Lundi 21 août 2006
1
21
08
2006
00:12
Le mercredi est le jour des enfants. Pour moi, avec mes questions d’adulte qui m’ont donné un mal de crâne pendant toute la nuit, aujourd’hui, c’est jour de rasage, car c’est le mercredi et le dimanche que j’ai pris l’habitude très méthodique de me raser.
Je suis le premier levé après mon père, qui a déserté le lit conjugal depuis longtemps pour se rendre à son travail plein de surprises qui consiste à aligner des chiffres pendant toute la journée.
Le miroir est propre. Nickel. Ma mère est vraiment une fée de ménage. Astiquer, faire briller, lustrer, panosser … Tout ça n’a décidément aucun secret pour elle. Aucune surface, aucune tâche, ne saurait lui résister. A l’huile de coude ou à l’aide du monsieur Propre, saint sauveur des femmes au foyer, elle vient à bout de tout.
Pardon ?
Vous n’avez pas compris le mot « panosser » ?
Bande de tâtus ! Vous n’êtes donc pas de la Haute-Savoie ?
Chez nous, on a notre petit patois, notre langage à nous, que nous utilisons couramment sans même savoir qu’on ne parle pas français. Alors, la panosse, pour vous remettre dans le chouia, bande de tâtus, c’est une serpillière, si vous préférez.
Quoi ? Vous ne comprenez pas non plus le mot chouia (1) et le mot tâtu (2) ?
Vous avez vraiment de la chance que je ne sois pas un tâta-cul de polaille (3) qui a pris un coup de féleu à trop rester en plein dian (4), parce que je vous aurais mis une abadée (5) ou une torgnaule (6) qui vous aurait appris vite fait qu’on ne rigole pas avec les pinioufs (7) qui savent pas faire la rioule (8) à la mode, vin’ diou (9) !
Ben ouais, vous, les parigots (10), vous êtes mé (11) à nous prendre pour des péquenots (12), mais vous n’êtes que des gâtions qui avez été élevés aux chanterelles (13) et avec la cuillère en or dans la bouche ! Vous supputez (14) des trucs sur nous que même pas vous savez si c’est vrai ou de l’imagination. Alors c’est facile, vous nous prenez pour des bobets du village, des pattiers ou des tabannés, qui n’arrêtent pas de faire les gouappes à se ringaler chez la Simone, à picoler des petites lichettes de gnôle tellement forte que ça t’ébouelle l’estomac, et à faire des concours de marcher dré ou des lancers de bottes de foin … (15)
Mais tout ça, ce sont des clichés.
C’est même pas vrai.
La Haute-Savoie, euh ... la Yaute, d’abord, c’est la capitale du décolletage. (16)
Et sans la Yaute, vous n’auriez peut-être même pas de rasoir moderne entre les mains !
(1) chouia = chemin
(2) tâtu = demeuré
(3) insulte généralement employée, de la part des autochtones, pour s’énerver après les touristes qui ne vivent pas comme nous
(4) prendre un coup de féleu à trop rester en plein dian = prendre un coup de soleil à rester en pleine chaleur estivale
(5) abadée = bonne fessée
(6) torgnaule = correction bien plus violente qu’une abadée
(7) piniouf = un homme sans avenir
(8) rioule = fête
(9) juron traditionnel
(10) parigots … têtes de veaux … parisiens, têtes de chiens ;)
(11) mé = encore
(12) péquenot = paysan
(13) gâtions qui avez été élevés aux chanterelles = enfants gâtés qui avez été élevés aux girolles
(14) supputer = supposer
(15) vous nous prenez pour des simples d’esprit, des chiffonniers ou des individus devenus fous ou simplets à cause de corrections répétitives, qui n’arrêtent pas de faire les piliers de bar à se traîner chez la Simone (nom du bar), à boire des petites quantités de gnôle tellement forte que ça te brûle l’estomac, et à faire des concours de marcher droit ou des lancers de bottes de foin





Fafiots