Alors, je pense à tout ça, moi, et je me dis que dans la confiture de ce matin, il devait y avoir un peu de monoxyde de trouille, et que comme Marina, ce n’est pas un rêve, je n’ai vraiment pas de chance de devoir assumer le fait d’avoir prononcer une réponse aussi misérable.
— C’est tellement bête, de pouvoir être un Bregman invincible quand on dort, et de ne devoir être qu’un petit Bregman sans colère dans la vraie vie … je marmonne.
— Pardon ? demande Marina.
— Non … Rien ! J’étais seulement en train de me dire qu’après tout, je n’étais pas obligé de te pardonner, et que ce serait même préférable que je ne te pardonne pas, parce que si je te pardonne, tu n’auras aucun scrupule à recommencer !
— Tu crois que je n’en ai pas souffert, moi, de ne pas pouvoir ressortir de chez moi ? Tu crois que ça m’amuse ? Je voulais presque t’appeler, après la piscine … Mais je ne savais pas quel Bregman choisir, dans l’annuaire !
— C’est vrai ? Tu as voulu m’appeler ?
— Je n’ai pas osé.
— Mais … qu’aurais-tu dit, si tu étais tombée sur mon père ? je m’exclame, affolé.
— Que j’aurais aimé parler à Charlie ! Pourquoi ?
Cette réponse me provoqua une remontée de monoxyde de trouille qui faillit me faire tourner de l’œil :
— Toi aussi, tes parents ne veulent pas que tu … ? devina Marina.
J’acquiesçai.
— On est bien barré, dis-moi ! plaisanta-t-elle.
— D’autant plus qu'aujourd'hui, c’est samedi, et que cela veut dire qu’on ne va pas se voir beaucoup avant longtemps …
Marina jeta un regard aux alentours et m’attira dans le hall du collège, là où sont rangés les cahiers de textes de toutes les classes, en fin de journée.
— J’ai envie de t’embrasser … fit-elle.
Elle s’empara de mes lèvres comme d’une bonne gourmandise puis, les yeux pétillants d’ivresse, me chuchota :
— Loin des yeux … près du cœur !
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