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Conciergerie

 

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Couloirs

Heures de colle

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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 20:36
(Avertissement : ce chapitre est une ébauche d'une suite au roman Vivement l'amour)
Il y a un an, les profs d’italien et de latin nous avaient proposé de participer à un concours qui s’adressait à tous les collèges de France. Un concours en deux parties : une sous forme de questionnaire culturel à propos de la Rome antique, et l’autre partie sous forme de sujet de rédaction, toujours à propos de la Rome antique. Comme c’était la fin d’année et que les conseils de classe étaient déjà bien loin pour tout le monde, il n’y eut pas grand monde à vouloir participer.
Pour tout dire, dans le collège, nous avons été deux : Agnès… et moi. Entre nous soit dit : il faut être fou pour participer à un concours avec Agnès quand on sait que le prix à la clé est un voyage d’une semaine à Rome pour les vingt lauréats qui auront été désignés, mais cette folie-là, je l’ai pourtant eue, et après un an d’attentes, de reports postaux divers et variés, et de péripéties rocambolesques et insignifiantes sans nul intérêt littéraire, j’avais reçu cette lettre tant attendue, qui stipulait noir sur blanc que j’avais terminé troisième du concours, et qu’ainsi, je remportais le titre de lauréat qualifié pour le voyage à Rome qui aura lieu aux vacances de Toussaint de l’année en cours.
« Whaou ! «  j’avais fait. Voire même : « Hourra ! Je suis le meilleur, je suis le plus beau, le plus intelligent, j’ai le cul bordé de nouilles, j’ai d’ la moule, personne ne peut être plus veinard que moi ! »

Sauf que, entre les lignes, il y avait dû avoir un truc d'écrit du genre : couronnement en pleine salle d’italien, prévu en cette fin d’année, devant toute la classe et les rires stupides des autres élèves moqueurs et jaloux de ne pas pouvoir être César à la place de César.

Ou plutôt Charlie à la place de Charlie.

Et maintenant, j’étais là, grandiose et debout sur ma chaise érigée en piédestal, une couronne de lauriers à l’odeur forte sur la tête et le petit peuple moqueur et jaloux aux abois là en bas, avec toujours ce dilemme intérieur terrible qui disait : « Alors ? T’es fier, ou t’as honte ? »



— Vous l’avez cueilli tout frais, Madame ? fit une voix.
— Tout frais de ce matin !
— ça sent fort, quand même…
— ça ne va pas durer : elle va sécher, et après, elle ne sentira plus !
— Ta mère, elle cuisine, Charlie ? Tu peux cuisiner quoi, avec du laurier ?
— Putain, tu sais quoi ? Pavarotti dans son costume d’opéra, c’est rien à côté du costume qu’elle t’a taillé, la prof d’italien !
— Hé ? Elle est amoureuse de toi, ou quoi ? T’as déjà couché avec elle, la prof ?
— Arrête de la remonter, Charlie, ça fait vraiment pitié, cette couronne de lauriers ! Elle ne s’en rend pas compte, qu’elle te fout la honte ?
— Bravissimo ! Hip hip hip, hourra pour Charlie ! s’exclamait Madame Claudine, folle de joie.
Marina m’adressa un regard plein de compassion et puis, constatant que j’étais à deux doigts de me mettre à pleurer malgré l’immensité de cet exploit, elle ne put s’empêcher de faire comme tous les autres, et elle éclata de rire.

Je me saisis sans plus attendre de mon trophée, et lui attribuai généreusement :
— Tu n’aurais pas pu te forcer un peu à le faire, ce concours, au lieu de profiter du soleil, toi ?
Madame Claudine lui arracha rapidement de la tête et me l’enfonça bien profondément sur le crâne :
— Ah non ! Les honneurs, ça se respecte, Charlie ! me gronda-t-elle. Quand on a su prouver à quel point on est un grand homme, il faut savoir se comporter comme tel !

Et c’est ainsi que je finis mon année de troisième, sans avoir pu faire quoi que ce soit pour retenir Marina avec moi. Penaud, ce nouveau bonnet d’âne sur la tête, j’étais bien triste de fêter une victoire pareille.
Pavarotti, quant à lui, en toile de fond sur le petit écran, il irradiait 1989 de toute sa beauté :
— Funiculi, funicula ! chantait-il.
Chanter, chanter… « Il y en a qui en ont de bonnes » pensais-je.

Mais certains destins sont faits pour être tus, et d’autres pour se mettre à chanter, et ce que j’ignorais, tout bonnement, c’était que ces destins-là ne s’adressent parfois qu’à une seule et même personne…

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 20:51
(Avertissement : ce chapitre est une ébauche d'une suite au roman Vivement l'amour)
Le fait de prendre l’air suffit parfois à se remettre les idées en place et la tête à l’endroit. Il m’était tout aussi facile de penser que Marina était une perverse que de lui trouver des excuses. Après tout, ce film n’avait fait que mettre le feu à nos barricades d’adolescents et nos forteresses de papier. Etait-ce sa faute, à Marina, si ce film avait été projeté dans cette salle ?
Marina n’est pas une perverse : Marina est une désespérée. N’est-ce pas désespérant, de devoir vivre un grand amour comme le nôtre avec un compte à rebours greffé au beau milieu de nos étreintes ? N’est-ce pas désespérant, de subir l’exil, alors que l’on vient de trouver sa moitié ? Comment faut-il faire, pour continuer à vivre décemment, avec une rupture de logique pareille ?
Profiter de chaque moment ? Les rendre grands et les voir grandioses ?

