Jeudi 28 septembre 2006
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Pas de temps à perdre.
Clin d’œil complice à Marina et hop ! Le temps n’est pas à la courbette et aux formules de politesse : muni de ressorts invisibles aux yeux de tous ces spécialistes de la lenteur de la fermeture de cartable, je bondis au-dessus de ma table et me rue le premier sur la porte de la classe, que je manque de faire exploser contre la pauvre Mariette, dont le cou est moulé dans une minerve depuis quinze jours.
Vite !
Tandis que Marina part à droite pour monter chez elle s’occuper de son petit frère jusqu’à l’arrivée de l’étudiante qui est chargée de lui donner des cours de maths, moi, je pars à gauche et m’engouffre dans la descente des escaliers comme un parachutiste hors de son avion.
Et en moins de temps qu’il n’en faut pour le raconter, me voilà réfugié au premier étage de l’Internat des garçons.
Les sanitaires. Le lieu de pèlerinage de tout bon rouleur de patins qui se respecte !
Personne.
Suis-je donc le seul à vouloir me brosser les dents à la petite brosse touffe, à me faire l’investigateur acharné des petits morceaux de salade réfugié dans les petits recoins de l’appareil dentaire ?
Tu sais ce que je pense ? Mieux vaut être perfectionniste que d’avoir à subir un détail sordide qui te poursuivra jusqu’à la fin de tes jours !
Je quitte donc le tee-shirt et me dépoile. Pour me laver sous les aisselles, j’ai tout prévu : un gant de toilette, ainsi que le shampoing douche qui sert pour quand on va à la piscine, que j’ai réussi à chiper in extremis alors que ma mère venait de surgir dans la salle de bain comme un vendeur de fringues qui ne veut jamais rien vous laisser emprunter pour vérifier que ce qu’il essaie de te refourguer n’est pas de la camelote. Mon cartable, c’est une vraie valise : entre le livre de latin et le livre de français, j’ai même réussi à caler le déodorant salvateur des ados qui ne maîtrisent plus rien des effluves de leur corps en pleine métamorphose !
Pour le rasage, j’ai de la chance. Comme mes poils ne poussent pas encore aussi vite que ceux d’un Demis Roussos qui ne sait plus vraiment s’il est un mendiant ou un messie quand il chante sa chanson à sa belle, un peu de crème Nivea fera largement l’affaire pour m’offrir le visage juvénile le plus doux de toute ma génération !
Je suis pire qu’une nana ! Aucun détail ne sera laissé au hasard !
Si mon père voyait ça, il m’enverrait directement chez un psy, mais moi, je m’en fous, de ce qu’il peut bien en penser, de tout ça. Moi, je ne veux pas décevoir Marina ! S’il ne peut pas comprendre ça, il n’a rien compris aux choses essentielles de la vie, mon père.
Soudain, j’ai une montée de perfectionnisme aigu qui me monte au nez : et si je me donnais un petit brin de toilette sous le caleçon ? Non parce que … si jamais le premier rendez-vous dérape et va trop loin … Voyons … Oserais-je ? Quelqu’un pourrait me surprendre, non ?
Je me réfère au conseil impartial de la montre, qui me dit que je dispose d’une marge de manœuvre de trois à quatre minutes.
Allez … Je PEUX le faire !
Je jette un œil à droite à gauche, histoire de bien vérifier que je suis bien seul dans la pièce. Les fenêtres sont en verre dépoli, les deux toilettes sont vides, et pas un bruit ne retentit dans toute la montée d’escalier. Si je laisse la porte bien ouverte, je pourrai entendre venir le danger de loin, et si j’ai vraiment des couilles, c’est le moment de les laver !
En moins de deux millièmes de secondes, je dégrafe la ceinture et déboutonne le pantalon, qui tombe aussitôt jusqu’en bas des jambes. Le caleçon à mi-cuisses, je ne sais pas trop de quoi je pourrais avoir l’air pour quelqu’un qui viendrait à surgir dans cette grande pièce, mais je ne lésinerai pas sur le savon. Il faut que ça mousse !
Ça mousse un peu trop, d’ailleurs … Qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi ça se met à mousser encore plus à chaque fois que je veux rincer ?
Les poils, c’est vraiment embêtant. Pour bien rincer, il faudrait tremper, mais là, ce n’est franchement ni l’endroit ni le moment : rincer abondamment quelque chose qui se trouve juste au-dessus des fringues que l’on ne veut pas mouiller, ce n’est pas le top …
Tout à coup, une porte s’ouvre sur le palier, et des pas retentissent.
Aïe ! Quelqu’un qui n’arrive pas par les escaliers ? Je croyais que les dortoirs étaient vides !





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