Jeudi 27 juillet 2006
[— Et le bouquet de roses à trois cent cinquante balles, l’autre jour ? Le vase à cinq mille, importé spécialement de Chine pour tes beaux yeux, ma belle ? La petite bague étincelante que tu ne trouvais pas mal du tout ? D’ailleurs, entre nous, on appelle ça un solitaire ! Tu sais combien ça coûte, un solitaire ? Et j’en oublie le petit tableau de Van Gogh spécialement négocié chez Christie’s pour me mettre dans la poche la bénédiction de Belle-maman, ainsi que la petite nuit romantique passée à Paris, à l’hôtel Crillon ! C’était quoi, tout ça, du vent ?]
Je marque un temps d’arrêt, et j’ajoute, d’un air mesquin :
— Ça fait tout de même cher le vent !
En réalité, je n’exagère qu’à peine la triste réalité des vraies scènes de ménage : tandis que les femmes n’ont pour tirelire que le récipient sans fond de leur cœur incommensurable, les hommes, eux, ne gardent habituellement en mémoire que les prix dérisoires de leurs soi-disant indiscutables preuves d’amour !
— Parce qu’en plus, tu comptabilises ? s’exclame Marina à son tour. Ah, les mecs ! Ça ne m’étonne pas, avec vous, on a toujours droit au grand jeu avec les petites loupiotes qui scintillent, le branle-bas de combat dès la première heure de la nuit, mais, au fond, tout ça pour quoi, hein, tout ça pour quoi ?
Elle prend l’air dépité :
— Tout ça pour tirer votre coup un soir de pleine lune !
Steph donne un coup de coude à Armand, et lui fait :
— On va les mettre sur les planches, ces deux-là, tu ne crois pas ?
Marina ajoute, la tête haute :
— Vous feriez mieux de vous offrir une entrevue rapide et directe avec une péripatéticienne de votre choix : au final, ça vous reviendra moins cher !
C’est vrai, qu’elle devrait monter sur les planches, Marina.
— Ah, ah ! me lance-t-elle, nez au vent. Ça te cloue l’ bec, hein, p’tit mec ? Pas vrai ?

J’éclate de rire.
Elle est très forte : elle a réussi à me redonner le sourire pour toute la matinée.
Finalement, la sonnerie retentit, et pendant que les deux autres se penchent sur le monticule de cartables pour récupérer le leur, elle me glisse à l’oreille :
— Tu sais, c’est quand tu veux, pour le match d’improvisation des grands sentiments !
Et elle m’adresse un clin d’œil.
Mais ce dernier n’est pas de ceux qui ont déjà le silence complice, ou bien le discours à l’unisson. Ce serait trop facile ! Trop gratuit, trop donné : Marina se penche sur son sac à son tour, et virevolte sans la moindre hésitation, comme on plante un point, là, au beau milieu d’une phrase, et que l’on sait pertinemment combien la majuscule sera timide pour l’écriture à quatre mains, lorsque c’est à elle de donner toute une suite à l’histoire.
Whaou, l’angoisse !
Mais comme si le hasard faisait bien les choses, c’est monsieur Antoine qui vint nous chercher pour son cours de français.
Alors, je la continue comment, cette histoire, monsieur Antoine ?
Officiellement, ou dans l’ombre ?
Par JEPEH & BREGMAN
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Publié dans : 10. Jalousies réciproques
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