Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Conciergerie

 

ajouter-au-panier.png

 

 

Couloirs

Heures de colle

avatar

Tableau D'affichage

15 mai 2006 1 15 /05 /mai /2006 00:02
 
 
 
 

[Extrait de l'épisode - la version intégrale était disponible jusqu'en début 2011]

 

C’est pourquoi, à mon avis, rien ne peut constituer meilleur havre de méditation qu’un immense échec commercial (si ce n’est un refus directement opéré de la part de la maison d’édition, sous forme de lettre d’insulte ou de dépôt de plainte en gendarmerie, par exemple), avec un ouvrage tiré en bon nombre d’exemplaires qui finiront, de la main de l’éditeur lui-même, dans les bennes de récupération des vieux papiers à recycler. Une petite publication à compte d’auteur serait même la cerise sur le gâteau. Endetté, je n’aurais plus qu’à racheter moi-même les tirages déjà effectués, m’attirant ainsi la soudaine sympathie d’un éditeur jusque là toujours distant vis-à-vis de mon talent, puis finalement très honoré d’avoir fait ma connaissance, et même complètement impatient, comme par hasard, de pouvoir refaire affaire avec le chic type que je serai tout-à-coup devenu à ses yeux.
 
(pour accéder à la version intégrale, corrigée et définitive du texte, lisez Vivement l'amour !)

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Repost 0
Published by JEPEH & BREGMAN - dans 02. Le travail des écrivains
commenter cet article
12 mai 2006 5 12 /05 /mai /2006 00:08

[Extrait de l'épisode - la version intégrale était disponible jusqu'en début 2011]


 

 En plus, la patience possède l’avantage non négligeable de plonger les gens dans une intransigeante humilité.

 Rien n’est plus souhaitable, pour un jeune homme pressé comme moi, que d’avoir à passer incognito pendant quelques années : une reconnaissance prématurée m’empêcherait de me développer la personnalité de manière correcte. Bourré d’orgueil, je deviendrais d’abord distant avec mes proches, agressif avec des connaissances que je qualifierais tout-à-coup de jalouses et intéressées, puis en viendrais inévitablement à limiter le cercle de mes fréquentations à une espèce de gratin choisi, constitué de tous ceux qu’il serait honorable de fréquenter, et m’interdirais, de façon grossière et implicite, le moindre sentiment de sympathie envers les gens de basse cour, dont les métiers, bien que nobles et indispensables à la bonne marche de toute notre société, m’apparaîtraient soudainement comme étant la représentation la plus élaborée du summum de la vulgarité et du mauvais goût.

 Comment, ça, « il est où, déjà, le verbe de sa phrase ? »

 

 

(pour accéder à la version intégrale, corrigée et définitive du texte, lisez Vivement l'amour !)

 

 

 

 

Repost 0
Published by JEPEH & BREGMAN - dans 02. Le travail des écrivains
commenter cet article
11 mai 2006 4 11 /05 /mai /2006 00:02

[Extrait de l'épisode - la version intégrale était disponible jusqu'en début 2011]

 


 

 

 

 Pour le vocabulaire, par contre, il faut reconnaître que je ne suis pas très au point. J’ai beau essayer d’enrichir ma collection de mots à chaque lecture un peu hétéroclite que je peux faire, ça ne fonctionne pas : mon vocabulaire est pauvre. Une langue de cinq cents mots, à tout casser. Disons six cents, histoire de faire preuve d’un minimum de condescendance. Six cents, mais sans doute pas un de plus.

 Lorsque l’on sait que le petit dictionnaire illustré, qui me sert de béquille verbale, contient soixante et onze mille articles à lui tout seul, forcément, là, si ces écrits se publient un jour, je ne pourrai que passer pour un gigolo du monde de l’édition, quelqu’un qui n’a pas d’autres moyens que de se laisser entretenir par de plus grosses pointures qui, elles, n’auront plus rien à prouver, et cela depuis longtemps. Mon ouvrage aura quelque chose de hideux, parmi tous les autres. Quelque chose de vulgaire, de puant, qui plongera tous les libraires les plus courageux dans un état de catalepsie si profonde qu’il fera virevolter d’épouvante ce qui aurait probablement pu constituer la meilleure clientèle de la journée.

