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On fait l'appel !

18. Les longs vendredis d'attente

Mardi 17 octobre 2006 2 17 10 2006 00:18

 

Après bien des épreuves et des débats à sens unique, que j’épargnerai généreusement au lecteur fidèle, cramponné et acharné, tellement impatient de connaître la suite de mes amours avec Marina, croyez-moi sur parole : la nuit fut longue et agitée !

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Entre les araignées qui m’assaillaient dès que je voulais m’approcher du fantôme de Marina d’un peu trop près, l’ombre de Dieu le Père qui planait au-dessus de moi comme une épée de Damoclès chargée de me remettre dans le droit chemin au moindre geste un peu trop suspect, les commentaires peu élogieux de ma mère quant au physique de l’objet de tous mes fantasmes, le grondement sourd de mon estomac qui criait famine et les assiettes pleines de pâtes qui me passaient méchamment sous le nez à cause de l’arrière grand-père obèse sur le point de faire une hypoglycémie, entre mes fuites désespérées devant un Frustrator infatigable lancé à mes trousses comme un tueur programmé pour ne rien laisser de l’individu qu’on lui a donné pour cible, et mes débats aux gestes vains et dérisoires dans le corps d’un Charlie Bregman enduit de colle des pieds à la tête dans un carnet de correspondances gigantesque érigé en monument dans une salle d’études à l’attention des bons élèves qui s’aviseraient de vouloir goûter à la décadence amoureuse des cancres sur le point de gâcher tout leur avenir — respirez ! c’est un cauchemar ! ça s’écrit sans virgule, un cauchemar ! — j’eus vite fait de dépenser le peu d’apport calorifique que mes dix cuillères à soupe au pistou avaient su m’apporter quelques heures auparavant !
Réveillé à deux heures du matin, en sursaut, par les cris de ma Marina enlevée par un professeur des grandes écoles, bien résolu à la séquestrer corps et âme jusqu’à l’obtention de ses derniers diplômes « honoris causa », je me dirigeai, aussi blême que le lavabo étincelant que ma boniche familiale de mère avait encore dû briquer le soir même, et m’aspergeai le visage d’une eau glaciale qui eut l’effet d’un véritable électrochoc.
Affamé, je descendis les escaliers sur la pointe des pieds, jusqu’au frigo grinçant d’une cuisine encore soumise au couvre-feu, et m’avalai deux yaourts, une banane et le reste du pain à moitié sec que mon frère et ma sœur n’avaient sans doute pas eu le temps de terminer.
 
Vendredi.
Le vendredi, c’est permis. Telle est ma devise.
 
Oui, je sais. Lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, tout ça, ça finit tout pareil, alors si le vendredi, c’est permis, vous allez me dire « comme le lundi, alors ? »
Ben ouais.
Sauf que là, aujourd’hui, c’est un vendredi tout particulier, parce que c’est le dernier vendredi avant les vacances, et que pendant les vacances, je ne pourrai pas voir Marina, et les vacances, elles durent deux semaines, et qu’en deux semaines, il peut se passer plein de trucs, d’autant plus que l’ennemi numéro un des dragueurs qui ne veulent pas se faire piquer leur nana, il sera en Espagne avec Marina, et …
Je n’ai pas le droit à l’erreur.
Pas le moindre droit à l’erreur.
 
Je rouvre le frigo qui grince pour avaler quatre cornichons, ainsi que trois carreaux de chocolat, et là, arghhhhhh, la lumière s’allume !
J’ai failli faire une crise cardiaque.
Benjamin se frotte les yeux, et fait :
— Toi aussi, tu as faim ?
J’avale mon carreau de chocolat qui a bien failli me faire mourir d’une fausse route, et je lui réponds :
— Tu es con, ou quoi ? Si je n’allume pas, ce n’est pas pour rien ! Tu veux réveiller le Pater, toi ? Je ne l’ai pas assez énervé, avec mon avertissement ?
Benjamin râle et ouvre la porte du frigo qui pousse un cri strident sur ses gonds sur lesquels il serait grand temps de verser un peu de beurre fondu :
— Moi, je me sauve ! je fais. S’il te chope, débrouille-toi avec lui !
 
Et là, sur le pas de la porte, une araignée monstrueuse à qui je viens de donner la frousse de sa vie, même que si c’était une chatte, elle aurait les poils tout dressés sur le dos et les griffes toutes sorties avec les crocs, la bave et les yeux qui lancent des éclairs, détalle à toute vitesse sous un des fauteuils du salon.
Comment on dit, à deux heures du matin ? Araignée du soir, espoir ? Araignée du matin, chagrin ?
Araignée de la nuit, Marina pour la vie ?
 
 
Par JEPEH & BREGMAN
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