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9 mai 2006 2 09 /05 /mai /2006 00:07

Des plantes et des lunes (chapitre 1 épisode 7)

[…que même si j’étais le plus malheureux de tous les hommes de cette terre, je ne pourrais pas m’empêcher de me sentir comme sur un petit nuage !]

 

 Pour cette raison, rien que pour cette raison, que je trouve d’ailleurs raisonnable et suffisante, Marina, c’est la fille que je préfère.

 Non pas que sa manière de lâcher son sac parmi les nôtres soit plus délicate et attentionnée que quiconque, mais parce qu’il y a malgré tout une grâce majestueuse, envoûtante, qui fait d’elle une séductrice à part dans son genre. Chaque jour, renifler son délicat parfum, de jolie femme en train d’éclore, me procure un plaisir ineffable dont je n’oserais exposer les conséquences, de peur de paraître grossier et indélicat. Son ensemble noir et blanc à rayures horizontales, sa minijupe dirons-nous pratiquement au minimum de ce qui peut se faire dans le domaine du décemment correct, ses jambes au galbe parfait, sa coquetterie inégalable, sa gentillesse, sa simplicité, son élégance, son intelligence, sa féminité, sa répartie, tout cela fait de Marina une espèce de Lolita dont il serait hélas, pour nous, pauvres adolescents puérils, puceaux et encore plein d’acné juvénile, très périlleux de tomber amoureux …

Elle veut être professeur de français, Marina. Prendre petit à petit la place de ces vieilles profs immuables et indélébiles, qui n’ont jamais rien eu d’autre à lui apprendre, à elle, dont les rédactions décrochent toujours l’honneur d’être distribuées à toute la classe en guise de correction, qu’il serait désormais de bon ton qu’elle se mette au plus vite à dessiner les ronds des i comme tout le monde.

 

 Parce que sa particularité, à Marina, en plus de celle d’être ce que l’on peut appeler une belle plante, c’est de mettre des gros ronds au-dessus des i, en guise de points. Ça ressemble presque à des zéros, comme si c’était un moyen mnémotechnique, pour elle, de ne pas céder au péché d’orgueil au moment où elle se relira. Notre prof de latin nous a révélé, un jour, qu’elle voyait ce genre de fantaisie chaque année. N’importe quoi ! Comme si Marina n’était qu’un clone ! Cette garce a même ajouté, avec un sourire moqueur, qu’elle ne savait pas franchement à quoi cela correspondait, mais que c’était typiquement féminin : les garçons, eux, préférant se laisser aller au plaisir incompréhensible et mystérieux de la gravure en pattes de mouches …

 

 Elle est bien sympathique, notre prof de latin, mais comme elle a été également notre prof de français durant les années précédentes, nous commençons à lui trouver des failles de raisonnement. Il faudrait songer à la reboulonner de temps en temps, à défaut de pouvoir lui vérifier tous les assemblages. Après tout, ils le font bien, pour la tour Eiffel … En plus, quelques sautes d’humeur demeurent régulièrement observables, sans doute liées aux irruptions plus ou moins cycliques de l’activité solaire ou de la pleine lune, ou je ne sais quelle autre machinerie diabolique, qui ferait des femmes d’un certain âge, les premières victimes du phénomène lunatique.

 Elle a ses jours, en effet : le jour des bottes noires, et le jour des bottes rouges !

Lorsqu’on la voit déboucher dans la cour avec ses bottes noires, tout va bien. Mais si, par malheur, il s’agit des bottes rouges, alors là, mes amis, figurez-vous que l’on a intérêt à faire ficelle et se tenir à carreaux.

 

Je ne sais décidément vraiment pas de quoi ça vient, cette influence étrange entre les astres et le caractère, puis entre le caractère et le choix des couleurs … On savait que le rouge excite les bovins des arènes, mais de là à imaginer que cette couleur pouvait également servir d’apparat aux gens déjà excités par les affres de la vie … Si j’étais chercheur, je n’hésiterais sans doute pas un instant à consacrer au sujet tout un programme.

