Matières

Mardi 11 juillet 2006

[Stéphane se glisse alors, sans gêne, entre Armand et moi. D’où sort-il, celui-là ? On ne lui a donc jamais appris à rester à sa place ?]
Je lui lance un regard furieux.
— Salut, la jolie ! se permet-il de lancer.
Alors ça ! C’est la meilleure ! Aurait-il des idées derrière la tête, lui aussi ? Les mecs, c’est vraiment comme les animaux. Dès qu’une nana est plus ou moins excitante, ils ne peuvent pas s’empêcher de déballer le grand jeu. Puisque c’est ainsi, autant feindre l’abandon de la partie : je me pousse de côté, et observe la scène dans les moindres détails. Si j’en chope un des deux à vouloir lui glisser une bise un peu trop près des lèvres, je n’aurai aucun état d’âme à le prendre pour cible au prochain lancer de javelots !
Marina fait la bise à Armand, qui ne manque pas de lui glisser un petit compliment de routine :
— Tu es charmante, ce matin, Marina !
— Merci, merci …
Elle fait mine de rajuster sa coiffure, et fait la bise à Stéphane.
— Tu vas bien ? demande-t-il, plus banal.
— Ça va … Ça va …
Elle se tourne vers moi, et fait :
— Tu es enfin sorti de ton cours d’anglais, Charlie ?

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Il faut dire qu’on ne sait pas trop quoi répondre, à ce genre d’attaque. En gros, ce que Marina me reproche, c’est tout bonnement de m’être laissé embourber dans une situation qui ne pouvait que s’éterniser :
— Tu m’en veux ? lui ai-je susurré à l’oreille, le cœur amer.
— Estime-toi heureux que je te dise encore bonjour ! me répond-elle, taquine.
Je ne pouvais pas m’empêcher de me mordiller les lèvres de remords. Elle savait bien que je ne pouvais pas laisser la prof d’anglais en plan, comme ça, sans raison valable, non ?
Quoi que l’amour, cela peut sans doute constituer une raison valable, si l’on y réfléchit bien …
— Je vais chercher le cahier de textes ! lança-t-elle par-dessus l’épaule, à qui voulait bien l’entendre.
 
Stéphane me donna un petit coup de coude, et ne put s’empêcher de convenir que si nous n’avions pas Marina dans notre classe, il faudrait pouvoir l’inventer.
— Tu dis ça parce que son jean lui fait des belles fesses ! s’exclama Armand.
— Je ne cracherais pas sur le reste non plus ! répondit-il en éclatant de rire.
Je leur jetai un regard blasé, en faisant malgré tout l’effort d’un petit sourire de complaisance qui ne devait pas franchement coller avec le reste de la figure, mais je n’avais vraiment pas le cœur à ce genre de plaisanteries. Stéphane est un bon copain, et nous faisons du ski ensemble tous les hivers, mais peut-être oublie-t-il que Marina mesure plus de quinze centimètres de plus que lui ?
— Mange donc de la soupe, au lieu de dire des conneries ! ai-je fait.
Il ne parut pas blessé de la remarque pour autant, le bougre :
— Bah ! Au lit, il n’y a plus que la taille d’Hercule, qui importe !
Armand glissa :
— Vous savez quelle est la différence, à ce propos, entre une bitte d’amarrage, et une bite tout court ?
Stéphane et moi nous regardâmes perplexes :
— Non … C’est quoi ?
Armand saisit les deux revers de son long manteau, et l’ouvrant tout grand en imitant le joyeux pervers en plein passage à l’acte, il commente :
— Essayez donc d’exposer votre bite sur le port, bandes d’artistes sauvages !
Personnellement, je trouvais cela un peu lourd, mais la mimique avec laquelle Armand avait accompagné la réponse fit que je ne pus m’empêcher de lâcher un éclat de rire. Stéphane nous prit alors à parti, et nous demanda si nous connaissions celle du petit indien.
« Si je ne me sauve pas tout de suite, j’en ai jusqu’à la sonnerie », pensai-je. Ne devais-je pas, en effet, plutôt essayer de rattraper Marina, au lieu de me laisser sombrer dans ces faciles blagues de comptoir ?
— Mince ! fis-je, peu crédible. Il faut que j’aille chercher le cahier de textes …
Armand ne manqua pas de me faire remarquer que Marina venait d’y aller.
— Oui, mais je me souviens justement que je ne l’ai pas laissé à la bonne place …
Stéphane et Armand se regardèrent ahuris, comme s’ils se demandaient si j’étais soudain tombé sur la tête, mais cela ne m’arrêta pas, et je courus rattraper Marina dans les couloirs …
 
 
Par JEPEH & BREGMAN - Publié dans : 08. Agnès et les contrariétés
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