C’est peut-être ce qu’elle s’est dit, Madame Claudine, quand elle m’a mis la couronne de lauriers sur la tête…
Il y a eu un grand moment de silence, avec des yeux écarquillés de partout et des bouches ouvertes figées comme des statues, incapables d’émettre le moindre son.
A ce moment précis de ma vie, si l’on avait pu me faire un prélèvement d’émotions, on y aurait détecté sans doute un mélange très surprenant, constitué très exactement de cinquante pour cent de bonheur, et cinquante pour cent de honte. Aucune des deux sensations, entre le bonheur et la honte, n’aurait pu prendre l’avantage sur l’autre.
Un équilibre parfait et parfaitement troublant.

Tellement troublant que le temps me sembla arrêté pour une éternité.



Peut-être même que si j’avais eu le courage d’explorer cet état de non-existence un peu plus loin, je me serais découvert des pouvoirs extraordinaires, mais il faut croire que je n’étais pas prêt car au moment où l’impression grandissante d’être le seul être vivant parmi toutes ces statues d’élèves était tout bonnement en train de me faire disparaître moi-même, quelqu’un a commencé à rigoler et tout le monde a suivi :
— Charlie est couronné empereur ! Ah ah ah !
Je n’osais même pas regarder Marina : il faut dire que j’avais l’air drôlement malin, maintenant, avec ma couronne de lauriers sur la tête et l’interdiction de l’ôter en guise de dernier devoir de bon collégien !
— Ne riez pas ! s’offusqua Madame Claudine. Vive Charlie ! Félicitations ! Bravissimo !
Elle était à mes pieds, Madame Claudine. J’aurais pu lui demander n’importe quoi, ce jour-là, et encore plus que les autres jours, j’aurais vraiment eu tout ce que j’aurais voulu, mais la part de honte m’avait déjà pétrifié à un tel point que le seul geste de survie que j’arrivais encore à effectuer, c’était remonter, de manière totalement pathétique, cette couronne qui ne cessait de me glisser sur le nez.
— Mince ! Je l’ai prévue trop large ! sembla s’excuser Madame Claudine.
— Mais non, mais non… Ne vous inquiétez pas, il suffit de ne pas trop bouger ! je lui répondis, bon prince.

Quand je pense que tout avait commencé par un vulgaire concours de collèges… Marina n’aurait-elle pas pu le faire, ce concours ? Ne pouvait-elle pas faire un effort, pour le gagner avec moi, au lieu de me laisser devenir empereur tout seul, là, et devoir partir à Rome sans elle ?


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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 20:56

(Avertissement : ce chapitre est une ébauche d'une suite au roman Vivement l'amour)

C’est la fin damnée. Toute la classe a été regroupée dans la petite salle video du collège.
En fin d’année, les profs, souvent, ils ont comme la mauvaise conscience qui les turlupine, alors ils veulent se rattraper d’avoir été trop durs ou trop méchants, trop caractériels ou trop chiants, alors ils invitent toute la classe à voir un film pour se faire bien voir et pour que l’on garde d’eux un souvenir impérissable juste avant de partir pour le lycée. On éteint les lumières et on peut faire claquer les chewing-gums autant qu’on veut sans se faire envoyer dans le bureau du principal. Le film, lui, n’est pas toujours terrible, mais parfois, il y a une petite scène un peu déshabillée qui vient nous ressusciter l’intérêt, et là, soudain, tout le monde devient complètement cinéphile, avec la bouche grande ouverte et pas un bruit qui sort, et même que la prof se sent tellement mal à l’aise avec sa conscience qu’elle en est obligée de sortir de la classe, sans même prendre la peine de se justifier.
Alors, évidemment, à partir du moment où l’on se retrouve tous sans elle face à cette scène de fille à poil sur son mec, qui lui tartine le torse de Nutella pour se faire son petit déj’, là, franchement, ça part en sucettes, si je puis dire.