 Je ferai donc des efforts de vocabulaire. Pour abréger les souffrances de tous ces gens-là.

 

(pour accéder à la version intégrale, corrigée et définitive du texte, lisez Vivement l'amour !)

 

 

 

 

Repost 0
Published by JEPEH & BREGMAN - dans 02. Le travail des écrivains
commenter cet article
10 mai 2006 3 10 /05 /mai /2006 23:13


Pour les nouveaux visiteurs, d'abord : BIENVENUE !

Pour commencer, les impatiences amoureuses, avant d'être un blog, c'est un premier roman ... donc, à priori (mais ce n'est peut-être qu'un à-priori), il est sans doute préférable de lire les articles selon l'ordre dans lequel ils ont été postés.

Seulement, voilà : vous êtes arrivés là un peu par hasard, et vous avez beau crier à l'aide, vous avez vraiment l'impression qu'il n'y a pas grand monde qui se bouscule au portillon.

C'est mal connaître Charlie Bregman !

Dessinateur dans une agence d'architecture, je compte bien remettre d'équerre ce maudit fouttoir !

Dans quelques lignes, vous aurez sous les yeux un des plans les plus clairs que vous n'auriez jamais osé exiger :


D'abord, qui tient ce blog ? Pour faire la connaissance de Jepeh et Bregman, cliquez ici.


La couverture du roman, ainsi que l'introduction, sont disponibles ici.

 

lien vers le premier épisode du chapitre un.

Sans cheveux ni portable + Maternelles sempiternelles + Le réveil des chimpanzés + Petites douceurs + Sports et dentelles + Basic Instincts + Des plantes et des lunes

lien vers le premier épisode du chapitre deux.

Devant la page blanche + La chance des débutants + L'ascension de mon blanc dico + Consommables et invendables + La relativité des choses

lien vers le premier épisode du chapitre trois.

Père et re-pères + Devenir un homme, mode d'emploi + Bulletin de classe et bulletin météo + Rébellion, coeur de lion + Nouvelle constitution

lien vers le premier épisode du chapitre quatre.

Marina + Rosae dominus + Question de rapidité, lenteur à oublier + L'allumeur de réverbères

lien vers le premier épisode du chapitre cinq.

Le grand plongeon + Jugement dernier + Les tripes des légumes + Lâchez la perche ! + Cours de français + L'océan de la vie

lien vers le premier épisode du chapitre six.

La tortue mise à nu + Le chevallier de la Toison d'or + Moiteur torride + Polygamie + La tirade du nez

lien vers le premier épisode du chapitre sept.

A portée de main + Sangsue anglaise + Sabotage et trahison + Escapade amoureuse + Les bègues à la baguette + Charisme + Couper le cordon + La rage des ados + Pornographie littéraire

lien vers le premier épisode du chapitre huit.

Discrimination amère en eau douce + Aïe, aïe, ail ! + Harcèlement et bénévolement + Brebis galeuses + Séance de psychanalyse + Conseiller d'éducation + Journal intime + Le boulet + A la folie pas du tout + Armand + Concurrence déloyale

lien vers le premier épisode du chapitre neuf.

Je suis un escargot + Plan sur la comète + Bécoter est interdit + Ouvrir la bouche + Attentat

lien vers le premier épisode du chapitre dix.

Des avenirs et des révolutions + Confiture power + Problèmes complexes pour un complexe d'infériorité + Redondance + Seul contre tous + Charlie fait son cinéma + Scène de ménage

lien vers le premier épisode du chapitre onze.

Lolita et Pygmalion + Commerce triangulaire + ... et triangulisme inévitable

lien vers le premier épisode du chapitre douze.

Patois pas pour toi + Le gel du blaireau + Histoires de touffes + La Redoute sexuelle + Les tables du Jeu + La guerre des boutons + Stallone n'a qu'à bien se tenir + No limite + Faire le Coq et Maman poule

lien vers le premier épisode du chapitre treize.

Le vent en poulpe + Négatif positif + Le mystère de la chambre rouge + Photos matons ! + Le manège enchanté + Les amants déchaînés

lien vers le premier épisode du chapitre quatorze.

