Vendredi 18 août 2006
[Comment auraient-elles pu faire pour laisser perdurer la petite flamme douce et passionnée de l’amour qui sait si bien réchauffer les cœurs ?]
Mission impossible, pour elles !
Car l’amour tient au charme de la surprise, au jeu des petits imprévus, au quotidien qui laisse un peu de place à la magie et à l’envoûtement, et elles, c’est par le négrier moderne, qu’elles se sont laissées envoûter !
Et le négrier moderne, dont cet honorable et prestigieux monsieur Antoine fait peut-être partie, comment pourrait-il rester fidèle à un amour fait de résignation et de mauvaises habitudes ? Comment pourrait-il ne pas avoir, ne serait-ce que l’envie, de tromper sa femme devenue sa mère ? De s’évader quelques instants de cette nouvelle mère qui l’empêche de voir d’autres femmes ?
Comment ne pas préférer dix minutes passées en compagnie d’une Bénédicte, plutôt que dix minutes de conversations qui pourraient se résumer à un :
— Passe-moi le sel !
— Non, ce n’est pas bon pour tes artères !
— Mais c’est dégueulasse, quand c’est pas salé !
— Ah, il faut savoir : tu te plains quand c’est trop salé, tu te plains quand c’est pas assez salé, ça ne va jamais, en quelque sorte !
Vous vous voyez vraiment vivre comme ça, vous ?
Vous vous voyez vraiment rester fidèle à un tel renoncement au bonheur ?
Pour moi, c’est évident. La fin du commerce triangulaire est à la source même du triangulisme inévitable.
C’est quoi, le triangulisme ?
Comment ça, un néologisme ? Un néologisme, le triangulisme ? Vous rigolez ?
Le triangulisme, c’est un truc de mecs. Un fonctionnement inévitable qui doit être inscrit au plus profond de son patrimoine génétique : le triangulisme, c’est le fait de devoir quitter sa mère pour une femme de pacotille, que l’on trompera avec une femme qui nous fait rêver, pour vouloir finalement la transformer en nouvelle mère (pour remplacer celle que l’on aurait évidemment jamais dû quitter).
Alors, moi, la fidélité, dans un monde fait de femmes soumises et de lave-vaisselle sur deux pattes, je n’y crois pas un instant.
L’homme est fait pour quitter sa mère.
S’il ne peut pas s’empêcher de transformer sa femme en nouvelle mère, comment voulez-vous qu’il ne la trompe pas ?
La fidélité, en amour, ne tient donc finalement qu’à l’égalité des sexes.
C’est à ce moment-là que Jules, Bernard et Sébastien se mirent tous d’une seule voix à crier au paradoxe !
— Ton raisonnement ne tient pas debout, Bregman !
— Ben ouais, quoi ! Si la femme peut tout faire comme l’homme, ça veut dire qu’elle peut te tromper ! Tu ne fais que déplacer le problème de l’infidélité de l’homme vers une infidélité inéluctable de la femme !
Ah. Oui. Je n’avais pas pensé à cet aspect peu négligeable de la question.
— Mais alors … ça voudrait dire, si je prends un raccourci … que les hommes mamanifient leurs femmes pour la seule et unique raison qu’ils ont peur d’être cocus ?
Un silence terrible s’abat sur nous. Au loin, les grosses cloches des vaches s’agitent comme des marqueurs de fin de partie.
— Ça voudrait dire qu’on est des lâches … articule péniblement Bernard.
Par JEPEH & BREGMAN
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Publié dans : 11. L'amour ne se contrôle pas
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