 

Cela s’intitulerait : « Etude astronomique, selon le cycle lunaire, de l’humeur des femmes et de son influence sur le choix des bottes à mettre en plein hiver ».

 

C’est toujours long, les titres des thèses des gens sérieux. Plus c’est long, plus cela signifie que ce doit être pris très au sérieux.

 

 

[tourner la page vers l'épisode 1 du chapitre 2]

 

 

 

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8 mai 2006 1 08 /05 /mai /2006 00:05

Basic instincts (chapitre 1 épisode 6)

[… ma mère écarquilla les yeux de manière si intense, que je m’imaginais déjà devoir aller les récupérer à quatre pattes sous le piano.]

 

 

 

Mais il est sympathique, Florent. Nul en sport, mais il sympathique comme un pro de l’informatique. D’ailleurs, c’est tout simple : tout ce qui lui passe par les mains est décodé, analysé et piraté. Il est du genre « je me lève à onze heures, je fais de la programmation sur mon lit jusqu’à midi, et puis, je remets ça jusqu’à sept heures le soir ! »

Plus tard, il sera informaticien, Florent. Un métier dans lequel il pourra peut-être s’adresser aux filles par écran interposé.

 

Quand nous discutons ensemble, au collège, ce n’est donc jamais à propos des filles. Certes, ce n’est pour ça que nous ne nous entendons pas, bien au contraire, mais franchement, à notre âge, vous ne trouvez pas cela navrant, de ne pas parler de filles ? En plus, il a tendance à parler en marmonnant, Florent, et on ne comprend pas toujours ce qu’il nous raconte. Ses blablablas sur le langage basic et les jeux informatiques, moi, ça me berce.

Alors, je regarde ailleurs, pour ne pas qu’il se sente embarrassé de devoir tout répéter plusieurs fois de suite. Je tourne la tête, par exemple, du côté de l’internat, et j’admire le joli jeu de jambes de Marina, qui dévale les marches de l’escalier vitré quatre à quatre, un peu comme si elle venait de faire une grosse bêtise, et que sa mère l’aurait mise à la porte pour tout le reste de la journée.

 

Elle habite en haut, Marina. Au troisième, je crois. Et oui, elle habite au collège ! Non pas qu’elle habite une contrée si éloignée qu’on l’ait recensée d’office au régime des internes, mais parce que sa mère se trouve être une des secrétaires à l’intendance. Alors elle habite ici, Marina, tout comme une interne, mais dans un logement de fonction !

Elle est donc libre comme l’air, elle, souriante comme une externe, éclatante comme un soleil d’été, et resplendissante comme une fleur épanouie !

En arrivant vers nous, elle abandonne son sac d’école parmi notre pyramide en pleine expansion au fur et à mesure que les membres de notre classe viennent dissimuler, de la manière la plus empirique qui puisse être, le numéro de notre salle de cours, puis elle se retourne vers nous avec un grand sourire, et là, plus personne n’existe autour de moi, car elle me fait une bise que même si j’étais le plus malheureux de tous les hommes de cette terre, je ne pourrais pas m’empêcher de me sentir comme sur un petit nuage !

 

 

[tourner la page vers l'épisode 7 du chapitre 1]

 

 

 

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5 mai 2006 5 05 /05 /mai /2006 00:01

Sports et dentelles (chapitre 1 épisode 5)

[Donc, Florent est un mec, et il y a beaucoup à dire sur lui.]

Jacky, le petit moqueur de la classe, celui qui a toujours un petit sourire sadique en coin, il n’arrête pas de se moquer de  lui, d’ailleurs.

 

 Il faut reconnaître que c’est un type étrange, Florent, même si je le connais depuis déjà cinq ans, et que nous sommes voisins de classe depuis la Cinquième. Lorsque nous avions eu notre période « collection de timbres », ses timbres étaient encore plus souvent falsifiés que les miens. Je me rappelle, par exemple, avoir voulu lui extorquer quatorze timbres du Kenya, du Mozambique et du Burundi, contre un seul timbre français François Ier, grand format, dont j’avais indélicatement supprimé les dentelles à cause d’un expéditeur à la salive aussi puissante que la glue. Mais les timbres de Florent me parurent suspects dès qu’il me les posa dans la main : ce salopard les avait découpés dans une publicité qu’il avait trouvée dans un magazine, et les avait recollés sur des timbres français bas de gamme, que nous possédions déjà des dizaines et des dizaines de fois !