Benêt bonnet + Mickey en couleur + La dinde de Thalès + Thé arôme de ta laisse + Ca se couvre à l'horizon + La petite maison dans la prairie + Les petits écoliers + Si Militude m'était contée + Comme au cinéma + Santé ! (bonus pour le centième dessin du blog) + Esquisses et préludes + Le torchon de la tentation

lien vers le premier épisode du chapitre quinze.

Moralisator, je t'adore + Flagrant délit des lus

lien vers le premier épisode du chapitre seize.

Le pélerinage obligatoire + Les chaussettes de Verlaine sont-elles sèches, archi-sèches ? + Petite chiasse et jérémiades + Le refuge des corps qui se serrent + Jeux interdits + Desperate school loves + Des preuves et des épreuves + Arachniana Jones et le Pion maudit + L'arrestation

lien vers le premier épisode du chapitre dix-sept.

L'état de siège + Infusion confusion + Pertes et sacrifices + Argent content ?

lien vers le premier épisode du chapitre dix-huit.

Voyage au bout de la nuit + Des pieds et des mains + Le coeur gros + Les minutes abracadabrantesques + Le rattrapage

lien vers le premier épisode du chapitre dix-neuf.

Un petit tour de désillusion et puis s'en va + Chaud froid ! + Retour vers le futur + Bregman et le monoxyde de trouille

lien vers le premier épisode du chapitre vingt.

Vacances ! + A tort et à travers + Les vaches espagnoles + Confidences amoureuses + Prem's +

lien vers le premier épisode du chapitre vingt et un.

La piscine + L'orgueil des timides + Je ne suis pas là + L'intrusion de la mère + Mon précieux + Soldes amoureuses + Traversée en solitaire + Ne noyons pas le poisson ! + A bras le corps + Journée ponçage + La rotative et les faux billets + Ventriloques et cornichons

lien vers le premier épisode du chapitre vingt deux.

Mélanie + Mylène + Radio douceur + English lesson number one + Pourvu qu'ils ne gloussent + Kamasutra indécent

lien vers le premier épisode du chapitre vingt trois.

La tête de Baudelaire + Alea jacta est + Psychoter + Si l'on pouvait effacer + Ce n'est pas possible + la grande faucheuse

lien vers le premier épisode du chapitre vingt quatre.

Pouet-pouet le poète + Pas de nouvelles, pas de nouvelle ! + Les vieux + Zen attitude + Prise de température + patins patatra + Les chocolats Pabon + C'est quand qu'on s'en va ? + Tiercé gagnant + Le chocolat des uns et des autres

lien vers le premier épisode du chapitre vingt cinq.

Tintin en Espagne + Espèce de zouave + Mises en boîte + Idéal + Sot métier + la lente traversée des mercredis + Le maître des touches

lien vers le premier épisode du chapitre vingt six.

Timbre rouge + Au pied de la lettre + La cigale et le point virgule + L'angoisse du puceau + L'éducation d'Emmanuelle + Préliminaires sexuels + Le préservatif pratique

lien vers le premier épisode du chapitre vingt sept.

Sous stupeur et tremblements + Delirium tremens + Espadrilles et petits souliers cirés + Chaud froid + Dérapage incontrôlable + Du livre aux lèvres + J'ai des doutes + Chute de reins ? + Luna dies, transita dies

lien vers le premier épisode du chapitre vingt huit.

Des roues et des verrous + La confrontation + Haut et fort + Regonflé à bloc + Gros sabots + La touche + Tables sur cartes + Che vergogna ! + Apprivoiser

lien vers le premier épisode du chapitre vingt neuf.

Impatience en solitaire + Devant la porte + Mon petit doigt m'a dit + Comme un manche à balai + James Bond girl + Pof ! + De si en signes + Poisson clown

 

et comme maintenant, cette page est obsolète, je vous invite, si vous voulez connaître les aventures de Charlie au pays de l'autodérision, à plutôt acheter mon roman, en version papier ou numérique ;-)

 

Lien permanent : Vivement l'amour, le premier roman de Charlie Bregman.

