Convocations

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On fait l'appel !

08. Agnès et les contrariétés

Mardi 27 juin 2006 2 27 06 2006 00:08

Le lendemain, je me suis levé immédiatement avant que le réveil sonne.
C’est comme un sixième sens, lorsque l’on doit affronter une journée importante : les yeux s’ouvrent d’eux-mêmes, comme par automatisme, juste une ou deux secondes avant que l’alarme du monstre social se mette à hurler. Ah ? Elle avait quelque chose à dire, l’alarme ? Eh bien, paf ! Un coup de touche snooze ! Ça fait mal, hein, la touche snooze ? Tu en prends pour dix minutes, mon pote ! Ça te fera les pieds, à faire le coq tous les matins !
J’ai horreur d’être bousculé lorsque je me sens en avance.
Et puis, ce n’est pas parce qu’on a le pouvoir de contrôler la vie des gens, qu’ils ne sont pas capables de vivre leur vie tout seuls, non ?
 
La pluie s’abat contre la fenêtre du toit comme des larmes de ciel qui n’ont pas su couler au bon moment, et le lampadaire de la départementale scintille comme une étoile de berger qui a perdu toutes ses brebis de les avoir trop fait attendre.
Je ne suis pas bien joyeux, ce matin. A portée de main, je n’ai qu’un cahier de textes ouvert à la page des devoirs que je n’ai pas encore finis.
Ça ne me ressemble pas, ça. Faire les devoirs le jour même, ce n’est pas mon genre. Il n’y a pas à dire : un mec amoureux, ça ne peut pas être un élève studieux. Dans la colonne des matières, j’ai envie d’écrire Marina partout. Il n’y a qu’elle. Marina que j’ai laissée mariner. Marina dont la disparition m’a miné. Marina à qui j’aimerais bien enfin m’arrimer …
Tiens ! Je ne l’ai toujours pas fait, cet exercice d’anglais ?

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Je me suis levé et j’ai traversé la chambre jusqu’à la commode, pour m’emparer du cahier de travaux dirigés, juché tout au sommet de la pile des manuels scolaires, comme un trophée dont je me serais bien passé.
L’exercice en question est un véritable supplice.
Je me demande comment les gens font pour réussir les concours qui mènent aux carrières d’interprètes, après ça. Ce doit être une question de relations humaines, rien de plus. Un être normalement constitué ne peut pas ingurgiter des règles aussi contradictoires avec celles de la grammaire française … Il faut forcément qu’il y ait d’autres critères, d’autres normes de tolérances que celles que notre professeur, autoritaire et intransigeante, s'échine à vouloir nous inculquer … A la télévision, lorsque l’on voit des interprètes, ce sont souvent de très belles femmes, j’ai remarqué. Il doit bien y avoir une explication ! Cela ne peut pas être un hasard ! Même à la radio, où l’on doit se contenter de leur voix douce et sensuelle, on peut sans difficulté les imaginer dotées plutôt d’atouts quasi légendaires, que de physique à la rebrousse-poil.
Reconnaissons-le : nous vivons un monde sans pitié ! Pas de place pour les boudins ! Pas de diplôme pour les laiderons ! Pas de cadeau, et surtout pas de lot de consolation ! Pas de deuxième chance non plus, d’ailleurs ! La deuxième chance se donne quand on a des doutes. Un laideron, ça ne laisse planer aucun doute. C’est clair.
Quand tu dois affronter un jury, et que tu sais que tu vas lui donner la nausée rien qu’en te présentant à ses yeux, autant te l’avouer tout de suite : tu vas échouer, et personne n’essayera de te repêcher ! Quand on a un physique de baleine, ce n’est pas en eau douce qu’on évolue. C’est au grand large. Loin des belles plages et des cocktails colorés. Il ne faut pas rêver.
 
Le pire est non seulement que tout cela est sous-entendu, parfaitement intégré, accepté, implicitement consenti, mais surtout, que je fais moi-même partie du complot, triste hypocrite que je suis : avec les filles qui ne me plaisent pas du premier coup, par exemple, n’ai-je pas l’habitude de me comporter en odieux salaud ? Il faut être honnête : que la répulsion provienne d’un physique ingrat ou d’une mentalité disgracieuse, même si cela ne me correspond pas forcément, de me peaufiner des rôles de bourreau, il est vrai que, malgré moi, instinctivement, je me surprends parfois à éprouver comme une espèce de plaisir indicible, très vague et cependant très délectable, à m’autoriser moi-même à me rendre justice de me sentir ainsi agressé.
De la manière la plus abjecte qui soit, je mets alors fin à leurs insipides agissements pour la seule et unique raison qu’elles sont laides !
Discrimination, crierez-vous ?
Par JEPEH & BREGMAN
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