Dimanche 22 octobre 2006
[Mais voilà que Marina m’adresse enfin des signaux, du bout de la salle …]
Mieux que les petits « tic tic tique » du petit morse. Mieux que la lampe torche des Cat’s Eyes qui s’allume et s’éteint dans la nuit. Mieux que le scintillement de l’étoile filante qui t’adresse enfin son clin d’œil.
Mieux que les nuages du calumet de la paix des petits indiens, et mieux que la lumière du phare d’Alexandrie : Marina se lance dans le mime Marceau !
Pouce levé.
Super ? Elle trouve le cours « super » ?
De l’index, elle me trace des petits ronds au-dessus de son poignet. Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ? Elle me demande si j’ai l’heure ? Super, ma montre ?
Allons ! Bregman ! Un peu de concentration !
« Toi et moi, on se voit à une heure ? »
Ah ! Chic. Enfin un sursaut de tendresse !
Plus que quelques demi-heures de patience et ce sera la sonnerie libératrice de midi ! Un passage éclair à la maison suffira alors très largement au repas express qui me permettra de reprendre quelques forces, malgré l’appétit familial légèrement gâché par cette histoire d’avertissement qui semble vraiment rester en travers du gosier de mes parents.
J’avalerai mes spaghetti sauce bolognaise jusqu’au dernier, me resservirai sans gêne ni honte, et viderai la casserole à la place de mon père, à qui ma mère reproche d’ailleurs de prendre un peu d’embonpoint.
Vivre d’amour et d’eau fraîche, moi ? Vous plaisantez ? C’est tout le contraire ! Ça creuse, de se sentir amoureux ! Ça demande de l’énergie, des sucres lents !
Des glucides, que ça s’appelle, selon le prof de sciences nat’.
Et du coup, ça m’arrange plutôt pas mal, d’avaler des glucides, parce que, à midi, à la cantine, ils ont tous mangé des frites, et les frites, ça fait bayer aux corneilles, et même qu’ils se sont bien faits pigeonner, les copains, quand j’ai attiré Marina à l’abri de leurs oreilles indiscrètes, parce qu’il n’y ont vu que du feu.
— Tu regrettes notre rendez-vous ? je lui ai demandé.
— Non, ce n’est pas ça. J’aimerais que ça ne se sache pas tout de suite, qu’on sort ensemble. Tu comprends ? Ma mère, elle travaille ici, et si elle apprend que j’ai un petit copain, elle ne va jamais vouloir me payer mon voyage en Espagne ! Elle dit qu’il faut être sérieuse, l’année du brevet, que ce n’est pas une année à fréquenter les garçons …
Oui, mais alors … On se voit quand ? Où ? Comment ?
C’est bien beau, la discrétion, mais j’aime, moi, il faut que ça se sache ! J’ai l’amour grand, moi, l’amour débordant : c’est la première fois !
— On ne pourrait pas se voir après dix-huit heures ? je propose.
— Ben … C’est possible, mais seulement pour un quart d’heures, parce que j’ai natation à dix-huit heures trente !
— Un quart d’heures, c’est toujours ça de pris, non ?
Marché conclu. Mes parents ne pourront même pas se douter de quoi que ce soit ! Je prétexterai un problème de cahier de textes un peu long à récupérer !
L’après-midi passe …
A dix-sept heures, les travaux pratiques de Physique, qui ont toujours lieu avec deux profs différents, nous séparent, et Marina m’adresse un clin d’œil.
Dix-huit heures. L’heure du rendez-vous. J’arrive le premier.
Ça va être formidable.
Par JEPEH & BREGMAN
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Publié dans : 18. Les longs vendredis d'attente
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