 

 

 

L'annuaire d'Ambre

     Annuaire seoIX

Repost 0
Published by JEPEH & BREGMAN - dans Tableau d'affichage
commenter cet article
10 mai 2006 3 10 /05 /mai /2006 00:07

 

 

[Extrait de l'épisode - la version intégrale était disponible jusqu'en début 2011]

 

 

 

 


 

Il faut donc que je vous fasse une confidence, sur-le-champ, pour éviter que vous soyez déçus : parfois, ce que j’écris n’a plus grand-chose à voir avec l’école ; mais, entre nous, est-ce vraiment important ? Pour le moment, je suis tout seul, la balle est dans mon camp. Vous, vous êtes chez vous, bien chauffés, bien nourris, confortablement installés et puis tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Vous n’êtes pas en train de vous soucier d’un pauvre collégien qui, secrètement, dans son coin, à la lueur de la bougie ou au clair de lune, qui sait, s’entête à vouloir retranscrire l’essentiel des choses éphémères de la vie !

 

 Parce que c’est éphémère, la vie. C’est fait d’instants précis, bien raccommodés les uns aux autres, mais volatiles malgré tout. Plus l’accumulation s’effectue, plus la mémoire prend des raccourcis : elle enjolive alors les points les plus importants à relier, et en oublie tous ceux qui ne valaient pas un clou …

 


(pour accéder à la version intégrale, corrigée et définitive du texte, lisez Vivement l'amour !)

 

 

 

Repost 0
Published by JEPEH & BREGMAN - dans 02. Le travail des écrivains
commenter cet article
9 mai 2006 2 09 /05 /mai /2006 00:07

Des plantes et des lunes (chapitre 1 épisode 7)

[…que même si j’étais le plus malheureux de tous les hommes de cette terre, je ne pourrais pas m’empêcher de me sentir comme sur un petit nuage !]

 

 Pour cette raison, rien que pour cette raison, que je trouve d’ailleurs raisonnable et suffisante, Marina, c’est la fille que je préfère.

 Non pas que sa manière de lâcher son sac parmi les nôtres soit plus délicate et attentionnée que quiconque, mais parce qu’il y a malgré tout une grâce majestueuse, envoûtante, qui fait d’elle une séductrice à part dans son genre. Chaque jour, renifler son délicat parfum, de jolie femme en train d’éclore, me procure un plaisir ineffable dont je n’oserais exposer les conséquences, de peur de paraître grossier et indélicat. Son ensemble noir et blanc à rayures horizontales, sa minijupe dirons-nous pratiquement au minimum de ce qui peut se faire dans le domaine du décemment correct, ses jambes au galbe parfait, sa coquetterie inégalable, sa gentillesse, sa simplicité, son élégance, son intelligence, sa féminité, sa répartie, tout cela fait de Marina une espèce de Lolita dont il serait hélas, pour nous, pauvres adolescents puérils, puceaux et encore plein d’acné juvénile, très périlleux de tomber amoureux …

Elle veut être professeur de français, Marina. Prendre petit à petit la place de ces vieilles profs immuables et indélébiles, qui n’ont jamais rien eu d’autre à lui apprendre, à elle, dont les rédactions décrochent toujours l’honneur d’être distribuées à toute la classe en guise de correction, qu’il serait désormais de bon ton qu’elle se mette au plus vite à dessiner les ronds des i comme tout le monde.

 

 Parce que sa particularité, à Marina, en plus de celle d’être ce que l’on peut appeler une belle plante, c’est de mettre des gros ronds au-dessus des i, en guise de points. Ça ressemble presque à des zéros, comme si c’était un moyen mnémotechnique, pour elle, de ne pas céder au péché d’orgueil au moment où elle se relira. Notre prof de latin nous a révélé, un jour, qu’elle voyait ce genre de fantaisie chaque année. N’importe quoi ! Comme si Marina n’était qu’un clone ! Cette garce a même ajouté, avec un sourire moqueur, qu’elle ne savait pas franchement à quoi cela correspondait, mais que c’était typiquement féminin : les garçons, eux, préférant se laisser aller au plaisir incompréhensible et mystérieux de la gravure en pattes de mouches …

 

 Elle est bien sympathique, notre prof de latin, mais comme elle a été également notre prof de français durant les années précédentes, nous commençons à lui trouver des failles de raisonnement. Il faudrait songer à la reboulonner de temps en temps, à défaut de pouvoir lui vérifier tous les assemblages. Après tout, ils le font bien, pour la tour Eiffel … En plus, quelques sautes d’humeur demeurent régulièrement observables, sans doute liées aux irruptions plus ou moins cycliques de l’activité solaire ou de la pleine lune, ou je ne sais quelle autre machinerie diabolique, qui ferait des femmes d’un certain âge, les premières victimes du phénomène lunatique.