 

 En cours de français, cet énergumène faillit me faire mourir d’asphyxie à maintes reprises. Pris d’un fou rire soudain, il devenait rouge pivoine avec de grosses larmes blanches qui lui sortaient par les yeux. Ce signal, que j’avais appris à décoder au fur et à mesure des années, signifiait qu’il venait insidieusement de dégazer en silence. Il n’y avait alors pas une seconde à perdre. Poumons vides ou poumons remplis, le moment n’était pas au confort ! Il fallait bloquer immédiatement la respiration … et surtout ne pas céder à la rigolade dont il était devenu expert en la matière !

Mais là où Florent demeure le plus étrange, c’est au sujet de sa relation avec les filles. Par exemple, c’est le seul mec de la classe qui rougit encore quand une fille lui fait la bise.

Je pense que c’est un grand timide.

 Des fois, le mercredi, quand il m’aperçoit en passant juste devant chez moi avec son vélo, il tourne illico la tête droit devant, et se met à pédaler aussi vite que s’il était pris en chasse par un troupeau de nanas en scooters. Pourtant, on a beau attendre le passage du peloton annoncé, on est toujours déçu : pas de nana, et pas de voiture balai qui vous distribue des casquettes. Non. Rien. Florent est tout simplement un grand timide qui a tenté une feinte. En plus, imaginer Florent s’exercer à la compétition cycliste, c’est être hors sujet : il n’y a rien qu’à voir son allure d’octogénaire qui est allé chercher son pain à vélo ! Faut-il rappeler que Florent fait partie des plus nuls de la section gym ?

 Oui ?

 C’est bien simple, je vais vous donner un exemple : celui du premier cross annuel du collège, en Sixième. Alors que je suis arrivé moi-même parmi les derniers, ce grand sportif a réussi à faire encore pire, deux places derrière moi, se positionnant alors avant-dernier dans le classement, juste devant le plus mauvais coureur de l’année, une espèce de petit cochon laid court sur pattes, qu’il aurait été d’ailleurs médicalement souhaitable de dispenser de ce genre d’exercice.

 

 D’ailleurs, force est d’ouvrir une parenthèse sur ce fameux cross annuel, qui consiste en une course d’endurance à effectuer par tranche d’âge. Pour ma part, pour me justifier d’un si mauvais classement, pour un garçon en aussi bonne santé que moi, j’avais une excuse : deux jours avant la compétition, je croyais encore que notre fameux cross allait être une course à vélo cross ! En effet, la prof de gym ne nous cessait de répéter :

— Attention ! La date du cross approche ! N’oubliez pas de vous entraîner, le mercredi !  

Et moi, pauvre nigaud de mon espèce, de me précipiter, dès le soir, sur mon bon vieux vélo tout terrain, histoire de savoir passer les dunes de sable sans avoir à poser sans cesse le pied à terre !

Quand je songe au nombre de fois où je me suis ramassé âprement tous les graviers hostiles avec ma mâchoire en forme de bulldozer, je réalise qu’il est miraculeux que je ne me sois jamais arraché la moindre pièce de l’appareil dentaire.

Le sort en avait apparemment décidé autrement : la punition par le classement.

— Alors ? me demandèrent mes parents dès que j’eus franchi l’enceinte de la maison. Ça s’est bien passé ?  

La tête bien enfoncée dans le reste du corps, tout penaud, je répondis :

— Avant, avant, avant-dernier …

Je ne sais pas s’ils crurent que ce mauvais résultat m’avait rendu bègue, mais pour la première fois, ma mère écarquilla les yeux de manière si intense, que je m’imaginais déjà devoir aller les récupérer à quatre pattes sous le piano.

