Mercredi 19 juillet 2006
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Mardi.
Je me suis réveillé de bonne heure, ce matin. Je crois que j’ai du mal à dormir, en ce moment. J’ai hâte que jeudi arrive. Hâte de retrouver Marina.
Un premier rendez-vous, c’est quelque chose de magique, de miraculeux, quelque chose qui vous transporte au-delà de tous les bonheurs inimaginables.
Je ne sais pas encore comment cela va se dérouler, de quoi l’on va se parler, comment je vais lui faire ma déclaration, mais j’ai hâte … Plus que deux jours. C’est long, deux jours, mais, objectivement, ce n’est pas la mer à boire. Deux jours à attendre, c’est juste ce qu’il faut pour être au top, pour être boosté au mieux de sa forme, revigoré, remonté et requinqué !
Et puis, les journées passent vite, à l’école. La journée d’hier, je ne l’ai pas vue passer.
L’école est mal faite : nous passons notre temps à recopier des leçons qui sont déjà dans nos livres, à faire des exercices qui ne servent à rien, à vérifier si nous avons bien compris, à corriger les erreurs des autres, à nous demander pourquoi ils les ont faites, pourquoi ils ne devraient pas les refaire, comment ils devraient procéder pour ne plus en faire … C’est à cause de ces ânes, que j’en suis là à faire le coq, à écrire ces conneries, à recopier les jours où il ne se passe rien, à espérer que les lendemains seront différents !
A l’école, les lendemains ne sont jamais différents. Tout est répétition, disque rayé, méthode Coué. On nous bourre le crâne de formules absurdes, de dates à connaître par cœur, de langues étrangères dont nous ne nous servirons peut-être jamais de manière si précieuse et raffinée … A quoi ça sert, tout ça ? A quoi ça sert ?
A nous occuper pour éviter que l’on fasse trop de bêtises ailleurs ?
A nous avoir à l’œil ?
A nous apprendre la patience ?

Je me le demande.
Six heures cinquante.
Pas le temps de chercher une réponse. Si je ne me lève pas tout de suite, mon frère va squatter la salle de bain avant moi. En ce moment, il développe une certaine adversité à mon égard. Ce doit être l’adolescence. La quête de l’identité et la lutte avec le pouvoir ont toujours été des trucs très liés. Quand on se cherche soi-même, on cherche d’abord à avoir une certaine emprise sur les autres.
En ce moment, son truc, c’est de se battre pour la position de sa serviette de bain sur le sèche serviettes.
Ma serviette a toujours été au-dessus : au-dessus de la sienne, au même niveau que celle de mon père, située au-dessus de la serviette de ma mère, sur le deuxième sèche serviette de la salle de bain.
Benjamin, ces derniers temps, s’acharne bien évidemment à positionner sa serviette à la place de la mienne, ce qui m’agace au plus haut point car, non seulement je ne comprends pas pourquoi il faudrait modifier nos habitudes, mais, surtout, il est hors de question qu’un abandon de ma part soit interprété comme une défaite de la part de son grand frère !
Non mais !
Ai-je eu un grand frère, moi, pour me construire ? Non.
Alors je ne vois pas pourquoi sa quête d’identité devrait passer par cette étape sournoise et ridicule de lutte pour la position d’une serviette sur le mur d’une salle de bain !
Désolé pour lui, mais il devra faire avec. Après tout, la position de sa serviette, à l’origine, avait un choix totalement justifié : plus près du sol, c’est tout de même plus pratique pour ceux qui sont plus petits, non ?
Ma mère est-elle plus petite que mon père ?
Non. Mais là, je n’y peux rien. C’est une question de rapports homme femme qui m’échappent. Une espèce de lutte machiste qui appartient à une autre génération que la mienne.
Le chef de famille, c’est d’ordinaire le plus couillu de la bande parentale. Celle-ci n’étant constituée que de deux individus, le choix s’en trouve bien évidemment que plus limité.
Or, physiquement parlant, le père a toujours été plus couillu que la mère. C’est un fait. Une particularité génétique dont les hommes sont fiers, tout comme les membres mâles d’une tribu de gorilles en train de se disputer les faveurs d’une femelle …
Mais inutile de s’attarder plus longuement sur ces considérations génétiques, animales et comportementales.





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