 Elle a ses jours, en effet : le jour des bottes noires, et le jour des bottes rouges !

Lorsqu’on la voit déboucher dans la cour avec ses bottes noires, tout va bien. Mais si, par malheur, il s’agit des bottes rouges, alors là, mes amis, figurez-vous que l’on a intérêt à faire ficelle et se tenir à carreaux.

 

Je ne sais décidément vraiment pas de quoi ça vient, cette influence étrange entre les astres et le caractère, puis entre le caractère et le choix des couleurs … On savait que le rouge excite les bovins des arènes, mais de là à imaginer que cette couleur pouvait également servir d’apparat aux gens déjà excités par les affres de la vie … Si j’étais chercheur, je n’hésiterais sans doute pas un instant à consacrer au sujet tout un programme.

 

Cela s’intitulerait : « Etude astronomique, selon le cycle lunaire, de l’humeur des femmes et de son influence sur le choix des bottes à mettre en plein hiver ».

 

C’est toujours long, les titres des thèses des gens sérieux. Plus c’est long, plus cela signifie que ce doit être pris très au sérieux.

 

 

[tourner la page vers l'épisode 1 du chapitre 2]

 

 

 

Repost 0
Published by JEPEH & BREGMAN - dans 01. Le petit monde de Charlie
commenter cet article
8 mai 2006 1 08 /05 /mai /2006 00:05

Basic instincts (chapitre 1 épisode 6)

[… ma mère écarquilla les yeux de manière si intense, que je m’imaginais déjà devoir aller les récupérer à quatre pattes sous le piano.]

 

 

 

Mais il est sympathique, Florent. Nul en sport, mais il sympathique comme un pro de l’informatique. D’ailleurs, c’est tout simple : tout ce qui lui passe par les mains est décodé, analysé et piraté. Il est du genre « je me lève à onze heures, je fais de la programmation sur mon lit jusqu’à midi, et puis, je remets ça jusqu’à sept heures le soir ! »

Plus tard, il sera informaticien, Florent. Un métier dans lequel il pourra peut-être s’adresser aux filles par écran interposé.

 

Quand nous discutons ensemble, au collège, ce n’est donc jamais à propos des filles. Certes, ce n’est pour ça que nous ne nous entendons pas, bien au contraire, mais franchement, à notre âge, vous ne trouvez pas cela navrant, de ne pas parler de filles ? En plus, il a tendance à parler en marmonnant, Florent, et on ne comprend pas toujours ce qu’il nous raconte. Ses blablablas sur le langage basic et les jeux informatiques, moi, ça me berce.

Alors, je regarde ailleurs, pour ne pas qu’il se sente embarrassé de devoir tout répéter plusieurs fois de suite. Je tourne la tête, par exemple, du côté de l’internat, et j’admire le joli jeu de jambes de Marina, qui dévale les marches de l’escalier vitré quatre à quatre, un peu comme si elle venait de faire une grosse bêtise, et que sa mère l’aurait mise à la porte pour tout le reste de la journée.

 

Elle habite en haut, Marina. Au troisième, je crois. Et oui, elle habite au collège ! Non pas qu’elle habite une contrée si éloignée qu’on l’ait recensée d’office au régime des internes, mais parce que sa mère se trouve être une des secrétaires à l’intendance. Alors elle habite ici, Marina, tout comme une interne, mais dans un logement de fonction !

Elle est donc libre comme l’air, elle, souriante comme une externe, éclatante comme un soleil d’été, et resplendissante comme une fleur épanouie !

En arrivant vers nous, elle abandonne son sac d’école parmi notre pyramide en pleine expansion au fur et à mesure que les membres de notre classe viennent dissimuler, de la manière la plus empirique qui puisse être, le numéro de notre salle de cours, puis elle se retourne vers nous avec un grand sourire, et là, plus personne n’existe autour de moi, car elle me fait une bise que même si j’étais le plus malheureux de tous les hommes de cette terre, je ne pourrais pas m’empêcher de me sentir comme sur un petit nuage !