— C’est dégueulasse ! s’exclament les filles, le cœur au bord des lèvres.
— Whaou ! C’est une vraie chaudasse, celle-là ! lâche Claudius.
— Oh non ! Il y en a plein les draps ! Berrrk !
— Comment elle fait, pour tout avaler ? Elle va se rendre malade !
Virginie, elle s’est réfugiée contre le radiateur avec un mouchoir sur la bouche :
— Hé ! Regardez ! Ninie, elle dégobille ! s’exclame Jacky.
— On peut pas l’arrêter, ce film ? Elle est où, la prof, d’abord ?
Les filles veulent se plaindre de quoi ? C’est un film en anglais ! On ne comprend rien à cet accent à coucher dehors, la bande son est une vraie misère, le magnéto est en train de rendre l’âme en faisant un boucan d’enfer, les sous-titres sont à moitié coupés par l’écran, mais franchement, pour une fois qu’on passe une heure dont on se souviendra toute notre vie, on ne va quand même pas râler, non ?
Marina en a profité pour se rapprocher de moi. Discretos.
Rien ne vaut un bon chahut pour chahuter tranquillement. Sexuellement parlant, je veux dire.
— Le Nutella n’aura plus jamais le même goût pour vous, les filles ! je plaisante.
Marina a sa main sur ma braguette. Je crois que ça l’excite beaucoup, cette scène pleine de chocolat.
— Vous vous rendez compte qu’ils ont dû peut-être refaire la scène plusieurs fois ? fait Agnès, choquée.
Maintenant, Marina, elle veut carrément la baisser, ma braguette.
— Hé ! je chuchote en retenant fermement sa main.
— Laisse-toi faire… me glisse-t-elle à l’oreille.
Devant moi, il y a cet écran plein d’images dégoûtantes de petit-déjeuner érotique, et à côté de moi, il y a une Marina qui s’est métamorphosée en véritable bouilloire sur le feu, et qui entre fatalement en ébullition, au fur et à mesure que les plans se font plus éloquents.
— J’ai envie de te faire une pipe… lâche-t-elle.
Oups.
Je ravale ma salive et j’ai la glotte qui remonte de trois étages d’un coup.
— Tu plaisantes ? je fais.
Plus chaude que la braise, comme une chatte lâchée sur un toit brûlant, elle me susurre au creux de l’oreille qu’il lui reste un pot même pas encore entamé au fond de son placard :
— Allez ! Laisse-moi te faire des choses… supplie-t-elle.
Ah non ! Il ne faut pas exagérer ! On fait quoi, si on nous voit ? Elle perd la tête, ou quoi ?
— C’est vraiment du cinéma, se lamente Gilou. C’est pas possible, des trucs pareils, dans la réalité ! Vous imaginez ?
Gros plan sur le téton de la fille. Maintenant, c’est le mec qui déguste.
Moi, je ravale encore ma glotte.
— Arrête tes conneries, je murmure à ma douce. Attends qu’on soit tranquille, au moins…
— Si tu veux pas que ce soit moi qui te touche, alors conduis-toi en homme… suggère-t-elle en me guidant les doigts vers son entrejambe.
— Arrête, je te dis ! J’ai pas envie !
Je me suis levé, j’ai pris mon sac et j’ai pris la poignée de la porte dans la main.
— Ouh ! Charlie chochotte ! Il va gerber dans les toilettes ! a hurlé Jacky.
— Ah ah ah ! Le délégué va dégueuler ! s’est esclaffé Stéphane.
Marina m’adresse un regard profondément blessé :
— Il y a un problème ? me demande la prof d’anglais qui revient.
Mince. Je ne m’attendais pas à ça.
— Heu… C’est chaud, là-dedans ! Je vous laisse juger par vous-même, mais là, il faut que je prenne un peu l’air, madame, vous ne m’en voulez pas ?

Les profs, ils sont sur une autre planète. Ils ont beau avoir des ados plein d’estrogène et de testostérone et dans la classe, il faut toujours qu’ils aient cette impression incongrue de continuer à garder un poulailler constitué de coqs en pâte et de poules stérilisées !
— Il y en a qui ont attrapé le diable au corps, avec votre film tendancieux ! je lance à qui voudra bien l’entendre.

La prof, elle est devenue toute rouge.
Aussi rouge que Marina est devenue toute blanche.





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6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 23:53
(Avertissement : ce chapitre est une ébauche d'une suite au roman Vivement l'amour)
Comme l’institution pédagogique a toujours du mal à laisser partir ses précieux élèves, le Brevet des Collèges a eu lieu dans nos salles d’études, comme s’il nous fallait encore… étudier.
Il faut dire qu’ils s’étaient donné la peine : la salle avait été entièrement vidée, nettoyée, lessivée, puis remeublée dans le style « épreuve d’examen ».

Le style « épreuve d’examen » est un style très particulier qui semble faire l’apologie de l’individualisme exacerbé, et même poussé à l’extrême. Finies, les tables doubles sur lesquelles l’on peut se donner des coups de coude et se livrer des réponses en douce ! Terminés, les échanges intempestifs de fafiots en tous genres, de stylos truqués et de gommes truffées de dates et de mots codés ! Dans le style « épreuve d’examen », les tables sont IN-Di-VI-DU-ELLES. Nos cœurs gravés et nos mots doux : exit ! Nos Marina par ci et Marina par là, nos Charlie et Marina for ever, découpés dans le bois à la pointe du compas, ou nos I love you, tu me manques, rdv à midi, etc., passés et repassés au feutre indélébile, tout ça a disparu et a laissé place à un style dénuée de toute espèce d’impatience sexuelle, hormonale ou amoureuse. Aujourd’hui, ils ont ressorti les tables neuves, celles qui ne servent jamais, celles qui doivent dormir dans les catacombes des sous-sols, au bout de passages secrets qui doivent être gardés par un maître des clefs aussi vieux que le père Fouras ou alors par des petits gnomes aussi agiles et malins que des Passe-Partout.

Jamais, je n’avais remarqué que notre collège était un Fort Boyard à part entière, et
jamais je ne m’étais aperçu que certains mystères méritaient d’être élucidés.
Dommage. L’année prochaine, je n’y serais plus convié, et il faut croire qu’il faut toujours se réveiller au moment où les épreuves deviennent les plus joviales !

Salle déco pour les salles d'examens !
Tout le monde ne devait pas partager mon avis.
Il faut dire que passer cette épreuve de brevet des collèges ne m’angoisse pas plus que de monter sur mon vélo pour me faire prendre l’air.
Sept points.
Sept points à obtenir et c’est gagné.
C’est comme si je l’avais déjà, car même en admettant que je décide d’avoir un trois sur vingt dans chacune de nos trois matières, on me le donnera quand même, ce magnifique diplôme aux lettres bien calligraphiées et aux tampons bien aiguisés !