 

 

[tourner la page vers l'épisode 6 du chapitre 1]

 

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4 mai 2006 4 04 /05 /mai /2006 00:01

Petites douceurs (chapitre 1 épisode 4)

 

[Par qui commencer ?]  

 

Allez ! C’est décidé : courtoisie oblige, je vais vous parler de mes petits moments privilégiés, mes instants de pauses magiques : mes minutes sacrées passées sur le rebord accueillant de mes petites fontaines à tendresse. Je vais vous parler de mes petites douceurs préférées, mes petites pâtisseries favorites. Mes petits croissants de lune à moi, mes petites viennoiseries des petits matins, mes petites forêts noires encore vierges : mes petites nanas au rhum ou mes religieuses à moi !  

 

Je pourrais vous parler de Delphine et des chocolats que je lui offrais, jadis, pour me faire pardonner d’avoir été méchant avec elle, ou bien de Nadine, la rouquine, qui ne se lassera jamais de répéter sans cesse, un peu comme une litanie extrascolaire irrémédiable, que « le plus pire reste encore à venir ». Je pourrais vous parler encore de Ninie, la petite poupée version réduite de la classe, toujours trop bien sapée à mon goût, et chez qui le manque d’humour tourne de plus en plus souvent à la paranoïa, mais non, je ne vous parlerai pas d’elle. En fait, je préfère vous parler de ces fameuses « chaussures que l’on trouve à son pied », ces belles pointures, ces références, ces modèles, ces petits accessoires de sortie que l’on est toujours fier de présenter à ses copains : ces condensés de séduisante perfection aux charmes dévastateurs, qui nous font rêver la nuit de pouvoir un jour tisser avec elles des liens aussi solides et confortables que la liaison fusionnelle de nos soirées les plus creuses, avec la tiédeur de nos pantoufles les plus fidèles.

 

 

 

 

Je veux vous parler de ces nanas aux prénoms que l’on irait chanter sous tous les toits, ces figures marquantes que l’on adore dans l’ombre et qui nous mèneront toujours par le bout du nez. Ces espèces de Gabrielle de Johnny, Elisa de Gainsbourg, Lisa de Goldman, Paulette de Montand … Ces espèces de grandes dames, de Haute-Savoie ou d’ailleurs, dont les réputations se répandent au-delà de nos frontières et de nos époques.

Pour moi, ce sont Sylvie, Patricia, Amandine, Cécile, Katia, Léa, Sandrine, Corinne, Sophie, Nathalie, Joëlle, Céline, Alexandra, Bérengère, Virginie, Isabelle, Marjorie, Caroline, Laetitia, Karine, Coralie, Emilie, Josiane, Mylène, Stéphanie, Magali, Christelle, Camille, Annie, Charlotte, Peggy, Amélie, Catherine, Muriel, Elodie, Nicole, Emma, Agatha, Natacha, Vanessa, Clémentine, Valérie, Jennifer, Evelyne, Véronique, Estelle, Xavière, Louisa, Pauline, Anne-Sophie, Séverine, Mélanie, Fanny, Zohra, Marina, Helena, Valeria, Marie-Jo, Marité, Maryline, Marylou, Marie tout court … La liste est longue et interminable, je le reconnais, mais il suffit que je pense, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, à l’une d’entre elles, pour qu’aussitôt, mon être fragile, sensible et délicat, se retrouve assailli d’au moins une demi douzaine supplémentaire de ces petits escargots de Noël à déguster toutes saisons.

Vous le savez bien, après tout ! Les femmes, c’est un peu comme les locomotives à la sortie des gares : il y en a toujours une qui peut en cacher une autre.

 

 Ce serait donc difficile de commencer par le début, d’autant plus que la femme est de nature très possessive et jalouse, et que, par conséquent, en choisir une d’office, surtout pour lui rendre un hommage tout particulier, reviendrait à faire une véritable déclaration de guerre à toutes les autres !