 

 

[tourner la page vers l'épisode 7 du chapitre 1]

 

 

 

Repost 0
Published by JEPEH & BREGMAN - dans 01. Le petit monde de Charlie
commenter cet article
5 mai 2006 5 05 /05 /mai /2006 00:01

Sports et dentelles (chapitre 1 épisode 5)

[Donc, Florent est un mec, et il y a beaucoup à dire sur lui.]

Jacky, le petit moqueur de la classe, celui qui a toujours un petit sourire sadique en coin, il n’arrête pas de se moquer de  lui, d’ailleurs.

 

 Il faut reconnaître que c’est un type étrange, Florent, même si je le connais depuis déjà cinq ans, et que nous sommes voisins de classe depuis la Cinquième. Lorsque nous avions eu notre période « collection de timbres », ses timbres étaient encore plus souvent falsifiés que les miens. Je me rappelle, par exemple, avoir voulu lui extorquer quatorze timbres du Kenya, du Mozambique et du Burundi, contre un seul timbre français François Ier, grand format, dont j’avais indélicatement supprimé les dentelles à cause d’un expéditeur à la salive aussi puissante que la glue. Mais les timbres de Florent me parurent suspects dès qu’il me les posa dans la main : ce salopard les avait découpés dans une publicité qu’il avait trouvée dans un magazine, et les avait recollés sur des timbres français bas de gamme, que nous possédions déjà des dizaines et des dizaines de fois !

 

 En cours de français, cet énergumène faillit me faire mourir d’asphyxie à maintes reprises. Pris d’un fou rire soudain, il devenait rouge pivoine avec de grosses larmes blanches qui lui sortaient par les yeux. Ce signal, que j’avais appris à décoder au fur et à mesure des années, signifiait qu’il venait insidieusement de dégazer en silence. Il n’y avait alors pas une seconde à perdre. Poumons vides ou poumons remplis, le moment n’était pas au confort ! Il fallait bloquer immédiatement la respiration … et surtout ne pas céder à la rigolade dont il était devenu expert en la matière !

Mais là où Florent demeure le plus étrange, c’est au sujet de sa relation avec les filles. Par exemple, c’est le seul mec de la classe qui rougit encore quand une fille lui fait la bise.

Je pense que c’est un grand timide.

 Des fois, le mercredi, quand il m’aperçoit en passant juste devant chez moi avec son vélo, il tourne illico la tête droit devant, et se met à pédaler aussi vite que s’il était pris en chasse par un troupeau de nanas en scooters. Pourtant, on a beau attendre le passage du peloton annoncé, on est toujours déçu : pas de nana, et pas de voiture balai qui vous distribue des casquettes. Non. Rien. Florent est tout simplement un grand timide qui a tenté une feinte. En plus, imaginer Florent s’exercer à la compétition cycliste, c’est être hors sujet : il n’y a rien qu’à voir son allure d’octogénaire qui est allé chercher son pain à vélo ! Faut-il rappeler que Florent fait partie des plus nuls de la section gym ?

 Oui ?

 C’est bien simple, je vais vous donner un exemple : celui du premier cross annuel du collège, en Sixième. Alors que je suis arrivé moi-même parmi les derniers, ce grand sportif a réussi à faire encore pire, deux places derrière moi, se positionnant alors avant-dernier dans le classement, juste devant le plus mauvais coureur de l’année, une espèce de petit cochon laid court sur pattes, qu’il aurait été d’ailleurs médicalement souhaitable de dispenser de ce genre d’exercice.

 

 D’ailleurs, force est d’ouvrir une parenthèse sur ce fameux cross annuel, qui consiste en une course d’endurance à effectuer par tranche d’âge. Pour ma part, pour me justifier d’un si mauvais classement, pour un garçon en aussi bonne santé que moi, j’avais une excuse : deux jours avant la compétition, je croyais encore que notre fameux cross allait être une course à vélo cross ! En effet, la prof de gym ne nous cessait de répéter :

— Attention ! La date du cross approche ! N’oubliez pas de vous entraîner, le mercredi !  

Et moi, pauvre nigaud de mon espèce, de me précipiter, dès le soir, sur mon bon vieux vélo tout terrain, histoire de savoir passer les dunes de sable sans avoir à poser sans cesse le pied à terre !