Isabelle, pourtant, a eu le temps de se ronger les ongles jusqu’aux mognons, avant qu’ils ne se décident à nous distribuer les sujets. Il faut dire qu’en ayant eu trois de moyenne toute l’année dans chaque matière, il est beaucoup moins probable qu’elle s’en tire aussi bien que moi.
La pauvre. J’imagine la pression familiale, les menaces du père et les cris de sa mère : « si tu ne l’as pas, on te confisque le scooter ! »

Remarquez que, pour elle, la suppression du scooter serait un bien joli cadeau pour les automobilistes qui la croisent ou la doublent tous les matins !
— T’es prête ? je lui chuchote en lui adressant un clin d’œil.
— J’ai mal au bide ! gémit-elle.
— Me dis pas que tu as tes règles, quand même !
— Ben non ! J’ai pas mes règles ! J’ai la trouille, bordel ! J’ai jamais rien compris aux équations ! Tu m’aides, dis ? Tu m’aides ?
Le surveillant chauve aux lunettes brillantes s’est écrié « Silence ! Je ne veux plus entendre le moindre mot ! Je distribue les sujets et vous pourrez les retourner seulement quand je vous le dirai ! »

Il a distribué ses sujets à tous les élèves dont le nom de famille va de A à E.
Il est retourné s’asseoir et a pris sa grosse règle en fer.
Il a donné trois grands coups sur la table toute neuve et tout le monde a fait shiiit pour retourner la feuille.

Première question : trois points.
Deuxième question : un demi point.
Troisième question : un problème de géométrie hyper facile qui vaut six points.
Quatrième question…
Bah, le reste, je m’en fous. Je n’ai qu’à faire la troisième question.

Un quart d’heure.
J’ai levé le doigt et j’ai dit : « Est-ce que je peux sortir, Monsieur ? J’ai fini. »
Ce satyre m’a annoncé que personne ne devait sortir avant une heure de travail, alors j’ai fait tout ce que j’ai pu et je me suis rendu compte que je pouvais avoir quatorze sur vingt :
— Monsieur ? Je peux sortir, maintenant ?

Le monsieur est venu zieuter ma copie et il a pris un air outré : « Mais vous n’avez pas fini ! »

Je me suis levé en mettant mes affaires dans mon sac, et j’ai dit :
— Z’avez qu’à donner le reste de mon temps à ma copine Isa ! Moi, vous savez, le Brevet…
— Quoi, le Brevet ?
— Ben, je l’ai déjà, alors l’heure qui reste, je préfère autant la passer dehors avec ma copine !

Je suis sorti et il était grand temps, tellement que l’air commençait à sentir le phoque.

Marina était déjà dans le couloir, elle m’a sauté au cou, et elle m’a dit :
— On va chez moi ?

Le sourire jusqu’aux oreilles, je me suis exclamé :
— Excellente proposition ! Allons donc breveter une nouvelle position !


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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 21:47
(Avertissement : ce chapitre est une ébauche d'une suite au roman Vivement l'amour)
Quand le réveil a sonné, ce matin, j’y ai tout de suite pensé. Je me suis immédiatement précipité dans la salle de bain pour me débarbouiller, je me suis saisi du blaireau qui laisse toujours si peu de poils dans le lavabo, et j’ai entamé le parfait rasage du jeune collégien aux trois poils naissants que je suis.
L’eau n’a pas dû couler longtemps car la buée n’a pas eu le temps de se former sur le miroir avant que je ne quitte la pièce.
Deux minutes plus tard, j’étais déjà de retour tout habillé et dévalais les escaliers aussi vite que Tarzan l’aurait fait avec une liane.
J’ai ouvert les volets de la cuisine, mis les bols et sorti tout l’équipement du parfait petit déjeuner des jours importants. Pain, beurre, miel, confiture… mais aussi céréales, chocolat en poudre, chicorée pour la maman…
J’ai mis la bouilloire sur le feu et, un pied sur la première marche des escaliers, j’ai hurlé :
— Debout là-dedans ! Allez, allez, allez, bande de fainéants !
Ma mère n’a pas mis longtemps avant d’apparaître, toute ébouriffée dans sa robe de chambre molletonnée, et les yeux encore tout collés.
— J’ai pas une minute à perdre ! j’ai fait.
Ma mère a levé les yeux vers l’horloge du couloir et m’a fait remarquer que j’avais encore un peu de temps devant moi :
— Mais tu as raison ! Il ne faut pas être en retard le jour du Brevet ! a-t-elle ajouté.
Benjamin, plus alerte, se précipita sans préambule sur le chocolat chaud. Virginie, quant à elle, avala trois pétales de corn-flakes, une demi tranche de pain avec un peu de miel, et annonça, comme à son habitude, qu’elle n’avait plus faim.
Pour ma part, je m’offris un petit festin, car les journées fortes en émotions se préparent avec un petit déjeuner.


Benco Nostalgie !

Au brossage de dents, je bousculai du coude mon frère. Il est maniaque des dents, Benjamin. Il n’aura jamais de caries et peut-être les dents qui se déchaussent. C’est son choix et il l’a fait depuis tout petit. On pourrait presque l’appeler Mr Dentifrice, sauf que Monsieur Dentifrice prend un quart d’heures à se brosser des dents qui n’ont pas d’appareil et qu’il ne me laisse pas de place pour me brosser les moindres recoins des bagues avec la petite brosse une touffe qui va bien.
J’enrage.
Du dentifrice plein la bouche et des bagues plein les dents, mais j’enrage.

Virginie, elle, a le don de toujours se placer dans le passage de ceux ou celles qui veulent passer. C’est tout juste s’il ne faut pas que je me décide à satelliser cette petite sœur encombrante en l’envoyant tout droit là-haut par dessus la montagne.
Mais je me calme. Lorsque tu es en train de lacer tes lacets, le but à atteindre ne peut plus être bien loin, non ?

