es pour, ou contre ? insista-t-elle.
Pour la première fois de ma vie, j’eus soudain l’impression de parler sérieusement à quelqu’un. Tombant le masque, je répondis :
— Si j’étais avec une fille comme toi, je n’en aurais pas besoin.
Elle parut déstabilisée, mais elle s’empressa de dire, un petit sourire flatté aux lèvres :
— Bonne réponse. Tu t’en sors bien !

Un instant, je restai bête, ne sachant que répondre à cela, mais soudain, un éclair me traversa l’esprit. Avec les femmes, non seulement il faut insister, mais, en plus, il faut toujours y mettre du remplissage. Le silence, il n’y a rien de pire. C’est au moment où tu fais silence, que tu leur laisses la possibilité de te jauger. Ce qu’il faut, c’est les faire tourner, tournoyer, danser, valser, perdre le nord et perdre la tête. A aucun moment une femme doit savoir où tu la mènes. Ne jamais ralentir, ne jamais s'amenuiser. Ce qu’il faut, c’est leur donner le désert aride et les berbères, et puis soudain la tempête de neige et le yeti. Si tout est fléché d’avance, sans surprise ni détournement, c’est fichu.
Je lui adressai donc une œillade, tel le comédien avant d’entrer sur scène, et, prêt à engager une tirade digne de celle du nez, dans Cyrano de Bergerac, je commençai tout simplement par répéter ce que je venais d’avouer :
— Si j’étais avec une fille comme toi, je n’en aurais pas besoin …
Mais, sans proprement le vouloir, mon intonation se fit si douce et si exclusive, que Marina m’adressa en retour un regard dont la profondeur n’aurait eu d’égale que son audace. Ne sachant comment interpréter cette nouvelle source d’érection instantanée, je décidai, afin de faire durer le plaisir le plus longtemps possible, de soutenir son regard tant qu’elle continuerait à soutenir le mien. Etait-ce une sensation également très intime, qui la motivait à ce point ? Toujours est-il qu’elle me fit les yeux doux comme jamais elle ne me les avait faits, ce qui, d’ailleurs, faillit bien me faire sauter la soupape ! Mon rythme cardiaque fit une accélération qu’aucune mécanique automobile au monde n’aurait su imiter autrement que par l’astuce du ralenti. Je crus déceler, dans le bas de mon champ de vision, un mouvement presque imperceptible qui trahissait que Marina se pourléchait involontairement les lèvres.
Quant à moi, plus matériellement, je commençais à ressentir une certaine gêne au niveau d’un entrejambe fortement limité par la texture déjà trop tendue de mon jean neuf.
Je faillis demander à ce que le jeu se poursuive au plus vite dans un endroit plus approprié, mais, soudain, Gilou nous fit tomber de notre petit nuage :
— Je crois que je vais m’acheter un troisième petit pain, coupa-t-il. Vous en voulez un ?
Marina m’adressa un large sourire de complicité, et, dans un geste qui semblait vouloir dire « ce n’est que partie remise », elle se tourna vers Gilou pour lui répondre :
— Pour ma part, ce sera non merci … Mais pour Charlie, quelque chose me dit qu’en guise de compensation alimentaire, un petit pain ne sera pas de trop …
par JEPEH & BREGMAN
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06. Comment dire "je t'aime" ?
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