Quand je songe au nombre de fois où je me suis ramassé âprement tous les graviers hostiles avec ma mâchoire en forme de bulldozer, je réalise qu’il est miraculeux que je ne me sois jamais arraché la moindre pièce de l’appareil dentaire.

Le sort en avait apparemment décidé autrement : la punition par le classement.

— Alors ? me demandèrent mes parents dès que j’eus franchi l’enceinte de la maison. Ça s’est bien passé ?  

La tête bien enfoncée dans le reste du corps, tout penaud, je répondis :

— Avant, avant, avant-dernier …

Je ne sais pas s’ils crurent que ce mauvais résultat m’avait rendu bègue, mais pour la première fois, ma mère écarquilla les yeux de manière si intense, que je m’imaginais déjà devoir aller les récupérer à quatre pattes sous le piano.

 

 

[tourner la page vers l'épisode 6 du chapitre 1]

 

Repost 0
Published by JEPEH & BREGMAN - dans 01. Le petit monde de Charlie
commenter cet article
4 mai 2006 4 04 /05 /mai /2006 00:01

Petites douceurs (chapitre 1 épisode 4)

 

[Par qui commencer ?]  

 

Allez ! C’est décidé : courtoisie oblige, je vais vous parler de mes petits moments privilégiés, mes instants de pauses magiques : mes minutes sacrées passées sur le rebord accueillant de mes petites fontaines à tendresse. Je vais vous parler de mes petites douceurs préférées, mes petites pâtisseries favorites. Mes petits croissants de lune à moi, mes petites viennoiseries des petits matins, mes petites forêts noires encore vierges : mes petites nanas au rhum ou mes religieuses à moi !  

 

Je pourrais vous parler de Delphine et des chocolats que je lui offrais, jadis, pour me faire pardonner d’avoir été méchant avec elle, ou bien de Nadine, la rouquine, qui ne se lassera jamais de répéter sans cesse, un peu comme une litanie extrascolaire irrémédiable, que « le plus pire reste encore à venir ». Je pourrais vous parler encore de Ninie, la petite poupée version réduite de la classe, toujours trop bien sapée à mon goût, et chez qui le manque d’humour tourne de plus en plus souvent à la paranoïa, mais non, je ne vous parlerai pas d’elle. En fait, je préfère vous parler de ces fameuses « chaussures que l’on trouve à son pied », ces belles pointures, ces références, ces modèles, ces petits accessoires de sortie que l’on est toujours fier de présenter à ses copains : ces condensés de séduisante perfection aux charmes dévastateurs, qui nous font rêver la nuit de pouvoir un jour tisser avec elles des liens aussi solides et confortables que la liaison fusionnelle de nos soirées les plus creuses, avec la tiédeur de nos pantoufles les plus fidèles.

 

 

 

 

Je veux vous parler de ces nanas aux prénoms que l’on irait chanter sous tous les toits, ces figures marquantes que l’on adore dans l’ombre et qui nous mèneront toujours par le bout du nez. Ces espèces de Gabrielle de Johnny, Elisa de Gainsbourg, Lisa de Goldman, Paulette de Montand … Ces espèces de grandes dames, de Haute-Savoie ou d’ailleurs, dont les réputations se répandent au-delà de nos frontières et de nos époques.

Pour moi, ce sont Sylvie, Patricia, Amandine, Cécile, Katia, Léa, Sandrine, Corinne, Sophie, Nathalie, Joëlle, Céline, Alexandra, Bérengère, Virginie, Isabelle, Marjorie, Caroline, Laetitia, Karine, Coralie, Emilie, Josiane, Mylène, Stéphanie, Magali, Christelle, Camille, Annie, Charlotte, Peggy, Amélie, Catherine, Muriel, Elodie, Nicole, Emma, Agatha, Natacha, Vanessa, Clémentine, Valérie, Jennifer, Evelyne, Véronique, Estelle, Xavière, Louisa, Pauline, Anne-Sophie, Séverine, Mélanie, Fanny, Zohra, Marina, Helena, Valeria, Marie-Jo, Marité, Maryline, Marylou, Marie tout court … La liste est longue et interminable, je le reconnais, mais il suffit que je pense, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, à l’une d’entre elles, pour qu’aussitôt, mon être fragile, sensible et délicat, se retrouve assailli d’au moins une demi douzaine supplémentaire de ces petits escargots de Noël à déguster toutes saisons.