En vélo, c’est pareil. Eddy Merckx, Fausto Coppi, Bobbet et Poulidor, tout ça, c’est de la gnognotte. Avec moi, quand je ne veux pas être en retard, il n’y a pas de comparaison possible. Le peloton n’a qu’à se peloter, je le laisse sur place.

Car, enfin, en ce grand jour des épreuves du Brevet des Collèges, en ce lundi doux amer de cette fin d’année, une demi-heure avant le coup d’envoi, je retrouve enfin ma douce et tendre Marina.

Elle partira bientôt, Marina, mais pour le moment, nous nous sommes dit que toute la tendresse que nous pourrons échanger sera toujours ça de pris sur cette immense punition non méritée, qu’est la géographie française.

Ma bouche dans sa bouche et nos amours unis pour n’en faire qu’une éternité, nous en oublions tout le reste du monde et des priorités.

C’est Jules, à huit heures moins sept, qui est venu faire toc toc à la porte de notre bonheur :
— Hé ! Excusez-moi de vous interrompre, mais il va falloir penser à revenir avec nous : le Brevet, c’est maintenant ! Vous le passez, ou vous déclarez forfait ?




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21 juillet 2008 1 21 /07 /juillet /2008 22:57

 

(Avertissement : ce chapitre est une ébauche d'une suite au roman Vivement l'amour)
Jules est passé me chercher à quatorze heures moins deux. C’est qu’il est ponctuel, Jules.
On a passé un peu de temps à discuter, et il faut dire que j’en avais bien besoin.
— Si on s’occupait de ta nouvelle raquette de tennis ? a proposé Jules, qui voulait me changer les idées.
Ce n’est pas que j’aie vraiment le cœur à jouer au tennis ni à quoi que ce soit d’ailleurs, mais les potes, ça sert à ça : faire diversion quand l’esprit n’est plus capable de se débarrasser tout seul d’un souci devenu majeur.

En l’occurrence, le départ de Marina pour Nantes, c’est vraiment un souci majeur.

On a attaché nos vélos avec nos cadenas à code, pas trop rassurés tout de même, parce qu’un vélo attaché avec un cadenas, ça laisse toujours une roue libre et la selle accessibles.
Heureusement, Murphy n’était pas loin. Alors, on est allé lui serrer la main, histoire de se le mettre dans la poche. Murphy, on l’appelle comme ça parce qu’il ressemble à un doudou de ma sœur Virginie : un gros gorille tout noir et tout costaud qui n’est en réalité qu’un King Kong version réduite.
Le directeur des ressources humaines du centre commercial, quand il a vu Murphy la première fois, il a dit « Hé King Kong ! Je ne sais pas ce que tu fais dans la vie, mais à partir de maintenant, tu travailles pour moi, et je te paie le double de ce que tu es payé actuellement ! »
C’est ainsi qu’il est devenu vigile, Murphy.
Et ça tombait bien pour le supermarché, parce qu’il était RMIste, Murphy.
Charlie serait-il un sportif ?
Dans le rayon des raquettes de tennis, il n’y a absolument personne. Les mamans au foyer, quand elles font leurs courses, elles achètent des yaourts, du fromage, de la charcuterie, des melons, des navets, de la salade et des serviettes hygiéniques, mais des raquettes de tennis, ça, jamais.
Alors il n’y a que Jules et moi.
Seuls.
En tête à tête.
— Franchement, tu penses que je peux en trouver une ? je demande à Jules.
— Si tu n’en trouves pas une, tu es vraiment difficile !
Il n’a pas l’air de bien comprendre la situation, Jules. Pour lui, ça semble couler de source. Pour moi, c’est tout le contraire :
— Mais je le suis, difficile ! je m’exclame.
— Je vais t’aider, t’inquiète pas, t’es pas tout seul : les potes, ça sert à ça ! D’abord, est-ce que tu as une préférence pour la couleur ?
— La couleur ?
— Ben ouais, la couleur, quoi !
— C’est vraiment essentiel, la couleur ?
— C’est pas essentiel, mais bon, ça permettra déjà d’y voir plus clair. Avant de devenir un vrai pro, autant raisonner en termes esthétiques. Tu as des préférences ?
— Ben… Je m’en fiche, moi, de la couleur ! Tout ce que je demande, c’est qu’elle soit… parfaite !
Jules me jauge le regard, et me concède qu’en effet, la couleur, ce n’est pas le plus important, et que c’est très bien de réagir comme ça :
— Ce qu’il faut, c’est que la forme te convienne. Chaque personne a un toucher bien particulier, et il ne faut pas que la forme contrarie le toucher. Sans vouloir paraître trop technique, il est important que tu comprennes que tout ce qui arrive dans tes cordes ne se comporte pas systématiquement de la même manière. Une cible qui arrive tout droit sur toi comme une fusée, par exemple, ne doit pas te faire vibrer le manche pour autant.
— Ah bon ? je m’étonne.
— Evidemment. Si ton manche vibre dès la réception, c’est la tendinite assurée avant la fin du jeu !
Jules exagère toujours :
— Il faut absolument tout faire pour que chaque cible atteinte soit un moment de plaisir. Et non pas un pur calvaire. Tu comprends ?
— Oui, je comprends bien, mais en même temps, je ne vois pas pourquoi ce serait un calvaire d’avoir le manche qui vibre !
— Ah ben crois-moi que lorsque tu en auras satellisé une dizaine, tu comprendras ! Les vibrations dans le manche, il faut absolument les éviter !
— Avoue quand même que s’il n’y a pas de vibrations, c’est que ça ne sert à rien de continuer ! je lui fais.
— Tu rigoles ou quoi ? Un manche vibre toujours un peu, c’est évident, mais il faut que cela reste imperceptible !
Je lève les yeux au ciel. Il me prend vraiment pour un lapin de trois semaines, le Jules :
— Ben oui ! Quand même !
— C’est pour ça qu’il est essentiel d’avoir un maillage bien tendu. Bien régulier et bien tendu, ajoute-t-il en se saisissant d’une raquette dans le rayon. Si ton maillage n’est pas régulier, tu t’exposes à des faux bonds, ou des trucs qui te sabotent une partie en mois de temps qu’il n’en faut pour le dire.
Jules est un vrai chasseur :
— Rien ne doit passer au travers ! ajoute-t-il en jouant avec sa raquette.