Nous parlerons donc finalement de Florent, un pote, histoire de mettre tout le monde d’accord et de faire piétiner, de rage et d’impatience, toutes celles qui se voyaient déjà en haut de ma petite liste des favorites. Après tout, les filles, on leur ouvre le passage, on leur retient les portes, on leur fait des courbettes, on leur fait des sourires, des sacrifices, des confidences, des plaisanteries, des invitations, des propositions, aussi, je ne vois pas pourquoi, pour une fois, on ne dérogerait pas à la règle !

 

 

Donc, Florent est un mec, et il y a beaucoup à dire sur lui.

 

 

  

[tourner la page vers l'épisode 5 du chapitre 1]

 

 

 

 

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3 mai 2006 3 03 /05 /mai /2006 00:01

Le réveil des chimpanzés (chapitre 1 épisode 3)

[C’est interminable, les souvenirs, n’est-ce pas ?]

 

C’est pour cette raison-là, que je ne veux pas que l’on s’attarde sur ce genre de petites choses qui font si bien tâche d’huile !

Mais la classe de Troisième ? Souvenez-vous ! La Troisième du collège !

N’était-elle pas merveilleuse, cette année-là ?

Mais si, voyons ! Quinze ans : le bel âge ! Les premiers regards indécents des filles, les premiers sourires béats des garçons ! La poitrine qui commence à pointer et le french kiss qui vous démange ! L’intuition caudale qui prend les commandes, les doigts qui veulent tout explorer et tout toucher, l’acné qui se fait propriétaire exclusif du nez, les bagues de l’orthodontiste plein les dents, les pantalons trop courts ou bien les pantalons trop longs, la démarche les pieds en dedans, le cartable de dix kilos sur les épaules, les bras qui pendouillent maladroitement de part et d’autre du corps qui se balance et qui se voûte, les oreilles qui deviennent rouges à la moindre remarque, la peau toute blanche au moindre effort, le sourire tout jaune à la moindre remarque, les poils qui commencent à suinter sous les bras, les premières odeurs pestilentielles qui s’en manifestent …

 

 

Le réveil des chimpanzés !

look des ados

 

Vous n’allez quand même pas me dire que ce n’était pas la bonne époque, tout de même ?

 

Eh bien, moi, je suis en Troisième, et, de toute façon, comme je n’ai jamais pris de notes concernant les années précédentes, je n’ai guère d’autre choix que de vous parler de mon année de Troisième. Désolé, donc, pour les précoces, et même chose pour les retardataires du système. Pour moi, il n’y a pas photo : la meilleure année, c’est la Troisième, un point c’est tout. Si vous avez l’impression que le vrai bonheur vous a heurté plus tôt, c’est que vous avez sauté quelques cases en chemin. Si vous croyez, au contraire, que c’était bien plus tard, alors là, désolé, mais vous avez vraiment du temps à rattraper, car la normalité, c’est la Troisième.

 

Et puis, dans tous les cas, c’est moi qui décide, parce que c’est moi qui ai le stylo.

 

Je vais donc vous parler de mes potes, mes vrais. Car, si la littérature vous relie à votre moi le plus profond, il est indéniable qu’elle transite inévitablement par vos amis les plus véritables ! Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es, dit l’adage.

 

 

Quelles sont-elles, ces fréquentations ? Sont-elles bonnes, ou mauvaises ?

 

 

 

 

Par qui commencer ?

  

 

[tourner la page vers l'épisode 4 du chapitre 1]

 

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2 mai 2006 2 02 /05 /mai /2006 00:02

Maternelles sempiternelles (chapitre 1 épisode 2)

[Vous ne voyez pas ?]

 

Allons droit au but : la maternelle, vous vous en moquez, non ? Les doigts pleins de feutres, la pâte à modeler, les comptines à chantonner, les bancs en bois aussi durs que ceux de la messe du dimanche, tout ça, franchement, ça pourrait peut-être faire un bon livre plein de souvenirs et de nostalgie, mais de là à en écrire un livre divertissant et plein d’humour …

Non, non. C’est ce que je pensais. Cela ne vous intéresse pas des masses, et c’est tant mieux.

