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On fait l'appel !

04. Marina

Mercredi 24 mai 2006 3 24 05 2006 00:04

Marina. Je parlais donc de Marina.
Je ne sais pas si cela durera encore des années, mais toujours est-il qu’avec cette fille, je me sens tout timide, tout petit, et tout pitoyable. Du point de vue de la taille, il est exact qu’elle doit mesurer un petit centimètre de plus que moi, et qu’un centimètre suffit à me déstabiliser, quand il ne marque pas la différence dans le bon sens.
Mais je pense qu’il n’y a pas que ça.
En fait, je pense que le véritable fond du problème réside avant tout dans le fait que je la trouve trop bien pour moi.
 
 
C’est qu’elle est d’une aisance et d’un naturel redoutables ! Avec elle, si l’on veut se faire remarquer, on est obligé d’avoir recours à des artifices inimaginables. L’autre jour, par exemple, en rentrant des vacances, elle me fait :
— Alors Charlie, tu as fait quoi pendant les vacances ?
Et au fond, je savais bien que cette question n’était qu’une façon un peu originale de dire bonjour. Alors j’ai essayé moi aussi, malgré le fait que je ne suis jamais très bien réveillé le matin, de faire preuve d’un minimum d’originalité, et je lui ai répondu :
— Eh bien, … j’ai pensé à toi, j’ai pensé à toi, j’ai pensé à toi et … j’ai pensé à toi !
Evidemment, je croyais pouvoir la déstabiliser, marquer un point. Mais pensez-vous ? Ce n’est pas en répétant quatre fois la même chose que l’on va faire croire aux autres qu’il s’agissait d’un trait d’esprit !
Voilà donc ce qu’elle me répond, à peine surprise :
— Ah ? Eh bien, je suis contente de constater que l’on pense un peu à moi, dans cette classe !
Quel aplomb ! Quel esprit ! Quel charme !
 
Et moi, je ne suis qu’un idiot, qu’une petite courtisanerie ridicule, sans aucune chance d’espérer pouvoir un jour remporter le titre ronflant des plus grands veinards et privilégiés.
Car je n’ai décidément pas de répartie !
 
Un peu plus tard, en salle d’études, la voilà qui enfonce encore le clou, en se saisissant de ma gomme et en y gravant, à l’encre indélébile : « Marina, the Best ! » Puis, au-dessous : « Big bizoux ! » avec son orthographe à elle, qu’elle qualifie de « démarcation volontaire et caractéristique ».
Elle me rend la gomme, vaque à ses occupations, et tandis que je la surveille du coin de l’œil, hésitant à vouloir prendre connaissance de son étrange œuvre d’art, la voilà qui se retourne à nouveau pour se réapproprier son œuvre, et y ajouter, de l’autre côté : « N’oublie pas que tu es l’homme de ma vie ! »
— Allumeuse ! aurais-je dû rétorquer, si j’avais su mesurer la réelle gravité de la situation.
Néanmoins, l’imprévisibilité du coup me laissa coi. Et c’est elle qui eut encore le dernier mot de l’originalité !
Mais je ne vais tout de même pas continuer à parler de Marina pendant tout le reste du journal. Il n’y a vraiment pas qu’elle. Et puis, elle n’est pas le centre du monde, non ?

 

Par JEPEH & BREGMAN
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