Je ne suis pas certain qu’il puisse m’être d’une grande aide.
— C’est compliqué… je soupire.
— Mais non ! Tout ça, c’est de la théorie, t’inquiète pas ! Pour faire simple, il te suffit d’en trouver une qui te plaise, une que tu aies bien en main. Il faut que tu puisses la serrer facilement tout en restant cool, décontracte. Evidemment le poids est essentiel. Si elle est trop lourde pour toi et que tu fatigues dès que tu veux t’éclater avec, ça ne vas pas, laisse tomber, c’est qu’elle n’est pas faite pour toi… Mais si tu en trouves une légère, souple et bien tendue à la fois, qui ne te colle pas trop aux mains quand tu transpires, franchement, tu peux y aller les yeux fermés et l’acheter sans réfléchir !

Qu’est-ce qu’il dit, le Jules ? Il disjoncte ou quoi ?
— L’acheter ? Non mais ça va, ouais ? Et l’amour, dans tout ça ?
— Quoi, l’amour ?
— Tu es à côté de la plaque, mon vieux ! Tu me barratines parce que tu veux me remonter le moral, mais franchement, c’est évident, j’en trouverai jamais une comme Marina, et tu le sais très bien ! Tu ferais bien de me conseiller pour une raquette de tennis, au lieu de me donner des conseils au sujet des nanas !

Il m’a regardé d’un air sidéré, le Jules, et il s’est exclamé :
— Et tu crois que je fais quoi, là, avec une raquette toute rose dans les mains ? Que je vérifie si elle me va bien au teint ?

J’aime pas, le rose. Ça fait fiotte, le rose. Pour commencer, il devrait déjà faire du tri dans les couleurs.

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14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 13:46
(Avertissement : ce chapitre est une ébauche d'une suite au roman Vivement l'amour)
A peine arrivé chez moi, je me suis réfugié dans ma chambre pour lire relire et relire encore cette lettre que je n’oublierai jamais.
Je n’arrête pas de me dire que Marina est la meilleure nana qu’un mec peut rêver d’avoir, et qu’il va quand même falloir que je lui dise adieu.

Putain de bordel de morte couille.

On ne peut pas dire que je sois du genre à me laisser abattre, mais quand le destin tout entier a décidé de te mettre face à un peloton d’exécution, il faut bien reconnaître que les chances de survie sont quasiment inexistantes.
Je suis donc mort. Mort un jour avant l’été.
Saloperie de printemps.

A travers la fenêtre de toit, le soleil me tape sur la tête comme pour mieux enfoncer le clou. J’ai chaud. Je transpire à ne rien faire, j’étouffe. Je sors de ma chambre avec des frissons dans le dos parce que l’air du couloir accuse une température de dix degrés en moins, je me saisis des clés, et sans rien dire à ma mère, je m’en vais.
Il est midi moins vingt-cinq et j’enfourche mon vélo en route pour Nantes. Si je veux y être quand Marina y arrivera, autant que je parte maintenant.

Comme le compteur de mon vélo fonctionne, j’en profite pour me défouler un peu. Se donner à fond dans quelque chose permet de raviver le peu d’énergie qui nous reste. La rocade est toute neuve et je l’inaugure. C’est une belle route bien goudronnée, avec des virages bien tracés, parfaits pour les records de vitesse auxquels je pense bien venir me frotter.
Personne.
Désert comme dans mon cœur.
Le vent derrière moi, je m’approprie toute la route. Trente deux kilomètres heure. Trente quatre. Plus vite j’irai, plus vite je me réveillerai ! Trente six, trente sept, trente neuf.
Allez ! Encore un effort. Brûlons ces dernières doses de glycémie ! Evacuons cette poisse qui tente de me rattraper le guidon ! Sortons de ce rêve cauchemardesque et retrouvons un monde parallèle dans lequel Nantes est en Haute-Savoie ! La pente commence à descendre.

J’ai le regard figé sur le compteur. Quarante. J’accélère encore un peu. Quarante-deux, record battu. J’arrête de pédaler et mon cœur bat comme un tocsin.
Je me sens seul. Le tocsin a beau avertir Marina qu’il faut qu’elle me rejoigne au plus vite, je suis toujours aussi seul qu’un poil de cul sur une lunette de chiottes. Pour un peu que le vent change de sens, c’est tout juste si je ne finis pas noyé dans mon chagrin.
Je relève les yeux.
Que vois-je, là, devant moi, à quelques mètres, arriver à fond tout droit sur mon vélo ? Je vois un…

Vers des moulins à vent

Boum.