L’école primaire, la sixième, la cinquième, la quatrième, tout ça, c’est pareil ? C’est un peu rébarbatif, non ? Les leçons de grammaire, les verbes à conjuguer à tous les temps, l’arithmétique, les problèmes insolubles des baignoires qu’il faut remplir avec deux seaux, dont un qui se remplit deux fois plus lentement que l’autre, les leçons d’histoire, la première guerre mondiale, la seconde, qui était contre qui, la géographie, dessiner les cartes de France à l’aide du contour en plastique, ne pas oublier de situer les fleuves, les chaînes de montagnes, les massifs les plus élevés, leur altitude au centimètre près, le nom des mers et des océans qui nous cernent de toutes parts, tourner la page du manuel pour apprendre tous les pays d’Afrique par cœur, sortir le cahier bleu pour recopier les leçons, le cahier rouge pour les compositions, le cahier vert pour les poésies, faire le Cancre de Jacques Prévert, réciter l’Oiseau de Blaise Cendrars, prendre les craies de couleur et monter sur l’estrade, souligner le verbe en rouge, le sujet en jaune, le complément d’objet direct en bleu, le complément d’objet indirect en pointillés, les compléments circonstanciels en vert, remarquer les prépositions, les pronoms relatifs, les subordonnées relatives, les adjectifs épithètes, les adjectifs qualificatifs, les verbes pronominaux, les pronoms réfléchis, les pronoms personnels, les conjonctions de coordination, les adverbes, noter le genre et le nombre de tous les noms, donner à l’oral leur féminin, leur pluriel, transposer la phrase à l’imparfait de l’indicatif, au futur, réciter un peu de subjonctif imparfait, accorder le participe passé quand le complément d’objet direct est placé avant lui, ne pas toujours le faire parce qu’il y a des pièges, rechercher des synonymes à tous les mots, prouver que l’on connaît bien ses règles d’orthographe sur le bout des doigts, réciter les exceptions, se saisir de la brosse pour mettre enfin un peu d’ordre dans tout ce bric-à-brac inextricable, …

Cartable d'école

… hurler de joie à la libération de la cloche, enfiler les maillots rouges pour les tours d’endurance, les bleus ou les jaunes pour le handball, les jaunes ou les bleus pour le foot, bien réceptionner les ballons, ne pas faire la passe à l’adversaire, essayer de marquer un but de temps en temps, éviter d’être à la place du goal quand on porte des lunettes, faire semblant de courir quand on a les pieds plats, manger des pâtes la veille des épreuves qui vont être soumises à la notation, manger léger quand il s’agit de saut en hauteur, prévoir le bonnet de silicone pour la piscine, la grande serviette pour la pudeur, ne pas se faufiler dans le vestiaire des garçons lorsqu’on est une fille, ne pas essayer de voir ce qu’il se passe de l’autre côté des cloisons hautes lorsqu’on est un garçon, ne pas oublier de prendre son goûter, préparer son cartable le soir avant de se coucher, mettre le réveil à six heures et demie du matin, s’habiller rapidement pour ouvrir tout grand les volets de la maison, mettre la table et préparer le petit déjeuner, mettre la bouilloire sur le feu, réveiller sa mère qui ne sera décidément jamais du matin, bousculer du coude le frangin qui s’étale sur toute la largeur de la table, ne pas laisser des miettes de pain sur la plaque de beurre, ne pas mélanger les cuillères des confitures, continuer à ingurgiter docilement les tablettes de phosphore que maman a achetées pour remédier à la dernière mauvaise note du devoir d’histoire, ne pas renverser son bol de chocolat chaud sur les genoux de la petite sœur qui vient d’arriver, ne pas contrarier maman quand il est l’heure de partir, se dépêcher pour ne pas être en retard, aller chercher un mot d’excuse chez le directeur au cas où cela n’a vraiment pas été possible, frapper avant d’entrer dans la classe, dire bonjour à la maîtresse et lui demander pardon pour le petit incident qui ne se reproduira plus, ne pas faire celui qui ne savait pas que c’était le jour de la visite de l’inspecteur académique, ne pas mâchouiller de chewing-gum en classe, ne pas mâchouiller de chewing-gum en classe, ne pas mâchouiller de chewing-gum en classe (plus que quarante sept fois, courage !), apporter ses pantoufles en hiver, ne pas lancer de boules de neige sur ses petits camarades pendant la récréation …

 

C’est interminable, les souvenirs, n’est-ce pas ?