Vous le savez bien, après tout ! Les femmes, c’est un peu comme les locomotives à la sortie des gares : il y en a toujours une qui peut en cacher une autre.

 

 Ce serait donc difficile de commencer par le début, d’autant plus que la femme est de nature très possessive et jalouse, et que, par conséquent, en choisir une d’office, surtout pour lui rendre un hommage tout particulier, reviendrait à faire une véritable déclaration de guerre à toutes les autres !

Nous parlerons donc finalement de Florent, un pote, histoire de mettre tout le monde d’accord et de faire piétiner, de rage et d’impatience, toutes celles qui se voyaient déjà en haut de ma petite liste des favorites. Après tout, les filles, on leur ouvre le passage, on leur retient les portes, on leur fait des courbettes, on leur fait des sourires, des sacrifices, des confidences, des plaisanteries, des invitations, des propositions, aussi, je ne vois pas pourquoi, pour une fois, on ne dérogerait pas à la règle !

 

 

Donc, Florent est un mec, et il y a beaucoup à dire sur lui.

 

 

  

[tourner la page vers l'épisode 5 du chapitre 1]

 

 

 

 

Repost 0
Published by JEPEH & BREGMAN - dans 01. Le petit monde de Charlie
commenter cet article
3 mai 2006 3 03 /05 /mai /2006 00:01

Le réveil des chimpanzés (chapitre 1 épisode 3)

[C’est interminable, les souvenirs, n’est-ce pas ?]

 

C’est pour cette raison-là, que je ne veux pas que l’on s’attarde sur ce genre de petites choses qui font si bien tâche d’huile !

Mais la classe de Troisième ? Souvenez-vous ! La Troisième du collège !

N’était-elle pas merveilleuse, cette année-là ?

Mais si, voyons ! Quinze ans : le bel âge ! Les premiers regards indécents des filles, les premiers sourires béats des garçons ! La poitrine qui commence à pointer et le french kiss qui vous démange ! L’intuition caudale qui prend les commandes, les doigts qui veulent tout explorer et tout toucher, l’acné qui se fait propriétaire exclusif du nez, les bagues de l’orthodontiste plein les dents, les pantalons trop courts ou bien les pantalons trop longs, la démarche les pieds en dedans, le cartable de dix kilos sur les épaules, les bras qui pendouillent maladroitement de part et d’autre du corps qui se balance et qui se voûte, les oreilles qui deviennent rouges à la moindre remarque, la peau toute blanche au moindre effort, le sourire tout jaune à la moindre remarque, les poils qui commencent à suinter sous les bras, les premières odeurs pestilentielles qui s’en manifestent …

 

 

Le réveil des chimpanzés !

look des ados

 

Vous n’allez quand même pas me dire que ce n’était pas la bonne époque, tout de même ?

 

Eh bien, moi, je suis en Troisième, et, de toute façon, comme je n’ai jamais pris de notes concernant les années précédentes, je n’ai guère d’autre choix que de vous parler de mon année de Troisième. Désolé, donc, pour les précoces, et même chose pour les retardataires du système. Pour moi, il n’y a pas photo : la meilleure année, c’est la Troisième, un point c’est tout. Si vous avez l’impression que le vrai bonheur vous a heurté plus tôt, c’est que vous avez sauté quelques cases en chemin. Si vous croyez, au contraire, que c’était bien plus tard, alors là, désolé, mais vous avez vraiment du temps à rattraper, car la normalité, c’est la Troisième.

 

Et puis, dans tous les cas, c’est moi qui décide, parce que c’est moi qui ai le stylo.

 

Je vais donc vous parler de mes potes, mes vrais. Car, si la littérature vous relie à votre moi le plus profond, il est indéniable qu’elle transite inévitablement par vos amis les plus véritables ! Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es, dit l’adage.

 

 

Quelles sont-elles, ces fréquentations ? Sont-elles bonnes, ou mauvaises ?

 

 

 

 

Par qui commencer ?

  

 

[tourner la page vers l'épisode 4 du chapitre 1]

 

Repost 0
Published by JEPEH & BREGMAN - dans 01. Le petit monde de Charlie
commenter cet article