Ça y est. Ça m’a arraché la tête. Mon frein arrière a pété, le ciel est bleu sans un nuage, la route est belle et déserte, et il m’a pourtant bel et bien percuté de plein fouet : je suis amoureux, dix fois plus qu’avant, cent fois plus. Je t’aime, je t’aime, je t’aime. Tu as su m’écrire qu’il ne faut pas se laisser abattre pour une histoire d’amour qui ne mourra jamais, que les tempêtes ne font pas les inondations et que la flamme des allumettes ne font pas les désastres. L’amour est éternel. Quand on a aimé quelqu’un un jour, on l’aime pour toujours. Et puis, tu essayais de t’en convaincre, mais je sais que tu as raison : « quand c’est mauvais, ne t’inquiète pas, car il y a toujours pire. »
On avait eu cette conversation, un jour, au sujet du pire. Tu disais que le pire, ça n’existe pas. Le mauvais, ça arrive parfois, mais comme ça finit toujours par s’effacer, c’est qu’il y a du bon, donc ça pourrait toujours être pire.

Le pire, c’est du mauvais qui est à l’abri de l’usure du temps.

Que Marina parte habiter à Nantes et que moi je reste au pied du Mont blanc, ça fait partie du pire.
Et le pire, c’est aussi que tout ça n’est même pas qu’un cauchemar, parce que si tout n’avait été qu’un cauchemar, ça ferait longtemps que je serais arrivé à Nantes.

J’ai pris la route en sens inverse, et je suis rentré manger.
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11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 17:00
(Avertissement : ce chapitre est une ébauche d'une suite au roman Vivement l'amour)
C’est à trois cent mètres du collège que j’ai déplié le mot pour la première fois. En guise de lettre de rupture, Marina n’arrêtait pas de me dire qu’elle m’aimait. C’était pathétique.
Sur mon vélo, je devais ressembler à un pantin dont on vient de laisser tomber les ficelles. Le coup de massue que la vie venait de m’asséner m’avait littéralement envoyé au tapis, et bien que je fis tous les efforts inimaginables pour garder ma colonne vertébrale à la verticale, je sentais que tout le poids du destin s’accumulait sur mes épaules et que le sol ne faisait que se dérober sous mes pieds.

Lorsque Jules arriva à ma hauteur, j’étais anéanti.
Jules et moi, nous nous connaissons depuis la maternelle. Alors autant dire qu’il me connaît :
— Qu’est-ce que tu viens de mettre dans ta poche ? il me fait.
Il est suivi de Salomon.
Salomon, il n’est pas juif : il est français de père tunisien. Comme quoi l’on peut avoir de la famille musulmane et avoir des potes qui vous donnent un surnom juif. J’essaie de me donner une contenance, et je réponds :
— Ah, mon salaud, tu as toujours les yeux où il ne faut pas, toi !
— Mauvaise nouvelle ?
— Hein ? Non, non ! Tout va bien !
Il se tourna vers Salomon, mais ce dernier était en train d’ajuster sa pince à vélo sur le pantalon :
— Tu te fous de ma gueule ? me demande Jules d’un air poli.
Le problème, avec les potes de toujours, c’est que l’on ne peut rien leur cacher. Plus de vie privée, plus d’intimité, plus de décence possible. Nous avons beau essayer de leur cacher nos petits tracas, c’est plus fort que tout : tout transparaît, comme si eux et nous ne faisions qu’un, et moi, je n’ai pas envie de parler du départ de Marina. Ça ressemble à un cauchemar, ça.  Donner de l’importance à une situation catastrophique, c’est faire en sorte qu’elle devienne désespérée.

Putain de bordel de morte couille ! C’est tout de même le pire qui pouvait m’arriver dans ma vie, ça, de devoir encaisser une séparation avec Marina !

Je ravale ma salive.
— Je me demande si j’aurai assez d’argent… je pense tout haut.
— Holà ! Du calme, Charlie ! Tu as l’air complètement démoli ! s’exclame Salomon.
— Et puis c’est loin…
— Qu’est-ce qui est loin ? demande Jules.
— Je vais perdre les pédales, si je n’y vais pas…
Salomon et Jules se regardent comme deux interprètes qui ne comprennent plus ce qu’ils doivent traduire.
— C’est quoi, ce mot, que tu as remis dans la poche ? me harcèle Jules.
— Mes parents ne me laisseront jamais y aller, il ne faut pas se leurrer…
— Tu veux aller où ? fait Salomon.
N’ont-ils pas fini, ces deux-là ? Ils ne vont donc jamais me laisser tranquille avant que je me décide à lâcher le morceau ?
— Après tout, si vous y tenez tant que ça…
Je glisse la main dans ma poche et en sort un petit bout de papier tout froissé :
— Tenez !

Jules s’empare du trésor, le déplie, le parcourt des yeux avec le regard de Salomon juste au-dessus de son épaule, et il me fait :
— Ben… C’est pas la peine de te miner pour ça. Des modèles mieux que celui que tu as en ce moment, il y en a plein partout, et ce n’est pas forcément cher. Et puis, tes parents, tu n’es pas obligé de leur dire, non ? Tu leur diras quand ce sera fait, qu’est-ce que ça change ?
Salomon lève les yeux au ciel :
— En plus, il n’y a qu’à traverser la grand rue et on y est. Pas de quoi en faire tout un flan !

Jules me rend mon papier. Je fronce les sourcils et y jette un œil.
Qu’est-ce qui se passe ? C’est tout l’effet que ça leur fait, d’apprendre que Marina va partir vivre à Nantes ?