 

 

[tourner la page vers l'épisode 3 du chapitre 1]

 

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1 mai 2006 1 01 /05 /mai /2006 00:01

L'auteur de ce blog a de la production en stock, mais théoriquement, tout ce qui sort sur ce blog fait partie du meilleur ! Si, si :)

J'ai bientôt trente-deux ans, je suis en train de devenir chauve,

J’ai quinze ans. 

Nous sommes en 1989, une époque à laquelle le langage sms et les blogs n’existent pas. Quand on veut savoir où se trouve un copain, on demande à un autre copain s’il ne l’a pas vu et, ainsi, de fil en aiguille, on arrive à se regrouper comme des héros au beau milieu de la cour ou sous les préaux. Quand on veut se montrer des photos, on s’invite à la maison et on rigole comme des cons. Quand une photo nous plaît vraiment, on ne se l’envoie pas par mail : on la fait tirer en double exemplaire et on se partage la note.

1989. Une époque moderne, très moderne, avec des ordinateurs gros comme des meubles télé, et des jeux vidéo sur cassette à bande magnétique ou sur disquette 5 pouces ¼ : des disquettes que si tu en reçois une par courrier, tu crois que c’est une carte d’anniversaire !

J’ai quinze ans, donc. Un âge où tu as toutes tes dents et tous tes cheveux.

 

 

 Attention ! Chute de cheveux !

Ce soir, j’ai décidé d’écrire un livre, ou de vous raconter une histoire, si vous préférez, mais comme je n’ai pas trop d’expérience en la matière, je vais devoir m’appuyer sur ma vie réelle, pour que cela ne vous paraisse pas trop exagéré ou farfelu. Et comme ma vie réelle, c’est avant tout ma vie de petit collégien, vous vous doutez bien que je ne vais pas vous parler ni de la vie des autistes dans la Rome antique, ni du terrible naufrage du Titanic.

 

Evidemment, je vous entends d’ici : il y en a qui vont dire que la scolarité, ça n’a jamais fait un bon sujet et de bons intéressés. Mais là, je ne suis pas d’accord, et même pas d’accord du tout. Ou alors, c’est que vous ne connaissez pas le Petit Nicolas ! Moi, je pense que c’est même à l’école, que l’on a les plus belles années à vivre.

Certes, les professeurs, ce ne sont pas toujours des cadeaux, et ça, j’en suis bien conscient : donc, j’essayerai de ne pas trop vous parler des professeurs, ou alors seulement pour rigoler, et pas trop souvent quand même, parce que nous nous moquons déjà bien assez souvent d’eux en classe, et ce ne serait pas très correct, de notre part, de remettre ça le soir, bien à l’abri de leurs regards. L’architecture des écoles, c’est rarement du neuf, et il faut même reconnaître que mon collège aurait sacrément besoin d’un bon coup de rafraîchissement : on n’en parlera donc pas non plus. Et puis, le contenu des cours proprement dit, on partira du principe que vous le connaissez déjà tous par cœur, comme ça, cela simplifiera le problème.

Donc, pas de cours de maths, pas de rappel de dates d’histoire, pas d’interrogation surprise, pas d’exercices à faire … Ça s’annonce plutôt cool, non ?

En fait, il ne reste pas grand-chose, et vous avez bien raison de me le faire remarquer. Mais ce que vous ne voulez pas regarder en face, ce qui crève les yeux, pourtant, c’est que, ce qui reste, c’est justement le plus intéressant !

 

 

Vous ne voyez pas ?

 

 

 

 

[tourner la page vers l'épisode 2 du chapitre 1]

 

 

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