Vendredi 28 juillet 2006
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S’il y a bien quelque chose qui me turlupine, en ce moment, c’est cette histoire du prof de français avec Bénédicte. Hier soir, j’en ai touché deux mots à Jules, en rentrant en vélo. Lui aussi, ça l’inquiète. Bénédicte avec le prof de français ? Non, ce n’est pas possible …
Comme Sébastien et Bernard finissaient à la même heure que nous, ce fut le grand débat de la fin de journée. Un prof a-t-il le droit de céder à la tentation avec une élève ?
Sébastien était intransigeant. Très surprenant de sa part, d’ailleurs, car, de nous tous, il est sans doute le moins coincé de la bande ! Pas très doué à l’école, il a toujours été quelqu’un qui préfère l’école de la rue : celle des petites canailles et des chenapans, où l’on apprend à se débrouiller tout seul et à se confronter au plus tôt aux vrais rapports dominants dominés.
D’après lui, le règlement, c’est le règlement. Bien sûr, on n’est jamais à l’abri d’un écart, mais enfreindre le règlement, c’est commettre une faute professionnelle. Si monsieur Antoine s’est effectivement offert une incartade amoureuse avec Bénédicte, il doit être sanctionné. Il n’y a pas à discuter là-dessus.
Bernard était moins catégorique. Un sourire narquois qui en disait long sur son véritable point de vue, il fit :
— Et s’il ne se fait pas prendre ?
Eh oui ! La remarque était pertinente ! Et si, après tout, le charme des interdits résidait justement dans le fait qu’il faille les vivre cachés ? Après tout, une histoire d’amour reste une histoire d’amour, non ? Ce n’est pas parce que la société l’interdit qu’on est à l’abri de ce genre de truc ! Qui cela dérange-t-il ? Les autres ? Pourquoi ? Pour la différence d’âge ? Pour le fait qu’un professeur censé mettre des notes à son élève risque de ne pas pouvoir resté dans l’impartialité ? Pour le fait qu’une élève de l’âge de Bénédicte, mineure et ne bénéficiant donc pas du consentement parental, puisse passer pour une fille naïve qui se laisse abuser ?
C’est mal connaître Bénédicte !

Un visage d’ange à qui l’on donnerait le bon dieu sans confession. Sans doute. Mais une maturité à rendre jaloux bien des femmes adultes, ça, vous pouvez en être certains ! Et moi, Bénédicte, je l’ai déjà vue bécoter avec des bien plus vieux qu’elle en dehors du collège, et croyez-moi que lorsque l’on y met la langue aussi loin qu’elle, on sait très bien ce que l’on fait !
Bénédicte est donc responsable de ses actes, tout autant que le professeur qui, lui, bénéficie aux yeux de tous d’un âge auquel on est censé pouvoir contenir ses émotions et placer des garde-fous autour de la morale et du bon usage de son sexe en société.
— Ça ne se contrôle pas, l’amour … j’ai dit.
Sébastien était outré. Mais enfin ! Il y a des règles ! Tu ne vas pas te taper ta sœur ou ta mère simplement sous prétexte que ça ne se contrôle pas, tout de même !
— Ben non, j’ai fait. Tu ne vas pas tomber amoureux de ta sœur ou ta mère, non ? Inconsciemment, ce genre de scénario ne peut pas arriver, les interdits sont trop verrouillés ! Mais un prof de français qui tombe amoureux d’une jolie petite minette, intelligente et pleine de charme, moi, je le comprends … En plus, elle sait en user, de ses charmes, Bénédicte, vous ne direz pas le contraire ! Elle fait peut-être du théâtre en dehors de l’école, mais elle doit parfois oublier de quitter son rôle de Lolita quand elle quitte les planches, non ?
— Si elle se tape ce prof de français, c’est une salope ! fit Jules.
— Tu es jaloux, lui fis-je remarquer.
— Non, je ne suis pas jaloux : qu’est-ce qu’il a de plus que moi, ce prof de français ? Il est gros, il est boursouflé de partout, il roule en deux-chevaux, il est toujours habillé pareil … Franchement, merde ! Qu’est-ce qu’il a de plus que moi ?!
— L’âge ! L’aura des grands protecteurs ! Ça la rassure peut-être, de coucher avec un Pygmalion !
— Mais il pourrait être son père ! C’est horrible !
Ah, ben oui … Ça ne se discute pas : il pourrait être son père. Mais le problème, c’est qu’il ne l’est pas.
— Et en plus, il est marié, ce qui n’arrange rien à ses affaires ! nota Bernard.
Une question existentielle me brûla les lèvres :
— Parce que vous croyez vraiment que l’on peut rester fidèle tout le temps, toute une vie, en restant avec la même femme jusqu’à la fin de ses jours ?





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