Sur le papier, il y a écrit :
« Acheter un VTT prix maxi 3500 francs. Voir chez l'Emile Cycles. »

Pourquoi faut-il toujours que j’aie plein de pense-bêtes au fond des poches, d’abord ?


urgent

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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 17:00
(Avertissement : ce chapitre est une ébauche d'une suite au roman Vivement l'amour)
Un jour avant l’été, ce n’était pas le moment du brevet blanc.
Ce n’était pas le moment des révisions non plus, ni même celui du dernier conseil de classe, et encore moins celui où tu reçois ta convocation pour le brevet des collèges.
Un jour avant l’été, ce n’était pas non plus le jour de l’épreuve de français. Pas le jour de l’épreuve de maths le matin, suivie de l’épreuve d’histoire géo l’après-midi. Pas le jour de s’afficher au grand jour, tous les deux, dans la cour, comme des amoureux qui vont passer en seconde et qui n’ont plus rien à faire du regard des autres, des profs, du principal du collège…
Ce n’était pas le jour où la maman de Marina nous a vus en train de nous bécoter dans les coins.
C’était le lendemain. Un jour avant l’été.

Il y a un moment, dans l’année, où le printemps cède sa place à la période estivale, celle du grand soleil et des jupes courtes. Un moment heureux où tu te sens heureux de vivre parce que tu baignes dans la lumière, dans le bonheur, et que tu as l’impression que ça ne s’arrêtera jamais. Un moment où tu donnerais ton père, ta mère, ton frère et ta sœur comme garantie selon laquelle le monde tout entier sans exception est aussi heureux que toi.

Erreur. Grave erreur.
Le monde entier peut être encore bien plus heureux que ça, mais ce monde entier ne t’inclut pas.
C’était un jour avant l’été.

Nous avions cours à neuf heures. Tu n’étais pas là. Pas comme d’habitude. Tu n’avais pas ce quart d’heures d’avance pendant lequel nous échangions toutes nos minutes d’impatiences.
Tu étais en retard, et plus le temps avançait, plus j’avais la boule au ventre.
— Demain, c’est l’été ! a fait Gilou.
La journée s’annonçait déjà aussi chaude qu’en plein mois d’août et la sonnerie a retenti comme une douche froide.
En cours de français, tu es arrivée la dernière, juste avant que le prof pousse la porte. Tu m’as regardé, je t’ai regardée, mais on ne s’est rien dit et j’ai senti que quelque chose se passait. Quelque chose de pas normal. De pas habituel.
Quelque chose d’accidentel.
De tellement accidentel que l’heure est passée et tu as disparue, avant même que l’on puisse se parler. La récré est passée, le cours de maths est arrivé…
Onze heures. Treize heures avant l’été.
N’importe quel bon superstitieux aurait compris immédiatement la portée de cette circonstance, mais je n’ai pas la chance d’avoir l’habitude à m’attarder sur ce genre de signes hasardeux.
Alors tu as bouclé ton sac, et juste avant, tu as sorti de ta trousse un petit papier tout bien plié. Tu l’as posé sur la table, et puis tu as semblé hésiter, et tu l’as rangé dans la poche arrière de ton sac, que tu as mis sur une épaule.

Tu es sortie de la classe, pendant que je brûlais d’envie de piétiner Florent qui mettait deux heures à ranger ses affaires.
— Laisse-moi passer, s’il-te-plaît ! je lui fis, le cœur battant.
Trente secondes s’écoulent. Ou peut-être seulement treize, va savoir. Le temps semble tellement long, quand on prend du retard…
Je me précipite dans le couloir.

Heureusement, tu es toujours là.
Tu as l’air de m’attendre, et Florent s’attache à mes pas comme à un boulet. Je veux m’approcher de toi et le voilà qui s’intercale entre nous et me pousse vers la sortie en se vantant de pouvoir ouvrir son nouveau cadenas de vélo rien qu’en écoutant le bruit que font les chiffres quand il les fait tourner.
— Je vais te montrer ! il fait.
Mais voilà qu’enfin tu te manifestes en m’attrapant par la main.

La vie réserve des surprises.
— Désolée, mais je t’emprunte Charlie ! tu as dit.
J’avais l’espoir qui me ravivait tout l’intérieur. Un espoir qui dansait comme un funambule sur une corde raide.
Mais moi, je ne savais plus sur quelle émotion danser.
Tu m’as tiré dans un endroit à l’abri des regards, et t’es jetée à mon cou comme si nous nous étions pas vus depuis un an.
Ton corps s’est mis à trembloter et tu as éclaté en sanglots.
— Qu’est-ce qu’il y a ? j’ai demandé, envahi par l’inquiétude.
Tu m’as sorti ton petit mot tout bien plié, tu me l’as mis dans la main, et tu as dit :
— Ma mère est mutée à Nantes. Je vais quitter la région dès début juillet.

C’était un jour avant l’été.
Je ne savais que très vaguement où se trouvait Nantes, mais j'avais réalisé que ça voulait dire « c’est fini. »
J’ai regardé le mot, ne comprenant pas pourquoi il était là, et tu as ajouté :
— J’ai cru que je n’arriverais pas à te le dire de vive voix.

1515, Marignan.
L’édit de Nantes, c’est quoi, déjà ?
Ah, oui. La reconnaissance de liberté de culte aux protestants. La fin des guerres de religion et l’amnistie mettant fin à la guerre civile.

Mais Marina et moi n’étions pas en guerre, c’était tout le contraire ! Alors pourquoi ça ? Pourquoi ça un jour précisément avant l’été ?

La vie réserve décidément bien des surprises.

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