Un de mes défauts les plus abominables est que je suis lent. Lent à la détente, lent à réagir, lent à comprendre les choses comme elles sont, comme il faut que je les fasse … Pourquoi Marina avait-elle employé ce ton si suggestif, pour annoncer qu’elle allait chercher le cahier de textes ? N’importe quel être humain sur cette planète réagirait immédiatement à un tel appel du pied, mais moi, non ! Je ne me pose aucune question, j’agis en spectateur, et c’est une fois le spectacle terminé que je me mets à analyser l’étendue des actes manqués et des irréparables loupés !
Pourtant, ne partait-elle pas sans rien dire, d’ordinaire ? N’était-ce pas évident, ce changement soudain d’habitude ?
Peut-être voulait-elle que l’on se retrouve plus loin afin de rattraper le moment d’hier soir ?
Ou peut-être qu’un lieu un peu plus discret lui semblait plus approprié pour les reproches qu’elle avait à me faire ?

De toute façon, je n’avais rien à perdre de la rattraper. Au contraire.
Il est parfois si simple de réparer de gros dégâts avec seulement quelques mots d’excuses …
— Marina ! me suis-je écrié.
Elle se retourna et ne parut pas très étonnée de ma présence. Elle me laissa encore m’approcher, mais ne prononça pas le moindre mot.
Je ravalai ma salive, en même temps que j’essayais de reprendre mon souffle, et je prononçai, haletant :
— Pardon, pour hier soir.
Elle haussa les épaules, et virevolta les talons :
— Trop tard ! Le mal est fait !
Et là, je compris qu’il ne faut jamais s’abaisser devant une femme. S’abaisser à s’excuser, c’est se soumettre. Les femmes fatales n’aiment pas les mecs soumis. Elles veulent des rapports de force. Des mecs avec un caractère, des couilles, et tout ce qui va avec. Elles ont beau dire des machos, c’est encore le type d’hommes qui les excite le plus.
— Je n’ai pas la chance d’être un macho … ai-je laissé échapper en tombant les bras.
Elle se retourna, et sembla m’accorder une nouvelle chance. La sincérité paie toujours, avec les femmes. Il suffit d’y mettre la dose d’humour qui va avec.
— Je pourrais te retenir de force contre le mur, et te forcer à m’écouter, mais je ne suis pas fait pour ça … La dernière fois que j’en ai violé une dans les couloirs, j’ai écopé de deux ans d’abstinence ferme !
Cette boutade la laissa de marbre. Je haussai les épaules :
— On ne va pas en faire un flan ! Je n’ai pas couché avec la prof d’anglais, que je sache … Alors laisse-moi donc une chance !
Il ne faut pas poser de questions. Ne jamais leur laisser la possibilité de reprendre la situation en main. Parler, expliquer, jouer, réciter, inventer, distraire, convaincre, faire sourire et faire rire … C’est ça, la recette de la séduction. Comment croyez-vous qu’ils font, les italiens ?
Je voudrais pouvoir lui dire que je l’aime, que je suis amoureux fou d’elle, mais je n’ai jamais fait ça, moi, je ne sais pas si cela se fait comme ça, si un couloir de collège est un endroit bien approprié, et deux minutes avant la sonnerie, un moment vraiment adapté …
— Qu’est-ce que tu comptes faire ? M’offrir des fleurs ? M’inviter au cinéma ?
Elle insista fortement sur un point :
— Tu as intérêt à te dépêcher, parce que les vacances de printemps, je te rappelle que c’est samedi !
Aïe ! Je les avais oubliées, celles-là ! Ce n’est pas possible ! Faut-il être con, lorsque l’on est amoureux ! Oublier l’approche des vacances, n’est-ce pas un comble, pour un collégien ?
Fafiots